Pierre Adrian n’aime pas que la Bretagne. Il aime aussi profondément l’Italie et ses écrivains. Son premier livre il l’avait consacré à Pasolini (Les Equateurs, 2015) Le voici aujourd’hui sur les traces de Cesare Pavese, immense écrivain italien trop méconnu chez nous, auteur notamment de La lune et les feux, Le bel été, Le métier de vivre. Pavese s’est suicidé le 27 août 1950 à l’Hotel Roma de Turin. Il avait 41 ans. Pierre Adrian nous dit comment cet auteur a particulièrement compté dans son chemin d’écriture.

« Que reviennent ceux qui sont loin ». C’était le titre du précédent livre de Pierre Adrian  dont l’action se déroulait en Bretagne (Gallimard, 2022). Ce titre lui avait été inspiré par les mots mêmes de Cesare Pavese du 8 février 1949 : « Pour que la gloire soit agréable, il faudrait que les morts ressuscitent, que les vieux rajeunissent, que reviennent ceux qui sont loin ». Ces personnes évoquées par Pavese, Pierre Adrian les ressuscitait dans un récit/roman où il évoquait des étés passés, enfant et adolescent,  au pays des abers, dans une vaste maison de famille où se côtoyaient plusieurs générations. Il nous disait dans ce livre combien il avait été imprégné par l’ambiance de ce lieu et par les paysages du littoral nord-finistérien. Son amour de la Bretagne ne s’arrêtait d’ailleurs pas là puisque, sensible à l’oeuvre de Xavier Grall, il avait préfacé une réédition de L’inconnu me dévore, un essai du poète breton (Les Equateurs, 2018).

Un cheminement littéraire

Le voici aujourd’hui en Italie. Il en a fait sa terre d’élection puisqu’il vit aujourd’hui à Rome. En publiant un livre sur Cesare Pavese, Pierre Adrian (33 ans)  nous dit comment la lecture de cet écrivain provoqua chez lui « un bouleversement peu avant l’âge de 30 ans ». Mais il ne nous le dit pas dans une biographie qui aurait pu être assommante. Son livre est habilement construit autour d’un cheminement à la fois littéraire et méditatif sur les lieux où a vécu Pavese. Il le fait par petites touches, associant à cette quête une « fille à la peau mate » qui lui enseignera « qu’avant le verbe était le regard ». Ce compagnonnage amoureux pimente le récit et permet une forme de prise de distance. « La fille à la peau à mate » vient de Paris, lui de Rome. Ils se retrouvent sur les quais de la gare de Turin.

Pierre Adrian est curieux, fouineur. Une âme de journaliste sûrement, avec cet art d’approcher avec tact et douceur les lieux où Pavese a laissé son empreinte : sa maison natale, bien sûr, mais aussi cette localité calabraise (Brancaleone) où Pavese a passé quelques mois en 1935 lors d’une confinement (« le sort réservé aux intellectuels dissidents »). Plus loin, le voici dans « la maison sur la colline » qui fut le refuge de Pavese pendant la dernière guerre… Ailleurs, c’est la rencontre avec l’une des dernières personnes encore vivantes à avoir connu Pavese.

Dans ce livre, passionnant de bout en bout, Pierre Adrian nous dresse le portait d’un auteur à la « vie monacale », faisant partie des « grands recalés de l’amour fou » comme il l’écrit à la page 145 : « Le plus violent de la pauvre vie de Pavese n’était pas sa mort de chat sauvage. Plus brutale était encore cette soif d’amour jamais étanché ». Pierre Adrian dit aussi avoir été particulièrement sensible à cette simple phrase de La lune et les feux, livre d’un retour aux sources dans les collines de Langhe, au sud-est de Turin, et véritable testament spirituel de Pavese : « Un pays, ça veut dire ne pas être seul et savoir que chez les gens, dans les arbres, dans la terre, il y a quelque chose de vous qui, même quand vous n’êtes pas là, vous attend patiemment ».

Il n’est pas nécessaire de connaître l’œuvre de Pavese pour se plonger dans le livre d’Adrian. Par contre tout nous amène, grâce à ce livre, à lire ou relire un écrivain italien qui avait mis au cœur même de son œuvre la simple et douloureuse question de notre présence au monde.

Pierre TANGUY.

Hotel Roma, Pierre Adrian, Gallimard, 2024, 185 pages, 19,50 euros.

Le livre de Pierre Adrian a été sélectionné pour le Prix interallié qui sera décerné le 13 novembre prochain. Il rencontrera les lecteurs le 14 novembre à la librairie Dialogues à Brest.

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