Anne Beaumanoir était belle, puissante, Juste au vrai sens (juridique et universel) du terme, exemplaire en tout. Elle reste en nous. Anne Beaumanoir a rejoint le noir, elle qui fut durant sa vie si longue claire, éclaireuse, fine lumière dans le tunnel absurde des mondes clos.
Anne Beaumanoir ouvrait l’horizon. Forçait les portes. Fonçait, enfonçait, c’était un bélier discret, un tank de chair, un poing de révolution, dans la gueule de toutes les morts lentes et consenties qui nous servent de cerveau.
Anne Beaumanoir, Bretonne ? Sans doute.
Drômoise ? Sûrement.
Genevoise, aussi. Tunisienne, oui. Algérienne. Oui. Elle fut de tous les combats en ne se trompant presque pas. Et si elle se trompait, elle changeait de direction, têtue, déçue, indocile et libre.
La Docteure Beaumanoir s’était spécialisée dans l’épilepsie. Ces éclatements électriques qui explosent un corps comme a explosé le monde tant de fois et auprès duquel non seulement elle se penchait mais elle s’activait.
Militante, résistante de la première heure, née à Créhen, près du Guildo, fille de Dinan. Plus que douée, à seize ans, elle fout le camp vite fait faire sa médecine à Paris. Rendez-vous avec le pire, l’invasion nazie. Engagée au PC, elle sauve deux enfants juifs qu’elle ramène à ses parents.
Elle fait le job. A le bon geste. Révoltée, elle sait où commence et où finit la tyrannie : elle s’insurge, milite, s’engloutit au plus secret pour résister et renverser la malédiction.
« C’est ce dont je suis la plus fière » dit elle humblement, ces deux enfants juifs qu’elle sauve en les ramenant en train à Dinan et ce titre de Juste que ses parents et elle obtiennent. Le diplôme des diplômes ! La Valeur des Valeurs !
D’une Résistance à l’autre, elle saisit la cause algérienne et s’engage. Porteuse de valises comme on disait car elle, elle le faisait. Elle qui adorait conduire vite, devient chauffeure en zone sud d’un chef du FLN.
Emprisonnée aux Baumettes, évasion, abandon (stratégique) de ses deux enfants et de son mari, sa vie est un roman, ou plutôt, un long et lyrique poème qu’Anne Weber a fait paraître au Seuil en 2020, cf compte rendu sur Bretagne Actuelle !
Anne Beaumanoir a failli devenir ministre de la Santé à Alger où, là aussi, le vent, hélas, a tourné. Elle a quitté le PC en 1956 et quittera l’Algérie (clandestinement) en 1965 après le coup d’Etat de Boumediene.
Anne Beaumanoir ou l’art politique et clandestin. Le noir est sa couleur nécessaire, une discrétion obligée, une vie nocturne et le noir est ce contre quoi elle lutte obstinément.
Anne Beaumanoir ou la Liberté.
Le vent tourne, les vents tournent, la Bretonne est quant à elle tout sauf une girouette et ses choix à chaque fois s’arrêtent sur l’éthique et la plus haute des valeurs morales : la liberté laïque et de gauche.
Humaniste Anne.
Libertaire Anne.
Rejoignons ses valeurs à l’heure où à Quimper Anne Beaumanoir s’éteint le 4 mars, à 99 ans.
Courage, bel âge. Merci Madame.
Serons-nous à la hauteur ?
Gilles CERVERA











