Eloge de la rade de Brest HermineHermineHermine

Son dernier ouvrage publié, Rester en rade, est une belle déambulation à la fois tonique et mélancolique autour de la rade de Brest


Eloge de la rade de Brest

Prosateur poignant au négligé savamment délicat et bordé d’une belle poésie farouche qui rougit un peu de dire son nom, Hervé Bellec est un écrivain tourmenté. Cet anxieux masque ses hantises derrière des apparences amusées, des truculences gaillardes. Mais ses romans et ses nouvelles – Garce d’étoile, La Nuit blanche, Le beurre et l’argent du beurre, Demain j’arrête d’écrire – sont, au sens propre, un désenchantement. Et des livres de Bretagne aussi, avec leurs paysages incendiés de beauté, la mer qui s’engouffre sous le pont de l’Iroise au pied des rochers noirs, le sel de larmes océaniques qui colle aux paupières lourdes, aux joues lavées et tièdes. Son dernier ouvrage publié, Rester en rade, est une belle déambulation à la fois tonique et mélancolique autour de la rade de Brest. Celle-ci est peinte couleur sépia – docks silencieux, falaises érodées, petits ports fantomatiques où s’amassent en vrac des chalutiers désarmés. La promenade est douce et mystérieuse, qui nous invite à une longue marche pensive, de grèves en criques, sous de belles brumes tièdes toutes tendues de lumière pâle. Les dessins de Philippe Kerarvran –chapelles nichées dans des bosquets sombres et bruns,  éboulis de pierres sur le sentier douanier, grands arbres torturés au-dessus de la mêlée des eaux grises – composent un admirable contrepoint au récit. Ils disent le silence, l’émotion poignante des petits matins, la tendresse et la sévérité des lieux, le calme apparent, la menace impalpable.

Les éditions Dialogues

Hervé Bellec, Rester en rade, éditions Dialogues, 55 pages, 12 euros. Illustrations de Philippe Kerarvran.

0 Commentaires

Laisser un commentaire

Articles similaires

Autres articles de la catégorie Essai