Avec « Zoom », Rachid Taha pose sa focale sur le rock, le vrai. Celui qui permet de danser et de penser. Voilà, voilà…
Quel est le dernier grand rockeur ? Keith Richards ? Pete Doherty ?… Non, le dernier rockeur n’est ni anglais ni américain, il est né Rachid Taha près d’Oran en 1958 pour ensuite faire ses classes musicales à Lyon au sein des fameux Carte de Séjour. Les plus anciens se souviendront de leur reprise « Douce France » (enregistré à Rennes) de Charles Trenet… Idée insupportable pour des fils d’immigrés alors qu’en 1985 le groupe ne pouvait prétendre jouer à Marseille pour risque de violence raciale…
Une chose est sûre, en 2013, Rachid Taha reste la classe incarnée, matinée de provocation et d’anarchie salutaire sur fond de rock oriental qu’il manie avec une déconcertante créativité, là où d’autres s’égarent à railler une culture au bout d’albums essoufflés et boursouflés. Mieux encore, Rachid Taha a joliment démontré la transitivité de la chose en bonifiant une reprise, l’inoubliable « Rock the casbah » des Clash. L’original peut pâlir… Et comme s’il fallait en finir avec les souvenirs, sur le nouvel album, le titre « Voilà voilà » jette un regard amer sur cette douce France qui n’en finit pas d’intégrer ses immigrés et de gérer la progression du FN.
Oui, l’époustouflante nouvelle livraison du rockeur n’empêche par l’artiste de défendre ses idées. Et comme toujours, c’est la musique qui sert le mieux ses engagements. Nul besoin d’un long discours pour s’apercevoir qu’avec Rachid Taha, le rock est – aussi – né sur les bords de la Méditerranée et qu’il poursuit – parfois seul – l’aventure là où Elvis Presley l’avait laissée : sur un déhanchement provocateur. En 11 titres survoltés, « Zoom » démontre que les voix chargées de tabac des vieux bluesmen noirs américains avaient aussi une âme de derviches offrant l’ultime rigodon, seul capable de tourner jusqu’au bout de la nuit.
Rachid Taha “Zoom” (Naïve)












