Il anime des réunions d’adeptes du haïku à Camaret. Elle anime aussi, à Vannes, ces réunions connues sous le nom japonais de kukaï. Gérard Dumon et Danièle Duteil avaient toutes les raisons de se retrouver. Au point de publier ensemble un livre de haïkus placé sous le signe de la Bretagne.

Quand on entend parler, dans un livre, de « café des embruns », de « brève éclaircie » ou de belle « lumière d’automne », on sait qu’on a des chances d’être en Bretagne. Et c’est bien le cas dans ce livre où il est question aussi de « variations océanes » dans l’un des chapitres. On sait surtout qu’on est, avec ce livre, dans le domaine de l’authentique haïku, c’est-à-dire cette captation dans l’instant du monde environnant à travers les saisons. « Une vague l’autre/un vent de galerne/souffle des paquets d’écume ». Le vent de galerne qui donne son titre à l’ouvrage est, on le sait, ce vent en provenance du nord-ouest appelé encore vent de noroît. On le connaît bien sous nos latitudes.
Ce vent de noroît ne souffle pas partout dans ce livre. Il se fait oublier par temps de grosses chaleurs. « canicule/la chatte noire/s’étale sur son ombre » ou quand le temps passe à l’orage. « temps lourd/dans la pièce deux mouches/en stéréo ». Le vrai vent qui souffle dans le livre, c’est celui qu’insuffle le haïku dans notre approche du monde. Autrement dit cet art si particulier pour exprimer avec détachement et souvent avec humour les scènes les plus banales ou cocasses de la vie quotidienne. Et il n’en manque pas dans ce livre ; « boutique fermée/les mannequins nus/gardent la pause » « prise d’otage/j’enferme avec moi/la mouche dans la douche ».
Haïkus du monde tel qu’il va
L’émotion est toujours-là (n’est-ce pas le point de départ de tout poème ?). L’émotion parce que le haïjin est saisi par le petit événement qui survient sous ses yeux ; « spectacle de marionnettes/ l’enfant veut aller/les embrasser » ou encore ceci : « jour des morts/un râteau crisse/dans le gravier ». Notre époque, elle aussi, transpire dans ces haïkus. « vieille palissade/un tag disparaît/dans les orties » (…) « infos du matin/dehors jabote/le rouge-gorge » (…) « aire d’autoroute/entre deux poids lourds/un moineau picore ». Le haïku peut alors flirter avec le senryû, ce haïku qui épingle nos mœurs ou nos travers et peut jeter un regard critique sur le monde tel qu’il va.
Les références aux grands maîtres du haïku sont également présentes. Bashô bien sûr : « bord de l’étang/plouf ! il disparaît/le haïku vivant ». Mais aussi Sôseki : « citant Sôseki…/il me demande si son livre/parle de moto ». Et en lisant « sentier forestier/je reviens sur mes pas/pour cette fleur », comment ne pas penser à ce haïjin qui reviendrait sur ses pas après avoir écrit : « La cueillir quel dommage/la laisser quel dommage/Ah !cette violette » (Naojo)
Dans ce livre à quatre mains, Gérard Dumon et Danièle Duteil ont choisi de mêler leur haïkus, mais ils sont néanmoins indentifiables : les haïkus de l’un « sont à gauche » et ceux de l’autre « sont décalés et écrits en italiques ». Ne manquons pas de goûter notre plaisir à leur lecture croisée.
Pierre TANGUY.
Vent de galerne, Flâneries en pays breton, haïkus de Gérard Dumon et Danièle Duteil, préface de Michel Duflo, photos des auteurs, éditions Unicité, 2025, 137 pages, 14 euros.











