Il faut être un peu fou, ou breton, pour créer un label de Métal à Quimper. C’est pourtant ce qu’a fait Laurent De Lavenne en 2011. Aujourd’hui, se sont 12 groupes qui défendent les couleurs de l’écurie Finisterian Dead End. Et l’aventure commence à prendre une nouvelle dimension avec un partenariat de distribution confié à Season of Mist. De bon augure au moment où deux nouveaux groupes devraient signer avant la fin de l’année.
Comment est née l’idée de monter un label Métal à Quimper ?
Laurent De Lavenne : C’était il y a 4 ans en 2011, de retour du Hellfest. Au volant de ma voiture entre Clisson et Quimper dans la nuit de dimanche à lundi, je me disais qu’on était en Bretagne, une terre de festival, de musiciens, et que j’avais vu très peu de groupes locaux pendant ces 3 jours. Je me demandais si c’était parce qu’ils n’avaient pas le talent parce qu’ils n’avaient pas les moyens d’accéder à de telles scènes. Le lendemain, je me précipite devant mon ordi et je fais un tour d’horizon du secteur, passé et présent : le nombre de labels en Bretagne, le nombre de groupes, etc. Le mardi le nom de domaine était réservé, 3 jours après les cartes de visite étaient imprimées et je sillonnais la Bretagne pendant 6 mois à la rencontre des associations, des salles de concerts, etc. Bref, je serrais des mains pour me faire connaître, faire valoir un truc qui n’existait pas. Je pouvais enfin conjuguer mes « talents » de commerciaux et mon amour du métal. Et c’est comme ça que j’ai rencontré le groupe Pictured de Quimper qui allait devenir ma première signature.
En 2015, quel est le modèle économique d’un label ?
LDL : Dans un premier temps, ça vit d’amour et d’eau fraîche. C’est un pari sur l’avenir. Je suis auto entrepreneur depuis mars 2012. En revanche, depuis janvier 2015, je m’occupe à 100% du label. Pour Finisterian Dead End, c’est une année charnière… Tout l’argent qui entre est entièrement réinjecté. Et dès qu’il y a un peu de profit il est totalement réinvesti en communication. Dans ce métier, la communication est primordiale, il faut que le nom du label et des groupes tournent ; qu’on soit toujours présent dans la presse. Dès qu’il y aura une fan base importante et cohérente, on pourra faire autre chose avec l’argent. Les groupe sont donc au cœur de cette stratégie et doivent jouer le jeu !
Le choix d’un groupe est donc un double pari. Quelle est la ligne éditoriale du label ?
LDL : Ça fait 25 ans que j’écoute du métal et je suis passé par différents facette. Aujourd’hui, il y a 12 groupes, 12 styles différents. Je n’ai pas choisi une niche, bien que ça soit sûrement plus facile à gérer. J’ai choisi un système complètement inverse : l’ouverture. L’avantage, c’est que les gens vont pouvoir piocher, découvrir et être séduits par d’autres styles. Chaque groupe est une passerelle pour l’autre. Côté scène, ça fonctionne également comme ça. J’essaye au maximum d’avoir des doubles plateaux. Je mélange alors les genres et les régions.
Avec une telle logique, vous allez rapidement arrêter de signer des groupes !
LDL : Non. Ce qu’il faut savoir, c’est que la famille Métal a un arbre généalogique tellement grand et tellement large qu’un même style peut être différent d’un pays à l’autre. Un Trash allemand n’a rien à voir avec un Trash breton ou un Thrash venu des pays nordiques. La façon de jouer n’est pas la même. Un Death Métal espagnol et un Death américain ne se ressemblent pas. D’où la signature de groupes bretons, français, canadien, suisse et slovaque.
Comment rencontrez-vous ces formations ?
LDL : Pour les trois formations « étrangères », je ne me suis jamais déplacé chez elles ! Tout c’est fait sur Skype dans le respect de leur propre stratégie. Par exemple, les slovaques de Darchaic venaient de sortir un album et cherchaient uniquement à avoir de la visibilité en dehors de leur pays. Là on est dans un simple deal de la distribution et de la promotion. A l’inverse, les québécois d’Obscursis Romancia qui existent depuis une douzaine d’année et qui ont fait plusieurs tournées canadiennes ont déjà des accords au Japon, en Amérique du Sud… Ils cherchaient un partenaire européen. Là on travaille pour la sortie de leur prochain album l’année prochaine avec une tournée française à la clé. Bref, on s’adapte aux besoins des groupes, à leurs envies et à leur capacité de développement.
Pour les groupes bretons et français, le seul avec qui j’ai vraiment discuté, c’est Pictured le premier que j’ai signé. Les autres sont tous venus vers moi pour me soumettre leurs sons. En revanche, je les connaissais pour la plupart. Par exemple c’est le batteur de The Veil qui m’a recommandé Red Dawn… Où il est aussi batteur !
Quel est le rôle du label ?
LDL : On va commencer par ce qu’on ne fait pas : s’occuper de l’enregistrement. Chaque studio a sa pâte et on ne veut pas imposer un lieu à nos groupes. En revanche, on intervient sur la track list. Je suis resté vieille école : je rentre dans un magasin, je prends un CD, je mets mon casque sur les oreilles et j’écoute d’abord le premier titre. Donc l’ordre des morceaux est un choix stratégique. Le plus souvent on écoute les 3 premiers morceaux et on achète sur cette impression. On peut aussi intervenir sur le master. Parfois après 3 semaines de studio, le groupe n’a plus le recul et n’entend plus certaines choses. On fait une dernière écoute. Ensuite, on travaille sur l’artwork, même si les groupes ont parfois leur graphiste. On peut les orienter. De toute façon on les conseille sur la maquette de la pochette. C’est comme ça qu’on évite de faire des pochettes d’album totalement noires. Ainsi avec Breakdust et Malkavian, on a sorti des albums avec beaucoup de blanc. Et bien, quand vous passez dans le rayon, ça claque ! Les rennais de Mantra ont un visuel jaune. Ça ressort bien et ça donne une idée de leur côté progressif. A partir de là, on passe au pressage et à la distribution.
Vous travaillez beaucoup avec la scène bretonne ?
LDL : Il y a plein de groupes bretons… Comme un peu partout en fait ! Mais il fait distinguer les groupes en création qui répètent dans le garage des grands parents, ceux qui sortent du garage pour enregistrer une démo et la donner aux potes et à la famille ; et puis, il y a les groupes qui sortent cette démo pour la vendre lors des concerts et s’en servir comme d’un outil de promo pour tourner hors de Bretagne. C’est avec ces groupes là que je travaille. Non pas que je n’aime pas les autres, mais simplement parce que le label n’est pas structuré pour faire de la recherche de talents.
Vous parliez de l’année 2015 comme une année cruciale pour le label. Pourquoi ?
LDL : On se pose de nouvelles questions. Faut-il devenir également tourneur ? Idem pour la donnée de distribution. A la base, c’est moi qui distribuais les disques. C’est-à-dire que je faisais le tour de tous les magasins de Bretagne, de Normandie, etc. Je rencontrais tous les chefs de rayon… ça prend un temps fou, mais c’est super efficace et on apprend le métier ! Aujourd’hui on a une grosse structure derrière nous : Season of Mist. L’avantage, ça me dégage du temps pour trouver les bons partenaires côté booking et ça me permet de travailler sur des réseaux de distribution à l’international. Car en 2016, on a un nouveau challenge : la gestion des « deuxièmes » albums des groupes.
J’ai créé le label à 34 ans avec l’objectif d’en vivre à mes 40 ans. J’ai 37 ans, il me reste 3 ans. C’est un bon challenge !
Combien de groupes bretons sur les 12 en catalogue ?
LDL : Huit sur 12. Breakdust est de Bordeaux. Cette année, Ellipse vient de signer et je souhaite deux nouvelles signatures, bretonnes ou pas, avant la fin de l’année.
Au final, pourquoi un groupe signe chez Finisterian Dead End ?
LDL : Je pense que la proximité géographique joue beaucoup. Au de là de ça, comme certains groupes viennent de plus loin que la Bretagne, c’est parce que le label commence à bénéficier d’une belle réputation. Les chroniqueurs savent désormais qu’un disque sorti chez Finisterian Dead End dispose du minimum garanti en termes de qualité. Et puis, maintenant nous sommes distribués partout en France via Season of Mist. Nous ne sommes que 5 labels indépendants à pouvoir le dire. Au-delà de ça, je choisis moi-même les groupes et la valeur humaine compte beaucoup. Il faut qu’ils puissent intégrer notre « famille ». Je n’ai jamais traité mes groupes comme des produits. C’est pour ça que j’ai créé le Dead End Fest, pour que tout le monde puisse se retrouver, se connaître et échanger. Résultat, chez nous, un groupe est quasiment assuré de faire 10 concerts uniquement en étant invité sur les dates de ses copains de label. Il y a une vraie solidarité. Je dois faire attention de ne pas faire entrer le loup dans la bergerie !
Combien de disques va vendre un groupe chez vous ?
LDL : C’est vraiment variable. En moyenne, on presse entre 500 et 1000 exemplaires. Après côté vente, tout dépend de ce qui se passe en concert. S’ils savent faire des dédicaces, ça change du simple au double ! Et maintenant Season of Mist va changer la donne avec une présence sur les sites marchands d’Amazone, de la Fnac, etc. Et puis nous réfléchissons également à presser en vinyle. Mais attention, le vinyle à un coût, non seulement à la fabrication, mais également à l’enregistrement : il faut trouver des studios équipés en numérique. Côté digital, pour l’instant chaque groupe s’en charge. Mais on commence à travailler le produit. On va centraliser et rendre cohérent l’ensemble de la démarche commerciale. Pour l’instant, et c’est surprenant, le gros des ventes se fait en physique avec un gros pôle de distribution sur Saint Brieuc chez Imagine ! https://www.imagine-22.fr/
Les festivals bretons, une opportunité pour vos groupes ?
LDL : J’espère ! Le Motocultor près de Vannes n’est pas loin de Quimper, et pourtant nous n’avons aucun passe droit. Il n’y a pas de copinage. En tout cas pas avec nous ! Comme le festival n’a pas encore arrêté ses derniers noms, on croise les doigts ! En revanche, nous avons deux groupes au Hellfest : Malkvian au Métal Corner le jeudi et Breakdust qui ouvre le festival sur la Main Stage 2.
Propos recueillis par Hervé Devallan
Dernière sortie du label
Dysilencia le 17 mars 2015
Les 12 groupes signés par Finisterian Dead End
PICTURED (Death/Thrash Mélo, BZH – Kemper)
OBSCURCIS ROMANCIA(Black Metal Theatral, CAN)
DARCHAIC (Dark / Death, SL)
BAGHEERA (Post Hardcore Groove Metal, CH)
MANTRA (Progressive Death, BZH – Roazhon)
DYSILENCIA (Electro Metal, BZH – Brest)
THE VEIL (Dark Wave Metal, BZH – Naoned)
BREAKDUST (Death / Thrash, FR)
MALKAVIAN (Power Thrash, BZH – Naoned)
RED DAWN (Death Technique, BZH – Roazhon)
THE ERSATZ (Shock Indus, BZH – Naoned)
ELLIPSE (Modern HxC Metal, BZH – Naoned)











