Chantal Couliou aime le bleu. Est-ce parce que cette couleur lui manque trop souvent, elle qui vit au bord de la rade de Brest ? Dans un court recueil, conçu sous forme de haïbun (texte en prose incrusté de haïkus), elle nous propose en tout cas une « échappée bleue » où elle décline toutes les nuances du bleu.

« Même la mer s’est adaptée aux exigences du bleu ici, à l’extrême pointe Ouest », affirme d’emblée la poétesse bretonne, prix Paul-Quéré 2022 pour son livre Une traversée de soi. Alors, elle en fait son festin de ce bleu-là. « Du plus clair au plus foncé ». Quand ce bleu est intense,  forcément il « rend la vie plus légère », Et du bleu du ciel il n’y a qu’un pas avec ce qu’elle porte sur elle : « J’aime ce petit vent fripon qui se glisse sous ma robe de coton bleu pâle ». Le moment est alors venu de boire « un verre de rosé bien frais tout en observant le ballet des goélands sur la rade ».

Chantal Couliou n’est pas la seule à décliner le bleu, couleur fétiche de tant d’artistes. On se souvient des bleus de l’écrivaine Anne-José Lemonnier, disparue en 2024. La baie de Douarnenez était son horizon. Mais comment ne pas souligner ici la parenté de regard entre ces deux femmes : la même sensibilité à la nature, l’aptitude à la contemplation, l’art de traduire par des mots  ces nuances subtiles de la météo du bout du monde.

« Les mots bleus » de Christophe

Ce bleu, Chantal Couliou l’a encore plus ressenti au moment de la pandémie. Avec ses mots à elle, voici qu’elle évoque « les mots bleus ». Ceux de la célèbre chanson de Christophe. L’artiste  avait été transféré à Brest par TGV médicalisé. C’est là qu’il décédera le 16 avril 2020.    « De l’immeuble voisin s’envole Aline », raconte Chantal Couliou évoquant la célèbre chanson de Christophe. Voici donc, de sa part, « Un hommage modeste à un homme victime d’un virus tueur qui n’épargne personne ».

Mais le bleu souvent s’absente. C’est le gris qui s’installe et pourquoi pas le blanc, plus fugitivement. Il a neigé à Brest. « Le silence me réveille ce matin ». Et elle a bien raison de rappeler que « la neige est si rare ici à l’extrême pointe bretonne ». Aussi peut-elle écrire ce haïku : « La blanc a tout gommé/sauf les rires d’enfants/batailles de boules de neige ».

Chantal Couliou parfois s’évade. Son livre devient alors un carnet d’escapades dans divers horizons : chez un poète ferrailleur à Lizio, aux environs de Mirepoix en Ariège, à l’abbaye bénédictine d’En-Calcat, au Mont Saint-Michel où elle note « les pèlerins accrochés à leur smartphone et adeptes du selfie à tout crin ». Et puis voici une virée à l’île Molène. « Le ronron des moteurs/dans le bleu infini de l’île/marche à pied ». Le bleu, toujours le bleu…

Pierre TANGUY.

Des restes de bleu, Chantal Couliou, illustrations Yves Barré, Gros Textes, 66 pages, 8 euros.

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