Rock, hard-rock, pop, hip-hop, musiques celtes, rap, reggae, électro, jazz, chants polyphoniques… Chaque été, les festivals bretons attirent 1,5 millions de spectateurs. Voici un aperçu des principales rencontres musicales péninsulaires, hélas ! toutes annulées pour 2020 en raison de la pandémie de Covid-19.
La genèse de la Bretagne festivalière remonte au festival d’Elixir qui s’est tenu dans différentes villes bretonnes entre 1979 et 1987. Créé par Gérard Pont, ce fut la première rencontre importante de rock en France, à tel point que ce rassemblement devint le cinquième plus grand festival européen, après Nyon en Suisse et Reading en Angleterre. Précurseur de l’utilisation des scènes multiples, Elixir fut à l’origine de plusieurs festivals musicaux bretons après sa disparation. Ainsi sont nés les Vieilles Charrues, le Festival du Bout du Monde, La Route du Rock, et de nombreux autres. Les collectivités locales bretonnes ont compris l’intérêt de soutenir un rayonnement culturel vivace à travers ces rencontres estivales. D’importantes retombées économiques, sociales et régionales en découlent. Quelques exemples pour s’en convaincre.
Les Vieilles Charrues à Carhaix – Finistère
Période : troisième week-end de juillet
Budget : 13 M€ (millions d’euros) – Aucune subvention
Fréquentation : environ 225.000 personnes
Retombées économiques locales : 8 M€
L’aventure a commencé en 1992 comme une grosse fête de fin d’année scolaire avec 500 participants. Trois décennies plus tard, ce sont quelques 225.000 fans qui se retrouvent chaque troisième week-end de juillet dans les prés de Carhaix (le « x » ne se prononce pas) pour écouter Patti Smith (2002), Johnny Hallyday (2006), Deep Purple (2009), Christophe (2014), Calypso Rose (2016), Marquis de Sade (2018), Hubert-Félix Thiéfaine (2019), mais aussi Manu Chao, Brian Ferry, Skip the Use, et parmi les artistes prévus pour 2020 mais reportés en 2021 : Céline Dion (55.000 billets vendus en neuf minutes), Catherine Ringer, Lenny Kravitz, James Blunt…
La vente des billets des Vieilles Charrues se fait désormais en moins de quatre jours. Le budget non subventionné de 13 millions d’euros est financé à 80 % par les festivaliers : billetterie et recettes sur site, les 20 % restants relèvent de partenariats et mécénats divers. Pas de subvention pour ce festival qui souhaite rester indépendant, allant jusqu’à interdire le branding : impossible pour une marque de donner son nom à une scène moyennant finances. Cela n’empêche pas l’équipe dirigeante de se montrer généreuse puisque l’association des Vieilles Charrues reverse une partie de ses recettes à des patronages locaux. Elle a ainsi participé au financement du lycée Diwan après la restauration du château de Kerampuilh, ou encore à celui de l’espace culturel de Glenmor à Carhaix.
Festival du bout du Monde à Crozon – Finistère
Période : début août
Budget : 2 M€ dont 5 % de subventions du conseil départemental et du conseil régional
Fréquentation : environ 60.000 spectateurs
Retombées économiques non communiquées
Le Festival du Bout du Monde (surnommé le « Boudu ») est un mariage entre un lieu de toute beauté sur la presqu’île de Crozon, et des musiques métissées venues du monde entier : Afrique du Sud, Yémen, Pologne, Jamaïque, île de la Réunion, mais aussi Finlande, Bénin, États-Unis… Aucune latitude ni longitude ne sont négligées pour faire entendre du jazz oriental, du reggae électro, du rap-latino, du blues, du folk…, à des festivaliers habitués dont 80% viennent de Bretagne. Le festival fait travailler 236 entreprises bretonnes, parmi lesquelles 92 situées sur la presqu’île de Crozon. Le « Bout du Monde » ce sont aussi 80 associations partenaires et 1.500 bénévoles encadrés par la centaine de membres de l’équipe organisatrice. C’est également l’un des festivals les moins chers, puisqu’en calculant le ratio entre le prix des places et le nombre d’artistes proposés, un concert au « Bout du Monde » revient à environ 3,50 €.
Festival Interceltique de Lorient – Morbihan
Période : première semaine d’août et week-end suivant
Budget : 5 M€ dont 30 % de subventions
Fréquentation : en moyenne 750.000 spectateurs
Retombées économiques : 4 M€
Le Festival Interceltique est la star des festivals régionaux. Son origine remonte à une compétition de bagagoù en 1971. Un demi-siècle plus tard, sa couverture médiatique est mondiale. Elle va de l’Islande à Pretoria et de L’Australie à Vigna-del-Mar. Chaque année un pays est mis à l’honneur. Au fil du temps, le festival – qui désormais embauche 80 salariés épaulés de 270 bénévoles – a pris de l’ampleur avec un « festival of » ; comme à Avignon, le second s’est développé en marge du premier avec des dizaines de groupes qui jouent dans la journée ou en soirée dans la plupart des cafés du centre-ville.
La route du Rock à Saint-Malo – Ille et Vilaine
Période : mi-août
Budget : 1,3 M€ dont 30 % de subventions
Fréquentation : environ 25.000 spectateurs
Retombées économiques non communiquées
Chaque année le spectateur a le choix entre les concerts donnés au Fort Saint-Père, à Saint-Père Marc en Poulet, et ceux de Saint-Malo sur une petite plage ou au palais du Grand large. 600 bénévoles participent à l’organisation de ce festival qui, depuis 2006, propose aussi une « collection hiver », plus intimiste, réunissant 3.000 spectateurs.
Le Hellfest à Clisson – Loire Atlantique
Période : troisième week-end de juin
Budget : 25 M€
Fréquentation : 180.000 spectateurs
Retombées économiques : environ 23 M€
Le Hellfest (ou Hellfest Summer Open Air) est une sorte de festival de l’extrême dont les épithètes sont : Heavy, Metal, Hard, Punk, Death, Black, Trash…Il trouve son origine dans un autre festival, le Furyfest, qui s’est tenu de 2002 à 2005 dans différents lieux des Pays de Loire. Le Hellfest prit la suite en 2006 avec une envolée fulgurante de sa fréquentation, passant de 22.000 spectateurs lors de la première édition à près de 180.000 entrées payantes en 2019. Un essor tel que les deux scènes initiales s’en sont vues adjoindre une nouvelle l’année suivante, puis ce seront quatre scènes en 2009, sept à partir de 2012, enfin une huitième est créée en 2017. Le festival a dynamisé la région, il a fait connaître Clisson dans le monde entier, avec un nombre de restaurants qui a doublé – de dix à vingt –, un hôtel s’est installé et les deux autres sont montés en gamme, des magasins se sont ouverts, des boutiques « rock » ont même été créées, et les réfractaires initiaux sont désormais marginaux car le Hellfest dépasse les clivages politiques compte tenu de ses retombées économiques phénoménales, 23 M€, les plus importantes de tous les festivals musicaux, non seulement bretons mais aussi français, réussissant même à doubler les retombées économiques des Francofolies de La Rochelle.
Jérôme ENEZ-VRIAD et Hervé DEVALLAN
© Juillet 2020 J.E.-V. & Bretagne Actuelle











