Ils étaient quatre B.R.E.T.O.N.S. pour répondre à nos questions : Jessica Delot, chanteuse et violoniste, Gweltaz Adeux, chanteur, Guinou Jahan, chanteur, joueur de banjo et bouzouki et enfin Fred Sauvage, guitariste. Il fallait bien ça pour représenter les 15 musiciens du groupe !
« Ah non 14 ! On en a perdu un en cours de route. Il n’avait plus trop le temps. » précisent les membres du groupe. « Nicolas Rozé à l’accordéon diatonique a quitté le navire. Il continue cependant, mais dans la musique vraiment trad. D’ailleurs, il a aussi quitté Digresk. » Un petit remaniement a donc eu lieu avec un des chanteurs, Kevin Cogez, qui est devenu accordéoniste.
L’accordéon est indispensable dans le groupe ?
B.R.E.T.O.N.S : C’est indispensable. Certains morceaux nécessitent vraiment d’avoir un accordéon. C’est bien d’avoir un panel d’instruments « traditionnels » comme le violon, les cornemuses, les bombardes, la flûte, etc.
Votre second album s’appelle « Daou »… Le bien-nommé puisque cela veut-dire Deux en breton…
B.R.E.T.O.N.S : Oui. On n’a pas fait preuve d’une grande originalité… Même si entre ces deux albums est sorti un EP live sur lequel on a très peu communiqué. C’était davantage un disque destiné aux professionnels et aux plateformes de streaming. Il n’est jamais sorti en physique et ce n’est pas programmé qu’il le soit.
Et côté live justement, vous allez défendre l’album sur scène ?
B.R.E.T.O.N.S : On va faire quelques festivals cet été en Bretagne, à Bordeaux début juillet, à Dax… Mais la tournée démarre réellement à l’automne.
Le groupe tourne donc en dehors de la Bretagne !
B.R.E.T.O.N.S : Ah oui, c’est carrément l’objectif. On n’a jamais voulu se cantonner à l’Ouest. Même si, évidemment, avec un nom comme le nôtre et compte tenu du style de musique, c’est plus facile de faire ses armes à la maison. Finalement, comme n’importe quel groupe qui démarre ! On a trouvé notre public assez rapidement dans l’Ouest et en Bretagne. Après, on a tenté l’expérience à l’extérieur. On a joué en Occitanie, un peu dans le Sud, dans l’Est… Et l’accueil reste le même. Il y a une vraie ferveur.
Même à l’étranger ?
B.R.E.T.O.N.S : En fait, on n’a jamais l’occasion de partir vraiment loin avec un collectif comme le nôtre, c’est compliqué. Mais personne n’est inquiet pour savoir que ça fonctionnera partout. Notre musique est avant tout festive. Tout le monde connaît un air breton ! Et puis, notre set n’est pas linéaire, il y a une grande variété de morceaux.
B.R.E.T.O.N.S est un acronyme ? C’est une marque déposée ?
B.R.E.T.O.N.S : Non, pas forcément. En fait, quand on a décidé de s’appeler breton, je crois que c’est mon idée (Jessica Delot, ndlr). C’était visuel. On trouvait ça sympa d’avoir un truc façon logo. Alors, oui, on nous a souvent posé la question de savoir si chaque lettre avait un sens… En fait, non. A chacun d’inventer son histoire. Mais ça pourrait être un jeu ! Brest, Rennes, Erquy…
Sur scène, vous êtes donc quatorze. Vous réunir tous s’avère compliqué ?
B.R.E.T.O.N.S : C’est assez compliqué. Moi (Jessica Delot, ndlr) qui suis en charge de la gestion des plannings, ça s’avère très compliqué d’avoir tout le monde en même temps, même si le groupe reste la priorité pour tout le monde. Mais on ne fait pas encore assez de dates pour que ce soit l’unique priorité. Donc fatalement, quand les formations Kervegans et Digresk sont concernées, ça peut entrer en conflit. En ce cas, soit on arrive à décaler, soit on annule. Mais ça n’arrive pas si souvent que ça. En revanche, plus on jouera, et plus le risque grandira.
B.R.E.T.O.N.S occupe combien de jours dans l’année ?
B.R.E.T.O.N.S : Cette année, on fait 17 dates auxquelles il faut ajouter la résidence, les enregistrements. Sur certaines dates, il faut compter un jour aller, un jour retour. Au final, ça doit faire trois mois par an. Sans parler des moments promo, le travail chez soi, etc.
« Daou » compte beaucoup de reprises. Comment sont-elles sélectionnées ?
µB.R.E.T.O.N.S : Les reprises, c’est un tableur Excel. Et puis tout le monde vote. Chacun a mis ses propositions et on coche. C’est là qu’on s’aperçoit de nos différentes affinités. Ensuite vient le temps de l’appropriation et des arrangements.
Christophe Miossec a validé la reprise de « Brest » ?
B.R.E.T.O.N.S : Il l’a validée, ouais. J’ai lu dans la presse qu’il était très content qu’on ait repris le titre. Il expliquait qu’ainsi le morceau continu à vivre. On se demandait ce qu’il en pensait parce que les arrangements sont très différents.
Il y a des Brestois dans le groupe ?
B.R.E.T.O.N.S : Non il n’y a personne de Brest.
Comment est arrivée la reprise alors ?
B.R.E.T.O.N.S : En fait, il nous manquait un titre sur le disque qu’on voulait un peu fort. « Brest » ne devait pas être sur l’album. On l’a enregistré au dernier moment. Et il était mis en place en deux coups. C’était assez drôle. Il n’était même pas sur la track list. Il était nulle part. On était passé à côté. Il est passé en single et ça fonctionne terrible. Ça fonctionne bien sur scène aussi.
Pour la scène, comment se construit l’ordre des chansons ? Car sur l’album ça démarre fort avec une reprise des Dropkick Murphys.
B.R.E.T.O.N.S : C’est la difficulté. Il y a tout un travail. Déjà, au-delà de l’esthétique qu’on voudrait donner, il y a l’utilisation des instruments. Il y a des choses qu’on ne peut pas techniquement enchaîner.
Et sur l’album ?
B.R.E.T.O.N.S : On pense au placement des singles. On réfléchit plus en termes de placement stratégique dans l’écoute des morceaux qu’on veut faire découvrir. On est essentiellement sur un album de reprises. Il n’y a pas de cohérence en soi entre les morceaux au départ si ce n’est celle donnée par notre interprétation. Finalement, c’est construit un peu comme la setlist live. Ça part très fort, puis on arrive à des passages plus calmes. Et on finit avec des morceaux plus forts.
Sur scène, vous interprétez des titres des deux albums ?
B.R.E.T.O.N.S : On joue tous les morceaux quasiment. Sur un set de deux heures, on doit vraiment tout jouer. Si on joue moins longtemps, on enlève des titres. Mais on ne raccourcit jamais un morceau.
Et vous jouez tout le temps à 14 ?
B.R.E.T.O.N.S : On démarre tous ensemble. Souvent par la reprise de Dropkick et on termine par une autre, « Shipping Up to Boston ». Entre les deux, il se passe plein de choses. De manière générale, il n’y a pas tout le monde à chaque fois. C’est ça qui fait l’intérêt du show. Il y a beaucoup d’aller-retour, ça tourne. Un coup, c’est Gweltaz qui chante, après c’est moi (Jessica Delot, ndlr), après on chante ensemble, puis c’est Guinou. Tout ça crée une sorte de tempête qui ne s’arrête jamais pendant deux heures. Je suppose que certains essayent de compter le nombre de musiciens sur scène, mais n’y arrivent jamais.
La reprise « Penn Sardin » est le fruit d’une revendication sociale et politique ?
B.R.E.T.O.N.S : Oui, un peu des deux, clairement. On l’a reprise parce que c’était les 100 ans de cette grève des Penn Sardin en 1924. Et parce que le message pour nous est très important pour l’histoire. C’était quand même une des premières grèves en France et elle s’est passée en Bretagne. En plus par des femmes. C’est sûrement un des premiers mouvements féministes de l’histoire. C’est important pour nous de parler de ce genre de choses. Surtout qu’il y a un titre qui existe déjà, qui est dans notre veine. Et ça se passe chez nous, dans le Sud Finistère.
Le combat pour la Bretagne est aussi un engagement partagé dans le groupe ?
B.R.E.T.O.N.S : Je pense que ça, c’est un peu comme la religion. A chacun sa voix. Mais dans la mesure où on s’appelle B.R.E.T.O.N.S… Et que Gweltaz chante des titres en breton. Chanter en breton reste un acte politique dans la mesure où la langue n’a pas de statut officiel. Surtout quand tu viens de Loire-Atlantique. Là, tu te retrouves confronté à des lois qui sont différentes entre la Loire-Atlantique et la B4, le reste de la Bretagne. Et puis comme la langue est régulièrement absente des canaux médiatiques, les gens pensent qu’elle n’existe pas. Pour les gamins, ça permet de dire, nous aussi on peut chanter en breton.
Tout le monde parle breton dans le groupe ?
B.R.E.T.O.N.S : Non, uniquement Gweltaz
Dans B.R.E.T.O.N.S, pas mal de musiciens sont issus des formations Kervegans et Digresk. Les deux groupes poursuivent leur carrière parallèle ?
B.R.E.T.O.N.S : Oui bien sûr. Kervegans va sortir un nouvel album pour septembre 2026. Pareil pour Digresk. En fait, nos albums étaient prêts. On a donné la priorité à B.R.E.T.O.N.S. et du coup, on a retardé la sortie de nos albums respectifs de plusieurs mois. .
Vous avez des dates en commun ?
B.R.E.T.O.N.S : On a fait Digresk – B.R.E.T.O.N.S une seule fois. Mais notre musique est assez physique, on danse, etc. Donc on évite.
Dernière question pour Jessica : être la seule fille dans un groupe d’hommes, c’est un problème ?
Jessica Delot : C’est marrant. Vous êtes le premier à me poser la question. Je n’ai jamais vu la différence. J’ai toujours évolué dans un milieu quasiment 100% masculin. Je suis une musicienne avant-tout. Je me sens à égalité parfaite avec tout le monde. Et je n’ai pas l’impression qu’on me soigne particulièrement parce que je suis une femme. Ah si : j’ai une chambre toute seule lors des tournées. Eux ont des twins.
Gweltaz Adeux : Moi aussi j’ai une single. C’est le privilège de l’âge.
Jessica Delot : Malheureusement, encore aujourd’hui dans la musique, les femmes sont assez peu représentées. Pour différentes raisons. Quand tu as choisi de faire ce métier, d’évoluer dans ce domaine, il faut s’attendre à être quasiment tout le temps avec des gars. Et moi, ça ne me pose pas de problème.
Hervé DEVALLAN
B.R.E.T.O.N.S. « Daou » (Aztec Musique)











