La scène rennaise se réveille et le prouve avec cette compilation qui réunit 18 groupes enregistrés live au mythique Echo du Oan's entre 2010 et 2012.
Pour une fois le titre de cette compilation n’est pas usurpée, « I’m From Rennes » renseigne sur l’origine géographique de ces 18 groupes aussi sur leurs prétentions linguistiques, car Rennes a beau être en Bretagne, 14 groupes sur 18 ont opté pour la langue anglaise, deux pour le français, un pour l’espagnol et un autre pour une histoire sans parole. Il y a trente ans, lorsque l’on parlait d’Etienne Daho, de Niagara, de Dominique Sonic ou des Sax Pustuls ces derniers chantaient en français (contrairement à Marquis de Sade, ndlr). C’est une première différence importante, car dans un marché où la concurrence est devenue farouche, s’imposer dans une langue qui n’est pas la sienne semble presque impossible, surtout côté radio. La démarche générale est donc radicale et montre une réelle indépendance.
La raison première de cette volonté de l’anglais tient forcément dans les influences générales de ces nouveaux groupes qui en majorité louchent du côté du rock électrique, oubliée la pop sucrée et dansante des années 80 au profit d’un durcissement des rythmes. Ce qui est beaucoup moins commercial, non pas parce que ces groupes ont baissé les bras, mais parce qu’ils ne veulent plus se laisser dicter leur manière de faire. On saluera leur affranchissement.
Commençons par les deux originaux de la bande, Del Cielo et Dahlia, qui chantent en français, le premier est un duo garçon fille de pop minimale et donc synthétique l’un des rares exemples de ce disque qui pourrait s’inscrire dans la tradition Rennaise. Lui accompagne nombre de vedettes régionales (Laetitia Sheriff, Miossec) et sait habiller les paroles qu’elle écrit, c’est sans aucun doute l’un des titres phares de ce CD. Dahlia pourrait être l’un des parrains de cette compile, après trois albums il manie ses arcanes rock avec assurance et originalité, sa voix nasillarde étant plus qu’attachante.
Une règle veut que le meilleur arrive souvent à la fin, il est vrai que la plage instrumentale très kraut rock de Mein Sohn William est une vraie réussite, on n’hésitera pas à affirmer que c’est celle que l’on recommandera en tout premier.
Les Wankin’ Noodles (de Saint-Brieuc) ont beaucoup écouté Jon Spencer, c’est bien dans le genre, carré et réussi mais un peu insuffisant pour faire oublier leurs maîtres. Les Bikini Machine se réclament des mêmes influences, du rock sixties et un rien garage, les amateurs de perles sixties adoreront. Wonderboy est un one man band qui s’appelle en réalité Sébastien Torreux armé de sa seule guitare et de sa boîte à rythme, ça sonne foutraque façon Lightnin’ Beat Man.
Manceau sonne résolument pop, Garbo électro rock, mais il faut attendre The Last Morninger Soundtrack pour être transporté par l’épure folk proposée, le violon y étant pour beaucoup, conjugué à la voix on ne peut plus saisissante. L’un des morceaux incontournables de ce CD. Diemaav & Homecooking a des consonances soul, Nag Nag Nag (des fans de Cabaret Voltaire ?) un duo masculin féminin plutôt réussi à la construction classique et Success du rock bien cradingue et dégoulinant. Matmon Jazz s’est trop imprégné de l’héritage de Suicide, Ladylike Lily ne convainc pas en près de 6 minutes trop éthérées et arty tout comme Nimh, mix de pop susurrée et un rien ennuyeuse. Manoloco n’est absolument pas convaincant, The 1969 Club ou William Josh Beck non plus. Voici pour une écoute attentive et un aperçu de la richesse de cette nouvelle scène Rennaise. Précisons enfin que tous les titres proviennent d’enregistrements effectués à l’Echo du Oan’s, le CBGB’s rennais, et si certains titres sont anecdotiques, tous montrent que le vivier est très riche, ce qui est une excellente nouvelle.












