Au fronton de la mairie nantaise apparaitra bientôt le Gwen ha Du, célèbre drapeau breton noir & blanc à fleurs de lys. Le symbole n’est pas mince puisqu’il relance le débat sur une éventuelle réunification administrative de la Loire-Atlantique avec la Bretagne.
1790. Tout commence lorsque le département de Loire-Atlantique est créé par démembrement de ce qui était à l’époque la Province de Bretagne, intégrée au royaume de France depuis 1532, à la suite de l’acte d’Union de la Bretagne. Un an plus tôt, en 1789, l’Assemblée constituante révolutionnaire avait mis un terme à l’autonomie bretonne par suppression de son parlement alors interdit de siéger ; au reste, cette même Constituante fit abolir toutes les organisations territoriales ou spécifiques de l’Ancien Régime : ainsi naissait le jacobinisme. Depuis, la question d’un éventuel rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne, est un serpent de mer qui fait l’objet d’un débat récurent et séculaire.
Les dates fondatrices d’un découpage inique
La création en 1941 des préfectures de région par le gouvernement de Vichy ne rattacha pas la Loire-Inférieure (ancien nom de la Loire-Atlantique) à la Bretagne, mais à la préfecture d’Angers. Viendront en 1956 les Régions Administratives créées par le général de Gaulle qui choisira de conserver la même découpe, continuant comme cela d’amputer la Bretagne ; le projet du général était d’aménager le territoire selon des motivations strictement économiques, non pas culturelles et moins encore historiques. Depuis les dates fondatrices de ce fractionnement inique, Paris ne souhaite aucune réunification. L’histoire récente nous l’a d’ailleurs prouvé lorsqu’en 2014, lors de la nouvelle délimitation des frontières régionales, rien ne fut remodeler en ce sens : Nantes et la Loire-Atlantique sont restées ligériennes nonobstant une esquisse territoriale en partie initiée par un premier ministre Breton et Nantais, en la personne de Jean-Marc Ayrault.
Le triple piège du référendum
Le piège essentiel à éviter quant à une éventuel réunification, est celui du référendum. On sait que Paris n’en fait qu’à sa tête lorsque le résultat des urnes ne lui convient pas. Pour preuve, le résultat de la dernière consultation populaire (relative à la constitution Européenne – 2005) n’a pas été respecté. D’autre part, il semble difficile de choisir qui sera consulté : les Ligériens seuls ou les Bretons avec ; entendu que, si Nantes est partie intégrante du débat, Rennes, Brest, Morlaix, Quimper… ne peuvent en être exclues. Enfin, personne n’a jamais demandé aux Mayennais ou aux Vendéens s’ils acceptaient le million de Bretons de Loire Atlantique dans leur région administrative en 1941. Pourquoi donc maintenant leur avis conterait-il davantage qu’hier ? En outre, et ce point est essentiel, Paris n’acceptera une consultation référendaire que si les sondages promettent un Non retentissant – d’ailleurs, tant que la France ne valide pas l’organisation d’un scrutin au sujet de la réunification bretonne, c’est que le pouvoir central est certain que le Oui l’emportera. N’oublions pas non plus qu’il appartient aux seuls Bretons de s’exprimer sur leur avenir, et qu’un référendum n’aurait aucun sens tant que ses conditions seraient fixées par Paris et non par les Bretons eux-mêmes.
Il n’y a en Bretagne guère de sujet plus polémique que la Bretagne elle-même
1941. Le pouvoir n’avait à l’époque que faire de l’opinion publique, un simple décret signé par le maréchal Pétain fut nécessaire pour instaurer la partition ; pourquoi la Bretagne devrait aujourd’hui passer par un processus de type « calédonien » alors que la réunification n’est qu’un problème purement administratif ? La Normandie n’a-t-elle pas été réunifiée sans référendum ? Certes, ce fut dans le cadre de la réforme territoriale de 2014, mais la Normandie est enfin redevenue une, seule et indivisible. Ce qu’un décret à fait sans ambages, seul un décret doit le défaire tout aussi simplement.
Face aux enjeux mortifères de la métropolisation des villes, mastodontes mondialisées que sont devenues Rennes-Métropole, Nantes-Métropole, Brest-Métropole, et qui toutes mènent à grands pas vers l’éclatement culturel de notre région, la réunification bretonne semble être l’épilogue salvateur qui permettra de revenir à une forme administrative raisonnable. Nantes vient de faire un pas en ce sens. Son maire, Johanna Rolland, a annoncé que le Gwen ha Du serait hissé en décembre prochain devant l’hôtel de ville, une promesse de campagne après avoir conclu un accord avec les écologistes qui militent pour le rattachement à la Bretagne. Le mois de décembre n’est pas choisi par hasard puisqu’en lien avec plusieurs événements nantais célébrant la culture péninsulaire, dont le 50ème anniversaire du mythique groupe nantais, Tri Yann. Vive la Bretagne ! Bevet Breizh !
Jérôme ENEZ-VRIAD
© Octobre 2020 – J.E.-V. & Bretagne Actuelle











