On savait, on sentait, on lisait que Philippe Le Guillou était mots et poings liés avec l’eau. A lire toute son œuvre, on sentait ses livres issus des rives, bordés de la même rivière, extraits des mêmes eaux : Le passage de l’Aulne, Les marées du Faou, voilà quelques titres qui nous y faisaient penser ! Et pour employer ces mots de « cuistre » que l’ancien professeur déteste tant, donc faisons attention, oui l’œuvre de Le Guillou est structurée par un cours d’eau.


Aujourd’hui, avec ce dernier récit, c’est encore plus clair ! De l’eau de roches ! L’intimité de la rivière est son dernier titre que publient les Editions Gallimard comme beaucoup de son œuvre.

L’intimité de la rivière est à lire de toute urgence, comme s’il y avait une urgence à revenir à cette humilité de la terre où sinue, sous les cheveux roux, verts ou doux des herbes, une rivière qui, par moment, a un nom et à d’autres n’en a pas. Rigoles, drainages, minuscule cadastre de ces confluences discrètes des prés de Rumengol jusqu’au havre du Faou.

Le voyage est court, Le Guillou le fait languir, observant tout des ponts et des pierres, n’ignorant rien des arches et des saules, des aulnes aussi, toutes ces frondaisons dont la forêt est l’origine du nom. Le Faou, c’est le nom du village et c’est celui de la rivière. Le Guillou  nous dit que cette rivière n’est rien de moins qu’un hêtre ! Du latin fagus.

Un hêtre si humain qui le relie, comme on le dit en religion. Aux saints d’avant, d’avant les cultes païens, aux saint de tout près, ce grand père dont le récit court dans les autres romans, ce sous-marinier devenu forestier car il savait que la mort sous la mer allait venir, inexorablement. Elle est venue. Le Guillou nomme ici « la mer que les Finistériens n’ont jamais aimés »… Cette vérité est la sienne, c’est la rivière qui le lui inspire, pas à mettre en doute donc ! Le grand père est devenu témoin des arbres, surveillant le poste électrique, pendant la résistance et puis charbonnier, il faut bien que l’âtre tienne ses douceurs.

Dans ce très court voyage entre source et estuaire, Philippe Le Guillou revisite ses œuvres, ses figures. Et l’ancien khâgneux de Rennes convoque, ce n’est pas la première fois, la librairie de la rue Hoche qui a tant nourri de Rennais ou les quartiers si fades du boulevard de Vitré où il vivait et étudiait, lycée Chateaubriand oblige. Il se souvient à vif de cette fabrique du snobisme culturel, il tord le cou une fois de plus aux codes et aux structures, ne retenant de son Faou, sa chère rivière, que les sensations, bref la littérature.

L’âme de l’eau.

Il revient au Faou. De livre en livre, il y pérégrine. Le Guillou est à lire de manière locale, bretonne donc, entre l’Arrée des pilhouër et l’Aulne ouverte à la rade et aux espaces. Il faut aussi le lire universellement. Car la rivière du Faou, le Faou, qui connaît le malheur des femmes, Annonciat qui glisse et dont le corps revient ou pas, il sait aussi que cette rivière là, aussi ténue, est, à un méandre près, parente de la Vivonne chère à Proust ou conflue, imaginairement dans l’Evre de Gracq, la Vouivre de Marcel Aymé ou les étangs de Barbey.

Lire Le Guillou, c’est résister au chahut superflu de l’époque. C’est se glisser avec l’eau des sources jusqu’aux rives où le temps est symbole et Brocéliande univers.



Mars 2011 – L’intimité de la Rivière – Ed. Gallimard, 88 pages.

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