L’été joue les prolongations et c’est tant mieux pour les yeux ! Encore tempsd’aller visiter les femmes artistes en Bretagne au Faouët.


Le musée des peintres, comme il se nomme, est cette fois réservé aux dames ! Rien qu’à elles ! Et c’est bonheur… Après tout,peintre n’a pas de genre, même si souvent, autant qu’ailleurs, le masculin à tort l’emporta !

En Avignon, cet été, comme au Faouët, c’est le féminin qui nous emporte ! Les papesses résident en bord de Rhône,entre la Galerie Lambert et le Palais des papes : Louise Bourgeois, Berlinde de Bruickere, Camille Claudel et Kiki Smith ou Jane Sterback, voilà pour les papesses ! Mettons que les femmes du Faouëtla jouent en mineur, le font en moins grand, en plus modeste, nonettes ou clarisses en quelque sorte !!

Disons qu’au Faouët, les peintres n’ont pas droit au suprême papal, bien qu’on y trouve beaucoup de plaisir à voir, à regarder et à se fondre dans certaines visions : mentionnons en premier les trois toiles de Geneviève Asse dont son atelier, familier des Rennais. Nommons surtout Madeleine Grenier, la fille de Jean, l’ami briochin de Guilloux. Je nomme Madeleine Grenier car les deux œuvres présentées, qui viennent de la galerie de Françoise Livinec, sont fortes et rares : le dénuement brun-blanc ouvre à l’évidement, au vide, maisce derniers’offre à la grâce, à celle des instants que le philosophe Grenier devait au Tao et rendit à son élève, Albert Camus, de multiples manières.

Optons, dans cette salle du haut, pour Geneviève Asse donc,pour AubeElleouét aussi, la fille d’André Breton avec ses trois collages surréalistes dont le Plougrescant assez drôlatique qui, à l’époque, pouvait se cartepostaliser sans procès ni droit à l’image ! Salle suivante, deux tableaux de Clotilde Vautier dont on s’étonna de ne pas lire le nom dans les cartels plus grands de recension ! Deux Vautier, soulignons-les, leurs puissances absorbent tout du regard, y compris sa nature morte.

Point donc ici de grandiloquence papale, c’est la petite Bretagne qui régale. Vrai qu’au Faouët,on en met souvent trop. Comme le beurre sur la crêpe ou le trop dans le bol de café, tellement que ça n’a plus de goût mais pour autant empêche de dormir !

Les cimaises débordent, au risque que disparaissent parfois au regard certaines œuvres, lorsqu’on les noie et qu’on en met trop. La pédagogie est, dit-on, l’art du ressassement mais pas celle, muséale, où il vaut mieux moins pour que le regard s’y trouvemieux. La difficulté de construire une expo pour un musée moins établi, moins riche en un mot, ne se masque surtout pas par l’excès mais par la force et la persuasion ! Leçon de Madeleine Grenier ! Leçon de Clotilde Vautier… Lesquelles étaient tout, artistes notamment, sauf des donneuses de leçons !

Trop de tableaux mais, parmi, des grâces. Des toiles que les femmes ont peintes sans que les marchands ne les cotent ni n’en saluent la prouesse. Voilà des femmes, sortes de Camille Claudel serrées dans l’étau d’un amant rude (Rodin) ou d’un frère féroce (Paul), des femmes vouées trop longtemps aux travaux de dame dont la palette ici montre et démontre tout le contraire : des ciels de traine, on s’y croirait. Ou des autoportraits saisis et vivants ! Des scènes de maternagetraitées comme des paysages ou des paysages traités comme des corps !

Trouver le Berthe Morisot tient du courage ! Sa fadeur de sable est propice mais il faut chercher ici le tableau à plat dans une vitrine. Au Faouët, c’est possible de devoir se pencher pour voir ou de trouver au beau milieu de la nef, choix contestable, trois meubles modern’ style de Jeanne Malivelqui ouvrent aux SeizBreur sans que rien ne leur corresponde, à première vue !

Autre vraie bonne surprise dans cette exposition centre bretonne, si loin de Jeanine Guillou qui nous fait un instant penser à Nicolas de Staël à Concarneau, l’immense fresque de Simone Le Moigne commandée par Jean-Marc Ayrault, alors maire de St Herblain. Bien vu de nous montrer cette longuenaïveté du blé, ces couleurs sorties des tubes du rêve, cette sorte d’odyssée imaginaire qui relève de l’enfance et du choixsi typé de la peintre née à Trégornan, en Glomel, et enterrée à St Herblain 44.

Si Simone Le Moigne étaitnotre Séraphine ! Au fait, nous parlions de clarisses, cet ordre des pauvres dames et justement c’est de là, près les clarisses de Senlis, que Séraphine peindra à se perdre ! Mettons que toutes ces femmes peintres sont des pauvres peintres, au sens de l’ignorance ou du mépris dont leur œuvre a le plus longtemps pâti.

Regretterons-nous pour finir que les Yvonne Jean-Haffen ouvrent au spectaculaire, les tas de pois quand même !!et qu’ici, le manque de recul nous condamne à les regarder de biais ! Pourquoi ne pas avoir profité de la nef ou faudrait-il au Faouët, par moment, que le musée s’étende jusqu’aux halles et les annexe pourquoi pas ! Les halles aux toits si longs et bas et leurs forêts de charpente ont été tellement peints par les nabis et d’autres parce qu’elles le méritaient ! Et mériteraient encore ! Leurs plafonds sont si hauts et beaux que, sous leursnervures, certains artistes y trouveraient leur format.

Ne regrettons rien et surtout pas d’être une fois de plus enchanté par les pépites de ce musée, ses trouvailles, ses choix et, parfois, dans ces choix, l’agacement du non choix.

Heureusement que l’été 2013 ne se termine qu’au 23octobre. Le temps pour beaucoup de pousser jusqu’au Faouët !

Gilles Cervera


Bon à savoir
Accès gratuit lors des Journées du patrimoine les 14 et 15 septembre. 
Horaire : en septembre et octobre, tous les jours de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h sauf le dimanche matin et le lundi. Ouvert les jours fériés 
Musée du Faouët, 1 rue de Quimper, 56320 Le Faouët 02 97 23 15 27 
Site du Musée
Tarifs 
Plein tarif 4,50 euros. Tarif réduit 2,50 euros (groupes de plus de 10 personnes, étudiants, demandeurs d’emploi, enseignants, familles nombreuses). 
Visites commentées des expositions 4,50 euros (groupes) et 6,50 euros (individuels). 
Accès 
Gares de Lorient à 37 km, de Quimperlé à 5 km. 
Lignes de bus : n°15 Lorient, Le Faouët, Gourin et n° 22 Quimperlé, Le Faouët.

Musée du Faouët

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