Margot Bruyère, romancière d’origine quimpéroise, est bien connue en Bretagne tant par ses romans policiers que par ses ouvrages historiques. Fidèle à cette dernière façon, elle brosse dans son dernier livre - publié aux éditions Coop Breizh - le  portrait  kaléidoscopique du médecin Théophile Laennec, « l’une des plus grandes gloires de Quimper ».


En juin 1793, c’est la terreur à Nantes où le fleuve rougit du sang des décapités. Théophile  Laennec, né à Quimper en 1781, s’amuse à versifier à la façon de Virgile devant sa « petite mère ». Adopté par son oncle Guillaume à la mort de sa mère, ce jeune garçon plein d’esprit qui parle aussi bien français que breton, reçoit dans sa nouvelle famille nantaise tout l’amour nécessaire pour grandir et devenir, comme l’est son oncle, médecin.

Infatigable marcheur, coureur des bois et chasseur, cet être radicalement hors du commun met la même passion à étudier la médecine et à se hisser aux plus hauts sommets de cette science – que comme beaucoup de ses pairs, il considérait d’ailleurs plutôt comme un art. Aidé par les uns, jalousé par les autres – ceux-ci étant hélas plus nombreux que ceux-là -, il travaille dans les plus importants hôpitaux parisiens pendant une quinzaine d’années sans jamais parvenir pourtant à s’assurer une vie confortable du point de vue financier. Etonnante situation ! Celui qui, selon le mot du Professeur Jean Bernard, « fit passer la médecine d’un état approximatif à celui de science souvent exacte » passe la majeure partie de sa brève existence  (il meurt à 45 ans fauché par la phtisie) sinon dans la gêne, du moins dans une vraie modestie. Il est vrai qu’il garde, même au contact des favorisés et des fortunés qu’il rencontre à Paris, le goût tenace de la simplicité et le constant souci de mettre ses connaissances au service des plus pauvres. Enfin, si chacun se souvient qu’on lui doit l’invention de l’indispensable stéthoscope – qu’il appelait, plus simplement : « le cylindre » – on oublie souvent aujourd’hui ses innombrables autres découvertes relatives à la cirrhose, à  la tuberculose, au mélanome, sans parler de son traité d’Anatomie pathologique : « De l’auscultation médiate », fort célébré en son temps.

Epuisé et de retour en Bretagne dans son domaine rustique de  Kerlouarnec près de Douarnenez, il peut enfin penser un peu à lui et tenter de soigner, au grand air, une santé altérée par des années de labeur éreintant. Perpétuellement habité par cette passion d’apprendre qui aura été le moteur de son existence, il s’invente alors de nouveaux métiers et se désire à la fois paysan, architecte, menuisier…ajoutant sans cesse aux multiples facettes de son kaléidoscope personnel.

Cette « énergie surhumaine » déployée avant tout au service d’autrui – il y a chez Laennec une façon gourmande et désespérée à la fois de servir l’entière humanité – laisse admiratif. Margot Bruyère retrace les mille étapes de cette existence passionnée avec compétence et une indéniable grâce. Elle échappe au piège de l’ouvrage  romancé  et préfère concentrer son travail d’écriture sur les faits d’une vie incommode  saisie au double prisme de sa grandeur et de ses difficultés. Comme tel, elle nous offre un Laennec modeste et admirable,  toujours peint sous une sorte d’ombre triste cependant rehaussée de clarté –comme des lampes  bienfaisantes surgissent des arches de la nuit profonde pour en éclairer doucement les contours.



éditions Coop Breizh, 415 pages

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