Le dernier album de Papier Tigre bouscule les codes. Le rock sort une fois de plus grandi de l’exercice.
Le trio nantais s’émancipe de toutes règles depuis 2006. Avec ce troisième album, « Recreation », Papier Tigre enfonce le clou et déstructure un peu plus encore ce rock binaire qui nous sert de référence culturelle depuis plus de 60 ans. Pour commencer : pas de bassiste. Bon, depuis les White Stripes et autres Black Keys, c’est en passe de devenir la norme. Ajoutez à cela la fâcheuse manie de tordre les sons, d’épurer au maximum les morceaux, de ne pas proposer de refrains systématiques et vous comprendrez que la Noïse du trio des bords de L’Erdre échappe un peu à la Hype des bords de Seine. Si leur musique s’éloigne des standards en vigueur, il en résulte une belle folie créatrice. Un souffle salutaire qui prouve qu’une alternative est toujours possible. « Beaucoup de gens ne prennent jamais d’initiatives parce que personne ne leur a dit de le faire », avait déjà remarqué le célèbre graffeur anglais Banksy. Papier Tigre s’est une fois de plus lancé dans l’exercice et « Recreation » explose comme un tag sur le mur vierge de toute publicité officielle. Un sentiment de liberté qu’aimaient cultiver certains groupes psychédéliques de San Francisco à la fin des années 60. En revanche, le style est ici résolument contemporain, dans la veine de Pneu ou de We Insist ! pour citer quelques collègues français. Oui, avec Papier Tigre, le rock dérange à nouveau et ça fait un bien fou.
Hervé DEVALLAN
Papier Tigre “Recreation” (Africantape)












