Voici le communiqué de l’Ameb, Association des maisons d’édition en Bretagne, suite à la liquidation de Coop Breizh.

Le mardi 17 juin 2025, la Coop Breizh, entreprise de diffusion-distribution de produits culturels, livres et disques, maison d’édition et librairie (à Lorient), basée à Spézet (29) a été liquidée par le Tribunal de commerce de Brest.

Cette liquidation est une bien triste nouvelle pour le livre, le disque, la culture bretonne et les langues de Bretagne, le breton et le gallo. Le monde économique du livre est déçu. Nous pensons aux salariés de Coop Breizh qui se sont mobilisés jusqu’au bout, aux auteurs et autrices qui perdent leurs revenus de droits d’auteur, les fournisseurs et imprimeurs impayés et aux nombreuses personnes qui, du fait de cette liquidation, risquent de perdre leur emploi et leurs moyens de production diffusion et distribution.

Cette liquidation, suite aux nombreux problèmes économiques de cette entreprise, pose de nombreuses questions restées pour beaucoup sans réponse. Pourquoi ce redressement a été étalé sur une aussi longue durée, 9 mois, lassant les repreneurs éventuels et rendant impossible une reprise dans de bonnes conditions ? Pourquoi au cours de ces neufs mois, les fournisseurs, soit les 40 autres sociétés dont les livres et disques étaient diffusés et distribués, n’ont pas été informés régulièrement par l’administrateur judiciaire de la procédure ? Pourquoi les repreneurs éventuels n’ont pas été jusqu’au bout, quelles étaient la nature des offres ? Quels étaient les obstacles ?

A la suite de cette liquidation, la plupart des structures diffusées et distribuées ont reçu de la part du liquidateur judiciaire une information partielle concernant les stocks restants et notamment leurs livres et disques. Le liquidateur LH Associés affirme que les stocks de livres et disques qui n’auraient pas été revendiqués au plus tard le 22 décembre 2024 appartiennent désormais au patrimoine de l’entreprise Coop Breizh et seront liquidés avec.

Cette affirmation entre en contradiction avec plusieurs points :
– Dans le monde de la distribution du livre notamment, les stocks appartiennent à l’éditeur, même si ils sont hébergés par un diffuseur. D’ailleurs, l’éditeur doit assurer ses propres stocks chez le diffuseur.
– La Coop Breizh a demandé expressément au liquidateur de préserver les intérêts des diffusés lors de la liquidation.
– La continuité de l’activité de la Coop Breizh, notamment entre le 16 septembre 2024 et le 17 juin 2025 a été assurée en partie par la diffusion des livres et disques des diffusés. Ces derniers produisant des nouveaux livres et livrant de nouveaux stocks sur la période.

Ainsi, les structures diffusées, maisons d’édition ou producteurs ou diffuseurs de produits culturels, subissent la quadruple peine :
– de nombreuses factures non réglées de la part de Coop Breizh, des créances qui seront bien difficiles à récupérer.
– la perte d’une structure de diffusion pour leurs produits culturels, ce qui fragilise certains des acteurs, des maisons d’édition aux librairies.
– la spoliation de leurs stocks au nom d’une réglementation aberrante et particulièrement injuste.
– la revente à des complices des liquidateurs, de leurs biens à vil prix, articles qui
viendront faire concurrence à leurs articles au prix normal.

L’AMEB s’inquiète aussi du sort des auteurs et autrices qui ne seront pas rémunérés sur les ventes encaissées par Coop Breizh, mais heureusement qui récupèrent automatiquement leurs droits sur leurs publications et auront accès à une éventuelle indemnisation auprès de la SGDL/SOFIA. Beaucoup de leurs titres ne seront plus disponibles dans le circuit normal de la librairie.

Enfin, le point de vente lorientais de Coop Breizh, spécialisé en livres sur la Bretagne, fermé suite à cette liquidation représente une librairie de moins sur notre territoire. Il s’agit d’un grave plan social qui touche la culture en Bretagne.

Nous ne pouvons laisser ce système dépouiller la Bretagne de ses biens les plus précieux, sa culture et son patrimoine. Nous l’avons dit à ne nombreuses reprises, notre pouvoir d’influence, en Bretagne, est notre culture. Nous ne pouvons laisser tous les artisans de celle-ci s’effondrer. Les maisons d’édition concernées et les autres acteurs culturels sont déterminés à obtenir justice. Nous utiliserons tous les moyens dont nous disposons pour récupérer ce qui nous appartient.

Nous demandons, dans un premier temps, la restitution intégrale de nos stocks et l’interdiction de toute cession à des tiers sans le consentement des maisons d’édition qui en sont les producteurs.

La région Bretagne qui soutient les acteurs économiques de la culture doit prendre toute sa part à cette démarche à l’heure où plusieurs structures liées à la culture bretonne sont en grande difficulté et où les ventes du livre neuf en France baissent de manière inquiétante.

Pour l’Ameb, ses porte-paroles
Jean-Marie Goater et Sandrine Pondaven

0 Commentaires

Laisser un commentaire

Articles similaires

Autres articles de la catégorie Ar Mag