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Rééditions pour détraqués HermineHermineHermineHermine

Huit ans après leur dernier concert en Bretagne, Coop Breizh réédite les 4 premiers albums des Bérurier Noir enrichis de titres et lives inédits. Retour sur événement.

Rééditions pour détraquésNote : 4 sur 5

Même si la Bretagne est depuis longtemps une terre d’accueil pour mohicans de tous poils, et en particulier punks à chien nostalgiques d’une époque révolue, il ne semble pas qu’ils aient été prêts pour cette soirée du 4 décembre 2003. Ce soir-là, profitant du festival Transmusicales de Rennes, le groupe le plus incendiaire de la vague alterno-keupon des années 80 renaît de ses cendres, pour le plus grand plaisir des milliers de pogoteurs présents dans la salle, mais aussi le déplaisir du service d’ordre devant contenir tous ceux qui n’avaient pu se procurer de billet. La Liberté (c’est le nom de la salle à Rennes et non un résumé de l’idéologie ici portée à bout de bras) était en liesse, surtout devant le refrain de « Porcherie » « La jeunesse emmerde le Front National ! » devenu un hymne. Et ce fut la confirmation d’une vraie passion entre les Bérurier Noir et la Bretagne.

« Macadam Massacre », premier album commercialisé

Commençons les présentations par « Macadam Massacre », tout premier album commercialisé pour les fêtes de fin d’années 1983, ici enrichi du maxi « Nada » sorti quelques semaines auparavant. Les titres originels, dix pour l’album six pour le maxi, sont agrémentés de quatre versions alternatives restées jusqu’à là dans les tiroirs du groupe. Qu’y découvre-ton ? Un rock minimaliste, porté par une boîte à rythme, Dédé pour les intimes, accompagné de la guitare de Loran et le cri de François (ou Fanfan selon les jours). Mélange de hargne façon Métal Urbain et de harangue aussi provocante qu’engagée. C’est un tel choc avec le reste du paysage musical que l’on ne peut rester Insensible. Beaucoup détesteront, au du moins auront beaucoup de mal à se familiariser avec ce son primitif et bestial. Il est vrai que c’est sur scène dans un premier temps que le groupe se forge une réputation, parce que ses tempos accélérés procurent une immédiate envie de se révolter, accessoirement de sauter en l’air. Se produisant d’abord dans les squats parisien, les associations de province et autres lieux de vie alternatives leur ouvriront très rapidement leurs portes, et offriront même gîte et couvert. Les Bérurier Noir c’est d’abord la débrouille, le « Aide-toi et le ciel t’aidera », une morale que l’on doit à La Fontaine.

« Concerto Pour Détraqués »

Les idées noires qui se dégagent du premier album explosent sur le deuxième, « Concerto Pour Détraqués » commercialisé au mois de mars 1985. Là aussi, outre les douze titres de l’album, on retrouve l’intégralité du maxi « Joyeux Merdier », deux titres du 45 tours « Nada 84 » augmentés de deux inédits. C’est l’album qui révèlera les Béru au public qui n’est pas parisien, le moment où le bouche à oreille fonctionne à merveille pour chanter leur louange, à cause d’un titre « Porcherie« , oui le même que celui repris en chœurs par la foule aux Transmusicales. Les idées du groupe sont encore sombres, ils n’ont pas encore réussi à transformer totalement leur envie de suicide collectif en dernier pogo avant la bombe nucléaire. « Il tua son petit frère » propose un texte extrêmement cruel, où la folie ordinaire côtoie le parcours de notre voisin. François et Loran posent avec des masques sur une pochette en noir et blanc, les clowns vont bientôt s’envoler et devenir de vrais bouffons.

« Abracadaboum »

Sorti juste aux premiers rayons de soleil de l’été 1987 « Abracadaboum » est le disque indispensable des Béru, sa pochette est en couleur, une réédition accompagnée des six titres du maxi « Ils Veulent Nous Tuer ». Ce disque fera office de tempête, à commencer par l’extrait « L’Empereur tomato kechup » propulsé sur les ondes de grandes radios sans aucune intervention du groupe ou de son management. A NRJ qui voulait programmer ce simple, il lui fut répondu qu’il pouvait aller l’acheter et le jouer, mais que le groupe n’en avait rien à foutre et qu’il n’allait sûrement pas leur envoyer un exemplaire gratos ! Une situation inimaginable aujourd’hui, mais qui pour être tout à fait honnête même à l’époque fut une sorte de pari. Les Béru gagnèrent la première manche, puisque cet album flirta avec la certification or, mais surtout parce que leurs airs révolutionnaires se propagèrent à la vitesse de l’éclair. Envers du décor, le groupe avait beau être connu, il continua son autogestion plus au moins en autarcie et les premières dissensions commencèrent. Partis à deux, ils étaient une troupe sur scène, mais avaient du mal à se faire payer et à survivre, tout simplement. Les sirènes du business allaient-elles avoir raison d’eux ? Peut-être, mais non sans un magistral pied de nez, les Bérurier Noir allèrent s’offrir un Olympia transpirant, suant et surtout complet trois soirs de suite. Du 8 au 11 novembre 1989, ils allèrent faire sien le boulevard des Capucines, et même Jack Lang avait les larmes aux yeux : « Ce cri anti Front National, c’est magnifique, on va dire c’est formidable, ça ne pouvait personnellement que me réjouir. »

« Souvent Fauché Toujours Marteau »

Mais le groupe qui a toujours revendiqué son indépendance et sa liberté, sait bien qu’il ne pourra tenir éternellement ce rythme et continuer ainsi le combat. En guise d’épitaphe, il livre un dernier album « Souvent Fauché Toujours Marteau » peut-être moins fort même si toujours aussi subversif. Il sait que c’est là son dernier combat, et qu’il va bientôt retourner dans le maquis, certains textes sonnent un brin désabusé. LA guerre n’est pas terminée, mais c’est la dernière bataille. Cette réédition est augmentée de quelques titres de leur toute dernière apparition publique, du 4 au 7 août 2005, à l’Astropolis à Brest. Lorsque l’on vous disait que les Béru et la Bretagne c’est une indélébile histoire d’amour… Loran et ses Ramoneurs de Menhir ne diront pas le contraire !

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