C’est dans une brasserie parisienne, au pied de Radio France encore fumante, que nous avons rencontré Biikini Machine au grand complet. Ou presque puisque seuls Patrick Sourimant (basse, chant), Franck Hamel (guitare, chant, basse) et Sam Michel (platines, machines, claviers) se livrent à l’exercice de l’interview. Mik Prima (guitare) et Fred Gransard (chant) évitant soigneusement d’intervenir. Quand à Romain Baousson (batteur de scène et ex Wankin’ Noodles), la logique veut qu’il soit naturellement en réserve de la promo d’un album auquel il n’a pas participé. Rencontre quelques minutes avant leur session live et plusieurs semaines avant leurs premiers concerts à venir à partir du 13 décembre.
« Bang on time » vient de sortir. Il est entièrement interprété en anglais. Normal pour un groupe breton ?
Bikini Machine : C’est naturel pour un groupe de rock ! La plupart de nos morceaux sont chantés en anglais. Le français reste l’exception. C’est ce qui vient le plus naturellement pour chanter de la Soul et du rock’n’roll. Pour nous c’est beaucoup plus dur de trouver des mélodies en français. La preuve en est que les rares morceaux qui sont chantés en français sont davantage « parlés », façon Gainsbourg. C’est le cas de « Ou vont les cons ? » par exemple, le morceau en français qu’on avait mis en avant sur l’album précédent. On compose en « yaourt » et on n’arrive pas à trouver du « yaourt français ». Aucun mot ne sort. Ça devrait être naturel pourtant ! L’autre raison – et là on parle au nom de Fred qui écrit la plupart des paroles – c’est que l’anglais permet de garder une certaine distance, une pudeur. Le français te met plus facilement à nu. Les autres albums mettaient en scène un personnage imaginaire pour raconter une histoire. Là, sur « Bang on time » le « je » est souvent de mise, ça nous concerne tous les cinq : c’est la mise au point de quadra, sans partir dans de grands discours philosophiques !
Est-ce cet âge de raison qui a conduit à une certaine stabilité dans le rôle de chacun dans le groupe ?
Pas en studio ! En revanche, sur scène c’est vrai que l’envie de tourner d’un instrument à l’autre nous a passé. On s’est aperçu que nos concerts perdaient en rythme à force de changer tout le temps. Et puis notre activité de backing band de Didier Wampas ces dernières années nous a obligé à retrouver nos places respectives. Ça se sent aussi en studio : on a enlevé pas mal de séquences que l’on retrouvait sur les derniers albums. On va a l’essentiel, c’est beaucoup plus rock’n’roll.
En studio, c’est moins vrai. On a la chance d’avoir notre propre studio, on peut prendre notre temps. Si l’un de nous veut faire une ligne de basse, il peut le faire ! Tous les instruments sont à notre disposition et on ne s’en prive pas. Le studio est un peu comme un laboratoire où chacun peu s’amuser et tester d’autres instruments.
Ces 3 années avec Didier Wampas ont influencé votre travail ?
Didier nous a appris a allé à l’essentiel, à être plus simple. On avait tendance à en rajouter tout le temps. Déjà notre travail avec Jon Spencer allait en ce sens. Il disait tout le temps « Less is more », On lui avait confié nos bandes et il avait enlevé les effets, épuré le son pour aller à l’essentiel. Là, on l’a fait de nous même. Cet album, on l’a complètement réalisé, de l’enregistrement au mix, jusqu’à la pochette. Mais ces 3 années avec Didier ont quand même dû nous influencer, car on s’est aperçu à la fin que on ‘avait nous même enlevé des instruments !
Didier Chappedelaine (Didier Wampas) est un breton comme vous. Ça a facilité la collaboration ?
On se croisait depuis 1994 au moins sur différents scène en Bretagne ou en France du temps de Terminal Buzz Bomb (Franck Hamel et Sam Michel, ndlr) et des Skippies (Fred Gransard, Patrick Sourimant et Mik Prima, ndlr à nouveau) nos groupes précédents. Avec Terminal Buzz Bomb on avait le même tourneur que les Wampas. Et puis Shériff, notre éclairagiste est également celui de Didier. Quand Didier a cherché un groupe pour faire son backing Band, Shériff a tout de suite pensé à nous tant le style correspondait vraiment à ce qu’on faisait. « Tu verras, c’est des bretons sympas ! ». On a organisé une répétition à Rennes dans notre studio. On a joué 3 morceaux et c’était bon ! Et puis il a vu les affiches des Ramones, des Buzzcocks… Avant qu’on joue ça lui a plu ! Ceci dit, humainement et musicalement, on s’est trouvé.
En revanche, vous n’êtes plus avec votre label bordelais historique…
Après 3 albums avec Platinum, on est arrivé au bout de l’histoire. Mais ça s’est fait normalement. Casser la routine, rebosser comme pour un premier album, ça nous fait du bien. Et puis chez Yotanka, il y a beaucoup de rennais à commencer par Laetitia Shériff !
Chez Yotanka, il y a aussi les angevins de Zenzile. Comme vous avec le film « Desperado » de Robert Rodriguez, ils se sont prêtés à l’exercice du ciné-concert. C’est une mode ?
C’est surtout super intéressant. On a toujours eu envie de faire une musique de film. Là, c’était pour le festival « Traveling » à Rennes consacré au Mexique. On nous a proposé un ciné concert sur ce thème. Robert Rodriguez est mexicain, on avait les droits sur « Desperado », voilà ! On a refait la musique de A à Z. A aucun moment, la musique du film apparaît. On n’est pas tombé dans le travers classiques du ciné-concerts, c’est-à-dire le film noir et blanc muet où là tu as l’autoroute pour faire ta musique. Nous s’était vraiment un challenge : on a viré la bande son original, gardé les bruitages et refait entièrement la musique. En revanche, on a peu tourné car sur scène on est 5 et dans les cinémas c’est compliqué. Mais on a fait une vingtaine de dates nationales et aussi à Edimbourg et à Cork ! Le concept été une vraie découverte pour la Grande Bretagne. Ils croyaient qu’on allait jouer la musique originale. C’était une belle parenthèse juste avant notre collaboration avec Didier.
Bikini Machine est un groupe rennais. Est-ce que vous vous sentez bretons avec tous les événements qui se passent aujourd’hui ?
Depuis 3 ou 4 ans, il se passe beaucoup de chose à Rennes. Il y a une scène qui émerge. En revanche, pour les structures, ça ne change pas grand-chose ! On est assez fier de dire qu’on est rennais. Et breton : ça sert quand tu voyages. Après politiquement, concernant le rattachement de la Loire Atlantique à la Bretagne, on ne s’est pas assez penché sur la question pour répondre correctement. Economiquement, le rattachement semble intéressant. Franchement, on a peur de dire des bêtises sur le sujet. Mais on veut bien revenir dessus une prochaine fois ! Une chose est sûre, on est des européens !
Après la scène rennaise n’existe pas en tant que tel. Il n’y a pas un son rennais. Il y a beaucoup de groupes, tout le monde cohabite. Il y a autant de pop que de punk, du garage, du hip-hop qu’un grand retour aux années 80 actuellement. Et les Transmusicales comme le festival I’m From Rennes véhiculent toutes ces scènes ! A l’époque de Marquis de Sade, Rennes était la ville new wave. Aujourd’hui, un style ne perce pas plus qu’un autre.
Hervé DEVALLAN











