Il y a diverses manières de ressentir ou d'inscrire l'identité d'une région ou d'un pays au sein d'une ville.

Pour se faire une idée précise de l’état des lieux à Rennes, quant à son identité bretonne, et des possibilités offertes pour la revigorer, il faut explorer tour à tour les champs sociologique, culturel, historique, en tenant compte ici de la dichotomie entre l’histoire réelle et l’histoire officielle. Ce qui amène à considérer avec le plus grand sérieux le plan politique, puisque dans un pays de tradition jacobine comme la France, le politique n’est pas enclin évidemment à favoriser la reconnaissance d’une identité autre que celle que confère la citoyenneté française, avec tous les attributs révisionnistes que ce fait entraîne dans l’enseignement de l’Histoire à l’école de la république « une et indivisible ».

Au premier abord, et de manière relativement subjective, si l’on évalue l’imprégnation bretonne à Rennes, on est tenté d’évoquer un sentiment d’appartenance naturelle chez la plupart des Rennais, même si cette appartenance est inégalement revendiquée.

Cela s’explique d’un point de vue sociologique tout d’abord, ou sociogéographique plus précisément, puisque Rennes est en quelque sorte le creuset d’une nouvelle identité bretonne née au XXème siècle. C’est en effet dans cette ville étudiante par tradition, plus encore que Nantes, que se sont rencontrés les jeunes du pays bretons et du pays gallo pendant des décennies, et au moins depuis les années 1930. Ainsi, ces jeunes en provenance de Haute et de Basse-Bretagne, tout en étudiant, ont appris  à se connaître, et pour certains ont fondé des familles d’une mixité gallo/bretonne toute nouvelle. En nul autre endroit que Rennes, ce mélange n’a été autant favorisé. Il en résulte que les personnes portant des patronymes bretons, ces noms originaires de Basse-Bretagne, sont extrêmement nombreuses à Rennes, quand bien même elles sont nées dans la ville, puisque ce sont bien souvent leurs grands-parents ou parents qui se sont implantés dans l’actuelle capitale de Bretagne.

Ceci dit, nous ne pouvons nier que depuis une vingtaine d’années, de nombreuses personnes n’ayant aucune attache en Bretagne sont venues s’installer dans notre ville. C’est un élément à prendre en considération, parce que si beaucoup de ces personnes savent être dans une région à forte identité (c’est souvent pour cette raison, consciemment ou non, qu’elles sont venues s’installer ici), elles pourraient être gênées par une affirmation plus perceptible de l’identité bretonne de la ville. C’est un fait à prendre en compte donc, et qui implique d’être très pédagogue si l’on veut affirmer plus avant l’identité bretonne de Rennes. Ce qu’il faut faire comprendre, tout en affirmant cette identité, c’est que la Bretagne a toujours été ouverte, et que l’affirmation de cette identité ne changera rien à cette ouverture d’esprit, à cette ouverture et cette curiosité envers le monde qui sont l’apanage de notre région, qui en sont constitutives. Nous serions même tentés de penser que l’affirmation de notre identité bretonne accentuera ce tropisme. Et il sera bon de répéter également que devient Breton qui le désire vraiment.

Pour en revenir à l’état des lieux, en 2012, force est de constater que d’un point de vue culturel, beaucoup a été fait au cours des dernières décennies par les militants, défenseurs de la langue bretonne, pour que la ville assume l’héritage linguistique de la région. L’enseignement de cette langue en direction des enfants a été rendu possible par la présence des trois filières bilingues, sans compter que des associations permettent également aux adultes de l’étudier.

Aux esprits chagrins qui feront remarquer inlassablement que le Breton n’était pas parlé en ville au cours des siècles précédents, il faudra répondre que l’émigration de Basse-Bretagne vers Rennes ne date pas du XXème siècle et des migrations étudiantes, mais qu’il existait des quartiers de Rennes parlant breton bien avant. Et il s’agissait alors plus souvent d’un lumpenprolétariat que de brillants étudiants finistériens. L’imprégnation de la langue bretonne ne date donc pas d’hier en ville, et on peut aussi s’assurer que nombre de rennais actuels, pour les raisons évoquées plus haut, ont souvent dans leur famille  un ou deux ascendants qui ont parlé breton, même si ceux-là ne vivaient pas à Rennes.

On peut saluer également dans ce domaine le travail des militants culturels ayant permis des manifestations festives telles que Yaouank. On pourra regretter qu’il n’existe pas un festival de plus grande importance qui pourrait porter haut l’identité bretonne annuellement dans la ville même si, grâce à la présence de Glen Jegou (Yaouank, les Mercredis du Thabor) au sein de la majorité municipale, tout n’est pas négatif. Mais nous en reparlerons dans un prochain article abordant les mesures proposées pour fortifier cette identité bretonne de Rennes.

Ceci nous amène au point de vue historique. Et c’est là que le bat blesse le plus puisque même si les programmes scolaires ont évolués et permettent maintenant, quand les enseignants le désirent, d’aborder l’histoire de Bretagne, il n’en reste pas moins que les traces de cette histoire dans la ville sont méprisées ou détournées. Ou laissées à l’abandon comme les Portes Mordelaises par exemple. Il a ainsi fallu un incendie pour que le parlement de Bretagne retrouve sa dénomination originelle (la place état celle du Palais auparavant), et cela fait cher du glissement sémantique… Le Couvent des Jacobins quant à lui va être transformé en projet ubuesque dans lequel l’histoire risque d’être oubliée. Quant à ces fameuses Portes Mordelaises…. Elles courent vers la ruine !

Mais tout ce qui est évoqué là relève finalement du politique. Si la région Bretagne est clairement identifiée et que pour la plupart des Rennais il ne fait aucun doute que Rennes en est bien la capitale, on pourra regretter tout d’abord que cette région à la mode hexagonale ne soit qu’un nain politique. Ceci a forcément des conséquences sur la volonté d’identification de sa capitale à la région. Mais s’il existait une véritable volonté politique, au niveau de la ville, d’inscrire réellement Rennes en Bretagne, beaucoup de choses pourraient évoluer. Nous n’en sommes pas là, mais peut-être les prochaines élections municipales de 2014 seront-elles l’occasion de relancer le débat sur l’identité bretonne de Rennes. Et cela bien au-delà du fait de la voir assumer ou non son rôle de capitale, puisque c’est un rôle que l’on pourrait la voir partager avec Nantes et Brest… Nous ne sommes pas des jacobins après tout !

« Les mercredis du Thabor », organisés par Glen Jegou, conseiller municipal de la majorité
crédit photo : Michel Ogier

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