Didier Decoin, membre de l’académie Goncourt, aime, pour ses romans, s’inspirer de faits divers tragiques. Cette fois-ci, il entraîne le lecteur dans des prisons, à l’endroit même où sont précipités les pendus. Sadisme ?
Pas vraiment, mais volonté de nous faire connaître, à travers cette expérience inouïe, une situation des plus paradoxales : la pendaison entre les mains d’un bourreau, si l’on peut dire, très humain. On l’a bien compris, au-delà de son intérêt pour ce fait divers, Didier Decoin veut confronter ses lecteurs à l’existence même de la peine de mort. Et pour lui, c’est d’abord façon de lutter contre celle-ci !
Dans ce récit, deux extrêmes se rejoignent : la figure de la mort sous les traits du dernier bourreau, exécuteur en chef du royaume britannique et celle de l’amour, symbolisée par Ruth devenue prostituée bien malgré elle. La construction du roman les rapproche petit à petit, chapitre après chapitre, inéluctablement… La belle Ruth Ellis, après une jeunesse difficile, cherche la célébrité à sa manière et voudrait ressembler à Maryline Monroe. Mais son travail d’entraîneuse dans les bars de nuit londoniens va la perdre car, pour son malheur, elle tombe amoureuse de celui qui fera d’elle une criminelle. Au bout de sa course, le dernier bourreau de Londres, expert de la mort sans souffrance l’attend !
Albert, bourreau à l’occasion, car c’est son deuxième métier, aime le travail bien fait… Sa façon toute cartésienne d’aborder les exécutions rassure et en fait un homme sur qui l’on peut compter. Il sait être discret et même sa femme ignore sa deuxième activité. Son caractère méticuleux le conduit à ne rien laisser au hasard, surtout pas la longueur des cordes qu’il noue autour du cou de ses victimes !
Appelé dans tout le pays et même à l’étranger, (c’est lui qui a pendu la nazie Irma Grese), il ne travaille pas pour l’argent .Ce qui le guide, c’est l’honneur de servir l’Angleterre, le plaisir de croiser des gens importants ! Seulement, il supporte de moins en moins de pendre des femmes, surtout lorsqu’elles sont jolies !
Danse macabre, parée des couleurs de la vie qui court jusque dans les bas-fonds du Londres d’après guerre, ce récit passionnant nous entraîne en des lieux bien mystérieux. L’horreur avance masquée comme pour mieux nous frapper au visage et nous ramener encore et encore à cette évidence : nul ne peut donner la mort !
Editions Grasset
Editions Grasset – 336 pages – 18.90€












