Prométhée… Le 9ème opus de cette ambitieuse série vient de sortir. Que vous soyez fan depuis le début ou récent lecteur, avant même d’ouvrir ce bel album à la somptueuse couverture, le titre de la série vous embarque immédiatement dans un tourbillon de réflexions ésotériques et vous vous dites : attention, sujet audacieux !
Rappelons-le, Prométhée, c’est ce demi-dieu qui a osé dérober le Feu au tout-puissant Zeus pour le donner aux hommes, et qui sera pour cela condamné à avoir tous les jours le foie dévoré par un oiseau de proie (çà nous rappelle au passage qu’on ne plaisante pas chez les Dieux).
On est là au cœur du sujet ! Le Feu donné aux humains, c’est la Lumière, donc la Connaissance… Christophe Bec, l’auteur de la série, est parti de cette sublime allégorie des anciens à propos de la connaissance et du savoir pour nous entraîner dans une BD-fleuve, dont le succès grandissant lui a finalement permis d’en prévoir 12 tomes, autour de dizaines de personnages, avec une complexité scénaristique dont l’ampleur même est à la mesure du sujet. Les amateurs de Da Vinci Code ou autres romans fantastico-historico- scientifico-romanesques se passionneront pour en comprendre toutes les sous-parties, toutes les intrigues et toutes les implications, avant – on l’espère ! – d’en avoir le fin mot à l’issue de la dernière page du 12ème album – quitte à devoir relire tous les albums pour avoir une vision claire de l’épopée.
Mais la force de l’auteur, c’est aussi de savoir nous attirer petit à petit dans cette folle complexité en nous appâtant grâce à des images-chocs – dues au talent de Stefano Raffaele – et à un scénario qui permet de rentrer dans la série sans forcément avoir lu les 8 autres albums, avec des mini-épisodes superposés, dont certains sont dignes de X-Files : que va-t-il se passer à 13h13, quelle nouvelle catastrophe va remettre en cause notre compréhension actuelle de l’ordre des choses, quelles sont les forces qui sont à l’œuvre et que cela prouve-t-il ? Dieux, extra-terrestres, complots étatistes, génie humain seul, quelles sont les origines des grandes avancées technologiques de l’homme ? Avons-nous en somme été « aidés » par une puissance ou une intelligence extérieure, ou est-ce propre à l’homme d’essayer de comprendre les lois de la Nature, de se rebeller contre l’injustice divine de l’ignorance ?
De façon très subtile, Christophe Bec manie parfaitement les codes du genre et l’art de ne pas trop en révéler. « C’est un boulot d’horloger éprouvant, mais passionnant » dit-il, comparant Prométhée à une gigantesque toile d’araignée d’une complexité inouïe.
On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment, dit-on, particulièrement quand on aborde des sujets de fond aussi exigeant. Pourtant, Christophe Bec a annoncé qu’il prendrait ce risque et qu’il dévoilerait le fin mot de l’intrigue à l’issue de la série : un bon moyen pour entretenir le suspense en tous cas !
L’aspect réaliste du dessin de Raffaele, parfaitement documenté, sert à merveille la volonté d’instaurer un climat tendu qui prend sa place dans la lignée des précédents dessinateurs de la série – dont Bec lui-même. Il semblerait d’ailleurs que ce soit Raffaele que Bec ait retenu pour tenir le pinceau jusqu’au dernier album…
Seule marge de progression à mon goût, ce sont les visages des personnages : parfois, étonnamment, une erreur de symétrie ou de proportion se glisse dans une case, faisant se retourner dans leur tombe tous les puristes de la chose, tel le regretté Moebius.
Mais, las ! Ce ne sont que quelques détails dans un album dont on sort globalement impressionné et un peu étourdi par les questions qu’il soulève, avide déjà de savoir si le tome 10 à venir nous emmènera aussi dans les étoiles ! Allez vite le chercher dans toutes les bonnes librairies, il est superbement édité par les Éditions du Soleil.
Prométhée, Tome 9 : dans les ténèbres par Christophe Bec et Stefano Raffaele aux éditions du Soleil – 13.95€












