J’aime la Bretagne. Pas celle des cartes postales Instagram, ni celle des labels bio, inclusive et décarbonée que l’on nous vend à chaque festival. J’aime la Bretagne des clochers, des pardons, des pêcheurs, des paysans têtus et des agriculteurs qui ne comptent pas leurs heures.

par Jérôme ENEZ-VRIAD

La Bretagne fut pendant des siècles une terre catholique, avec des poches ouvrières à Brest, Lorient et Saint-Nazaire depuis les années 1920. Elle croyait en l’ordre, en la famille, au travail. Elle a voté bleu jusqu’au Général De Gaulle. Puis est venu le grand raout intellectuel des années 1970-80 : université de Rennes 2, instituteurs laïcards, permanences syndicales dans les entreprises. On a expliqué aux Bretons que leur identité était ringarde. Être Breton, ce n’était plus être marin et catholique, mais de gauche, écolo et solidaire. Le Parti Socialiste a colonisé la région, mairie par mairie, département par département, jusqu’à en faire son laboratoire de politique générale.

Une idée corrompue de l’autonomie

La droite bretonne a disparu, lentement mais sûrement, au point de s’excuser aujourd’hui d’avoir existé. Elle est devenue une droite insipide qui affiche un Gwenn-ha-Du sur ses tracts pour faire local, oubliant de parler de sécurité, d’autorité, de frontières et du bon sens paysan. En face, l’idée d’autonomie est devenue l’ultime déguisement de l’extrême gauche : son nouveau joujou. L’autonomisme breton est toutefois historiquement de droite. Même si une gauche régionaliste existait dès l’UDB, le cœur du combat était culturel et a toujours été conservateur. Le projet était la défense d’une langue, d’une foi, d’une terre. C’était le combat des abbés, des poètes et des paysans autochtones contre Paris. Il a été confisqué par une gauche portée par les Verts, la France Insoumise, les régionalistes laïcards : toute la nébuleuse NUPES en ciré jaune.

Ces gens ont une notion très personnelle de l’autonomie. Ils ne veulent pas moins de Paris, ils veulent plus de Bruxelles, de normes, de subventions, loin, très loin du Barzaz Breiz de La Villemarqué. Leur projet n’est pas de libérer la Bretagne, mais de l’éloigner de la France pour la fondre dans un modèle globalisé. Une Bretagne autonome mais sans chalutiers, sans élevages, hérissée d’éoliennes, et qui s’excuserait d’être bretonne. Ils disent : « L’autonomie permettra de mieux gérer notre terre en toute indépendance. » Billevesée ! C’est avant tout pour mieux la gérer sans les Bretons qui travaillent, sans les pêcheurs de Lorient, sans les agriculteurs du Finistère, sans les ouvriers de Fougères. Avec, à la place, des technocrates régionaux de gauche, des assos subventionnées, et des militants professionnels du « vivre-ensemble ».

Des leçons à ne recevoir de personne

Ras la bigoudène d’un pays privé de lui-même par des conseils municipaux discutables. Quid de la Bretagne solidaire, de la Bretagne exemplaire, pendant que nos ports crèvent, que nos jeunes partent faute de pouvoir se loger, et que nos églises s’effondrent ? Marre de cette gauche qui a confisqué le drapeau noir et blanc à la faveur d’alliances regrettables. Le Gwenn-ha-Du n’est pas l’étendard d’une obédience. Il est celui de tous les Bretons. La Bretagne n’est pas née à gauche. Elle a basculé par la force d’idéologues qui ont pris son identité en otage.

Les Bretons n’ont que faire d’une autonomie de gauche. Ils ont besoin de retrouver leur caractère, non de devenir un laboratoire progressiste. Nous sommes un peuple de bon sens, celui d’une terre armoricaine où la légende de Merlin rappelle que les enchantements demeurent. Nous n’avons de leçons à recevoir de personne. Surtout pas de cette gauche invasive venue de Paris. Encore moins de celle soutenue par Bruxelles. Et que ceux en désaccord avec ce pamphlet prennent leur plume et tentent l’exercice inverse.  Ils verront que ce n’est pas si simple.

Jérôme ENEZ-VRIAD
1er octobre 2026

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