Pour la seconde année, Sant Brieg accueille le festival Photo Reporter, élargi pour partie au département des Cotes d’Armor : Langueux à La Briquetterie, mais aussi Ploufragan ou Plérin. Perpignan est l’emblème des reporters de guerre, ou de ces documentaristes qui assaillent l’œil au fil de l’actu et voilà que St Brieuc tient la longueur et est à hauteur. Courrez-y, l’exposition Photo Reporter ferme ses portes le 11 novembre !


Qui va ces temps-ci vers l’estuaire du Gouët s’ouvre aux mondes ! Dans les vieux docks reconvertis du Légué, c’est Myamar ou ce sont les réfugiés Irakiens aux Etats Unis, leur ennui est palpable, le non retour a son prix.

Ici, ce n’est plus l’actu qui défile, mais le vivier de ceux qui, tous les jours et souvent la nuit, pour les agences de presse, risquent leur peau, forcent les portes, poussent les murs, trompent la mort des miradors ou des frontières plus fermées qu’ouvertes. Tous ces photos reporters qui sont sur les cimaises briochines forcent l’admiration. On trouve le plus poétique des reportages, le plus sensible et le plus étonnant : savoir soudain que les plages normandes du Débarquement saturent de tant de métal jette un froid et fait un pont d’histoire. C’est Donald Weber, photographe canadien qui est venu mettre en couleur et en macro les restes de cuivre, de fer ou les alumines des bombes qui ne s’effaceront pas de sitôt parmi les sables lavés et relavés par une mer qui ne lave rien et garde tout.

Saint Brieuc rapproche le lointain, joue avec le proche aussi. Des propositions locales sont faites et pour rester encore au Carré Rosengart, sous les grands poteaux de béton qui coupent la vallée en deux et tracent la RN 12 vers des horizons de vertige, c’est dessous dans les beaux entrepôts restaurés qu’une commande a été passée au photographe Vincent Paulic de trouver ici, en Côtes d’Armor, au plus proche donc, les visages venus des lointains. Leur approche se fait avec un court verbatim, les enfants adoptés ou ceux qui sont nés de parents immigrés parlent de cette Bretagne qui est leur berceau, leur culture et ils ne peuvent pas ne pas parler de leurs couleurs de peau ou de leurs coiffures qui continuent d’interroger. Certains sont plus bretons que les Bretons, affirmant l’assise et la fondation, d’autres sont d’ailleurs, identitairement. Comme chacun, ils se débrouillent des milles ramures de leur origine et plus que chacun, ils sont parfois figés par une couleur de peau, fixés par des questions improbables : la curiosité dans ces multiples reportages donnés par St Brieuc est le poteau d’angle.

La curiosité qui devrait ces temps-ci, avant-coureurs de tristes résultats d’urnes, interpeller : le voyage ouvre, le regard sert, les images lient, les immigrants ouvrent, la Bretagne ces temps-ci devrait reprendre des leçons de monde. Saint Brieuc y aide. Avec ses cimaises en bois brut où ne se détache rien d’autre que l’Assimil de la fraternité.

Encore sous le Grand Pont qui enjambe le Légué, on a enjambé avec Catalina Martin Chico les rivages glauques de St Martin, où cohabitent des rafiots hauts comme des immeubles trimballant les cohortes de touristes américains et les montagnes d’ordures, logements aléatoires pour des populations rongées de crack, heurtées de violences, prostituées dont les paquets de dollar grossissent le fil ténu de la culotte en latex  et surtout appauvries chaque jour un peu plus. Le reportage noue ce paradoxe. Il ne dénoue rien sauf peut-être la conscience d’un tourisme de masse qui défigure tout, nous avec ! Y compris le Soft-Power turc montré par Guy Martin, un photographe anglais. Où l’on découvre ces Turc au spectacle regardant leur place Taksim envahie de fumée et leurs frangins sous le feu des lacrymos. L’image de l’image fait image de même que tous ces écrans tendus au bout des bras pour ne pas rater ça. Eux regardent cela, ou elles, ces spectatrices harnachées de masque qui sont de l’ère télé où le spectacle en continu se déroule en mondio-instantanéo et montre au fond que le monde est sans fond, balancé entre le réel et le fictif.

Avec, ce fut sans doute l’acmé de l’émotion, ce qu’on trouva de plus beau, loin de l’anecdote et du tsoin-tsoin, dans une plasticité qui semble de hasard mais ne lui doit rien, les photos de Philip Blenkinsop (Anglo-Australien) nous ouvrent la Birmanie, Myamar donc , avec cet arbre comme sorti d’un camion ou ces chemins si lointains, deux mobylettes, ou ces foules pressées ou ces moines bricoleurs grimpés en haut d’échelle souple, une poésie traverse ici le réel, ricoche en nous, pas près d’oublier ce voyage que Blenkinsop a fait et qui nous fait aussi : son regard un moment a rejoint le nôtre, intime, allez savoir.

Ce qui réunit les peuples, cette infinie différence, ces infinies ressemblances, St Brieuc aide encore à nous le montrer à la Villa Rohannec’h ! On est cette fois monté d’un cran, l’unité de mesure à Saint Brieuc est en rampe et en flanc de vallée ! Nous voici donc à la hauteur du manteau du pont. Le Légué et la tour de Cesson affrontent les fenêtres italianisantes de la Villa, les flux de voitures ce jour de toussaint vrombissent à donf, c’en est indécent, ils feraient vibrer les vitres et les murs, sauf qu’ici, après l’abondance de Rosengart, soudain, le temps s’arrête. Le souffle se distrait. Les roses recouvrent une sorte d’immense banc poutre où se coucherait volontiers l’horizon : Debesh Goswami est un plasticien indien, vivant entre Calcutta, Paris et Rennes où il enseigne aux Beaux-Arts. L’inde et l’Occident se rejoignent, le silence est couvert par une voix lancinante, une mélopée sourde nous entoure. Nous regardons l’horizon de la baie, il y a dans les trois grandes salles que Goswami habite l’habitation du monde, les rituels de corps. Libre d’y voir, c’est jour de Toussaint par ici, des rubans d’œillets sur un corps allongé, ou c’est une performance que décodent à peine les images vidéos. Le répétitif ajoute à la grâce comme de regarder par les larges baies de Rohannec’h la baie au loin, pleine, puis vide, puis pleine, puis vide, ce depuis l’éternité et pour longtemps encore !

Il est donc question de temps à Rohannec’h, d’un temps qui s’allonge sur la poutre des roses. En ressortant de la Villa, sur les cubes de bois qui servent d’abri lorsqu’il pleut trop, on revient sur terre, on rejoint le local, on marche à nouveau sous les frondaisons de chênes verts ou de pins italiens. Marynn Gallerne a fait un travail sur les pratiques culturelles de la jeunesse costarmoricaine.

La pluie redouble et fait du relief sur les photos. Ça tombe bien, elles en manquaient un peu. C’est qu’après l’émotion de l’Inde, il y a parfois des surplaces qui désavantagent.

Photo Reporter dure jusqu’au 11 novembre. Il faut y courir car on est loin d’avoir tout décrit et nous-mêmes, sûrs de n’avoir pas tout regardé ! Donc encore temps de voyager depuis le fond de la baie en ouvrant sur le monde une encore plus large baie !

Festival Photo Reporter Saint Brieuc 2013

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