La voix est celle d’une fumeuse, façon Gainsbourg, grave mais pas que, chargée d’émotions et de mille autres choses car ceci est le dix-huitième album studio de Brigitte Fontaine, pas mal pour presque un demi-siècle de bons et loyaux services.
Toujours accompagnée de son fidèle compagnon Areski Belkacem qui signe les compositions, les arrangements et la réalisation, dès les premiers mots Brigitte confirme son style, mix d’observations à la Pierrot lunaire et de passagère du vent. « Camisole de force, Relookée façon Crazy Horse. Je m’appelle Lola, Je suis une paria… » ; « J’aime les forts gaillards, Leur pieu de Trafalgar. Lolitas sans vergogne, Aux jambes de cigogne… »
Musicalement il y a des intonations à la Gainsbourg période Melody Nelson (« Les Crocs ») et du tendance Afrique du nord (« Au diable Dieu »), car Areski a des origines kabyles et Brigitte est une ardente supportrice du soufisme. C’est l’un des premiers couples d’ailleurs à avoir explorés les rives de ces arrangements arabisants, au début des années 1970.
Perçue comme un peu fofolle parce que jouant volontiers le jeu des médias, celle que certains surnomment la rockeuse zinzin (alors qu’elle se préfère reine des kékés), ce nouvel album prouve qu’elle ne fait pas que raconter des conneries, affirmant même haut et fort ses opinions comme peu d’autres artistes. Dans « Au Diable Dieu » par exemple, Brigitte Fontaine pourrit les curés et tous les serviteurs de Dieu, dans « Les Hommes préfèrent les hommes » elle soutient sans détour le mariage pour tous.
74 printemps depuis juin
S’il y a moins de sensibilité enfantine dans ce disque, à part la conclusion « Les doux frissons du vent, Compagnons des enfants. Soleil bachi-bouzouk, Va t’faire voir chez les ploucs… », celle qui affiche 74 printemps depuis juin n’hésite jamais à se livrer même si c’est toujours à mots voilés. La chanson titre par exemple évoque ses parents, l’histoire d’un chantage et d’un honneur menacé, une situation compliquée pour des instituteurs mais qui pourrait expliquer le déménagement de ces derniers à Brest alors qu’elle n’a que 12 ans. Brigitte jure d’ailleurs qu’elle ne pourra chanter ce titre sans verser de chaudes larmes et n’en dira jamais plus que ce qui est dévoilé ici. Mais le plus frappant et ce qui est devenue une véritable addiction pour ses fans, c’est le style surréaliste et forcément poétique de l’artiste. Car, nul doute que l’écriture est sa véritable arme, pas étonnant pour quelqu’un qui depuis sa plus tendre enfance ne cessa de se réfugier dans les livres.
Monde onirique, monde de l’enfance, monde imaginaire et en équilibre instable, l’univers de Brigitte Fontaine est définitivement autre. Il faut se laisser emmener pour véritablement apprécier. Sensations garanties.
Brigitte Fontaine : « J’Ai L’Honneur D’Être » (Silène / Universal)












