Il se dégage de ce premier album de Zulu Winter un sentiment immédiat de légèreté et de clarté aérienne, comme si la musique ne servait qu’à ça, s’envoler le plus haut possible pour définitivement oublier que l’on a les pieds sur Terre.
Il n’y a ici ni extériorisation d’une quelconque violence, ni envie de mordre ni rage depuis trop longtemps contenue qui explose, juste des caresses répétées, fluides et délicates, presque célestes.
Originaire de Londres, ce quintet fleure bon le raffinement délicat d’une stricte éducation anglaise, plutôt Baudelaire ou Edgar Allan Poe que Dantec, plutôt l’absinthe qu’une vulgaire drogue de synthèse. Frêle sentiment d’appartenance aux années 80, un inexplicable voile de Manchester s’en dégage, mais pas pour le côté tapageur, le club de l’Hacienda et ses folles nuits, plutôt pour le côté rêveur et parfois étudiant.
Il y a du Interpol aussi en bien moins explosif, ce qui n’est pas réellement une surprise puisque le producteur Claudius Mittendorfer a collaboré avec les deux, mais heureusement il n’y a pas d’outrancièrement lyrique à la Muse, un groupe que Claudius a également produit.
C’est un sentiment de plénitude que l’on perçoit au fil des chansons, normal là aussi le groupe a déjà œuvré sous une autre identité, disque à l’appui (sous le nom des Molotovs) et sait parfaitement la route à suivre. La musique de Zulu Winter pourra rappeler ici et là quelques mesures déjà effleurées au sein du Pink Floyd ou Radiohead, mais sa vraie force justement est de créer un nouveau langage, oui c’est aussi le titre de l’album. Ce ne peut être un hasard. C’est également une référence à ce nom qui ne signifie rien, on ne peut le rattacher à quelque chose (l’hiver des zoulous ?).
La chose qui frappe également c’est cette volonté d’être un groupe anti-dance floors, qu’après avoir sorti quelques singles (dans le sens : titre fort que l’on a envie de consommer) l’album propose une réelle unité mais jamais une mise en avant d’un ou deux moments. Les titres sont volontairement vaporeux et présentent sans aucune exception un tempo ralenti, ils se suivent et ne se ressemblent pas, même s’ils continuent la même histoire. Parce que le groupe veut installer des ambiances, et que c’est la réelle dernière richesse des dandys, prendre son temps.
Zulu Winter « Language » (PIAS)












