Jusqu’au 15 août, Arz er chapeliou Bro Leon part à la rencontre de l’art contemporain au cœur du du patrimoine religieux du Léon. Plasticiens, peintres, sculpteurs, photographes et graveurs y exposent comme autant de témoins du temps présent.
Je l’ai entendu parler à Maëlle, cette jeune fille que les hasards du co-voiturage avait placé à-côté d’elle sur la banquette arrière. Elle lui disait qu’elle allait jusqu’à Morlaix rejoindre son compagnon Marcel et qu’ensemble ils se rendaient à l’exposions Dubuffet à Landerneau. Dubuffet, tout de suite j’ai pensé à ces quelques toiles aperçues au musée des abattoirs de Toulouse, une impression granuleuse qui s’est confondue avec l’argile lissée et séchée jusqu’à la craquelure de ce jeune sculpteur, Jonathan Bernard travaillant face au port du Koréjou de Plouguerneau. Il répondait à une commande de la mairie et avait entrepris une sculpture dans le bois d’un cyprès du château de Kerjean : « homme poisson », L’intérieur du tronc avait été creusé, évidé, j’ai cru au tout début qu’il s’agissait d’un cœur, peut-être l’aurais je souhaité ? Ou alors était-ce un poisson cœur ? Après tout, il existe bien des poissons chats et des poissons clowns ! L’effet ressemblait aussi à un de ces moulage que l’on donne aux enfants et qui rempli de sable lui donne la forme d’un coquillage, d’une étoile de mer ou d’un poisson. Le grain du sable que Dubuffet avait encré et collé sur sa toile.
Nous avons un peu discuté, il faisait beau, presque chaud, le vent si fréquent au Koréjou était tombé, la mer était calme, la sciure, les copeaux de bois, formaient comme un tapis sous nos pieds, les burins, les scies et les ponceuses étaient posées sur le sol. Il disait qu’habituellement il creusait un trou dans la terre pour enterrer la base du tronc, le maintenir à la verticale et le sculpter, comme l’espoir de redonner racine à d’autres racines, à ce qui avait été tranché. Cette fois ci cependant il a du mettre une plaque de métal et boulonner l’arbre dessus car le site de la maison de garde est protégé et il n’était pas question d’entamer sa couverture végétale.
Dubuffet, toujours cette envie d’y aller voir de m’arrêter sur les quais à Landerrneau et de marcher jusqu’au couvent des Capucins, et pourquoi ne pas en profiter pour faire une petite halte dans cette boulangerie pour acheter un kouign aman pour cet ami de Fréjus ?
La chapelle Saint Laurent, date du XV e et XVI e siècle, elle est joliment arborée, aujourd’hui, la chapelle est habitée par les sculptures de Danielle Pean-Leroux, aériennes, lumineuses, elles flottent, suspendues entre terre et ciel, les méduses sont à la fois nuages et dentelles, arachnéennes, elles ont tissé leurs toiles autour de l’ex-voto de la chapelle, un bateau volant, au drapeau curieusement français dans ce pays du Léon. Au fond de la chapelle l’artiste propose une installation, c’est une petite fenêtre, découpée dans une grand boîte, il suffit de se pencher et de regarder. Tout d’abord, c’est étrange, nous ne voyons rien car l’intérieur est peint en noir et puis tout doucement le discernement se produit, l’œil s’acclimate et distingue une méduse, deux méduses, trois méduses… C’est une expérience que nous partageons tous : ils nous arrivent parfois, ainsi, dans le noir, alors que nous tâtonnons mains en avant, de progressivement voir le contour des formes s’affermir, les objets se détacher, se nuancer dans l’opacité des rêves et de la vie. Juste de la patience, celle de regarder suffisamment longtemps l’obscurité, ne pas avoir peur, et puis une vision, comme un lent dégradé, peut-être un espoir, là aussi.
Je ne suis pas aller ce jour là voir l’exposition Dubuffet pas plus que je ne suis allée sur l’île Wra’ch voir les crabes d’acier rouges, de Jérôme Durand, que l’on aperçoit de la plage, ils sont disposés sur la jetée au loin mais je les ai cependant contemplés sur l’écran d’un appareil Photographique, celui de Didier Porchel, un des acteurs de la troupe du Strollad ar vro Bagan, qui avec sa femme, Ghislaine m’accompagnaient, sur le chemin des chapelles. Je ne suis pas non plus allée ce jeudi là à Landerneau non j’ai continué à suivre le circuit de l’art dans les chapelles du Léon, « Arz er Chapeliou Bro Leon », un circuit qui comprend quinze chapelles et seize artistes d’aujourd’hui, artistes que Dubuffet n’auraient pas démentis, lui dont l’art brut avait la générosité des gens du Léon ! « Il faut s’approcher en dansant », « je suis applaudisseur , je suis célébreur… » Disait-il, danses médusantes, sauvages et enchantées, Arz médusant, Je voulais aller au couvent des Capucins je suis partie sur les chemins du Léon. « Le vrai art est toujours là ou on ne l’attend pas »…











