Dans son quatrième roman, Gilles Paris réintroduit les lucioles au Cap-Martin d’où elles ont disparu en raison de la pollution agricole. Du haut de ses neuf ans, Victor ne se laisse compter aucune histoire, jusqu’aux grandes vacances qui vont remettre en cause ses certitudes. Une nouvelle fois, Gilles Paris s’attache à l’enfance en pleine aventure existentielle. Il nous explique pourquoi.
Découverte de la littérature à douze ans
« J’ai eu une enfance très heureuse. Certes, un psy inverserait le rapport : « En quoi fut-elle malheureuse ? » En rien. Contrairement à beaucoup d’auteurs, j’écris parce que je vais bien. J’ai découvert la littérature à douze ans avec Le Petit Prince et Contes et Légendes, une collection Nathan striée de rayures dorées sur la couverture. Les histoires finissaient toutes par « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». J’imaginais que ce devait être le comble du bonheur ! (Rires) En tout cas, ce fut une complémentarité baroque à Saint-Exupéry. Ces lectures m’ont transmis une certaine idée de la vie, avec pour résultat un premier texte abouti vers quatorze ans, dans lequel j’endossais déjà le rôle d’un garçon plus jeune. »
Envouté par la fée Clochette
« Un enfant ne juge pas, il essaye de comprendre avec la distance nécessaire pour considérer ce qui est instinctivement bien ou mal. A travers mes jeunes protagonistes, j’essaie de retrouver le ressenti objectif, quasi prémonitoire, qui était le mien au même âge. La narration des adultes est souvent noire, face à quoi le vocabulaire de l’enfance permet d’alléger les choses graves et d’en sortir une hypothèse constructive. Je me laisse volontiers atteindre par le syndrome de Peter Pan en période d’écriture, mais il s’agit d’un symptôme créatif et non d’une affection maladive. »
Une faculté de renouvellement rapide
« J’étudie le langage des enfants en leur compagnie. Ils inventent des expressions à durée de vie très courte, ce qui nécessite une mise à jour permanente. L’utilisation d’un vocabulaire spécifique est relativement simple après l’avoir appréhendé. Ensuite, le travail du style est plus ardu car il doit conserver la spontanéité mise à mal lorsqu’on retouche au premier jet. Dernièrement, je me suis rendu compte que les enfants sont très réceptifs à l’humour fortuit. Par exemple, le titre de mon premier livre, Papa et maman sont morts, les fait beaucoup rire alors que l’histoire relève d’un constat tragique. Malgré des sujets difficiles, il n’y a aucun message existentiel dans mes livres. En revanche, tous relèvent d’un langage universel accessible au plus grand nombre. »
L’homosexualité est un aléa parmi d’autres
« Dans L’été des lucioles, je n’ai pas essayé d’introduire l’homosexualité du point de vue des plus jeunes puisqu’ils ne la considère pas en tant que telle. Victor s’y trouve confronté sans réjouissance ni affliction. Il a deux mamans. C’est un état de fait. Un aléa parmi d’autres. S’il n’y trouve rien à redire c’est parce que le propos n’est jamais curieux pour un enfant. Il le devient néanmoins très vite par transmission des adultes. »
Une réalité poétique
« Les lucioles renvoient l’idée de lumière et les papillons celle de métamorphose. Puisque le temps d’un été suffit à changer l’existence de Victor, j’ai volontairement choisi des insectes estivaux, versicolores et radieux, afin d’introduire une réalité poétique. Les adultes piétinent les vers luisants et chassent les papillons, les enfants s’en approchent pour les admirer. C’est aussi un clin d’œil à ces gamins qui ne connaissent du poisson que les formes angulaires des surgelés : ils sont encore davantage à ne pas savoir ce qu’est une luciole. »
La technologie tue et réinvente la poésie en permanence
« Tant que l’enfant est heureux avec sa console et que son visage s’éclaire, la poésie est là. Notre devoir est de l’aider à l’appréhension des épreuves afin qu’il comprenne que l’important n’est pas la difficulté mais le plaisir que l’on en retire après y avoir fait face. Ce sont les enfants qui éduquent les adultes, pas l’inverse. Nous leur transmettons et ils nous apprennent. L’éducation n’a pas le sens unique que l’on voudrait nous faire croire. Tous mes livres évoquent cette méprise fort préjudiciable à une excellente pédagogie. »
Un dernier mot
« La vie sans magie, c’est juste la vie. »
L’été des lucioles de Gilles Paris au éditions Héloïse d’Ormesson – 222 pages – 17 €












