Heavy non pas comme le métal du même nom, mais heavy parce que puissamment ancré dans une idée de fiesta polyglotte, soit un grand melting pot de hip hop, blues, musique funky et divers ingrédients rock et soul.
The Heavy, qui n’a rien à voir avec le groupe de Jon Spencer (Heavy Trash), ni du Beady Eye Gem Archer (Heavy Stereo), encore moins d’Edie Brickell (The Heavy Circles) ou de DM Stith (Heavy Ghost) est apparu sur le grand échiquier de la musique en 2007. Originaire du sud de l’Angleterre, dans la banlieue de Bath, et nourri au vigoureux biberon de la musique des années 70, ils tenteront de transformer leur horizon grisâtre en une fête sans fin.
Oui le temps est souvent pluvieux outre Manche, mais ce n’est pas une raison pour se laisser aller. La musique de ce quatuor est un collage, à l’image de leurs pochettes de disques qui toujours offrent un mix de photos découpées (dans des vieux grimoires on imagine), de lettrages désuets et de symbolique. Pour la première fois il n’y a pourtant pas de tête de mort représentée sur la pochette, mais un champ de soldats tombés pour leur patrie. L’idée de fin du monde est donc toujours très présente, ou celle de se promener vivant parmi les morts.
Encore plus à l’heure de cette troisième livraison, lorsque la question de l’avenir se pose un peu plus sérieusement que d’habitude. Car malgré le succès du précédent album, 150.000 disques vendus, The Heavy est-il fait pour durer ? L’avenir de ces dix chansons le dira et répondra à cette énigmatique question que se posent volontiers les musiciens.
Voici quelques éléments de réponse qui devraient les convaincre de ne pas tout arrêter immédiatement. Le premier extrait est un très galopant single, « What Makes A Good Man ? », et il fut immédiatement phagocyté par la publicité, en l’occurrence la bière Américaine Miller, parce que fortement dans l’air du temps. Il faut essayer d’imaginer un flow hip-hop légèrement ralenti de manière à le rendre imparable et diablement dansant, un peu à la manière de Junkie XL remixant Elvis Presley, les chœurs en plus. Coïncidence géographique, mais en est-ce réellement une, la proximité de la ville de Bristol offre un débouché plus calme sur de nombreux titres tels « Can’t Play Dead » ou « Curse Me Good », très, très agréables à l’écoute. L’ensemble assez hétéroclite, bien qu’il existe une logique de dernier rock avant l’apocalypse, ressemble ce que l’on imaginerait volontiers comme la bande son d’un film de série Z réunissant zombies et idoles vaudous autour d’un grand banquet. Ils dévorent sans se soucier de l’avenir et préfèrent se remplir la panse que réfléchir. C’est on ne peut plus dangereux, à l’image de cette septième plage « Just My Luck » qui ferait presque pâlir de jalousie Dick Dale.
On en vient à la conclusion, que s’arrêter en si bon chemin serait un crime de lèse majesté. Espérons que The Heavy pèsera encore longtemps sur la balance de la musique…
Hervé DEVALLAN
The Heavy « The Glorious Dead » (Counter Records)












