Bernard Berrou récidive. Après Un passager dans la baie (Locus Solus, 2017) où il disait son profond attachement au pays Bigouden natal, voici qu’il nous le fait découvrir aujourd’hui sous d’autres facettes. D’abord en évoquant les lieux qui lui tiennent à cœur, ensuite en dressant le portrait de plusieurs personnalités qui vivent ou ont vécu dans ce pays. Ceux qu’il appelle « les sentinelles ». En tout cas, ce sont des découvertes hors des sentiers battus que nous propose ce livre, loin d’une Bigoudénie « de carte postale ». Avec le coup de patte du dessinateur Nono pour livrer un regard décalé sur le récit de Bernard Berrou.
Il aime voyager. Aller au Portugal, par exemple, ou encore plus en Irlande qu’il a récemment évoqué dans son livre Frontières d’Irlande (Le mot et le reste, 2022). Mais l’étonnant voyageur qu’est Bernard Berrou peut aussi faire son miel de tout ce qui vit à portée de mains. Son pays Bigouden est ainsi un sujet constat de découvertes. Pays dont il détermine aussi des « frontières », évoquant ces « rubicons » que sont l’Odet, la rivière de Pont-l’abbé et le Goyen. Mais son pays bigouden intime n’épouse pas tout le territoire compris dans ces limites-là. « Il se situe, confie-t-il, dans une zone assez mal délimitée d’ouverture à l’ouest, celle de la baie d’Audierne, un territoire élargi, à demi estompé au fur et à mesure qu’il s’éloigne de l’est ».
Plus terrien que marin, Bernard Berrou trouve sa respiration dans des lieux sans « ornements intempestifs ». Il dit aimer « la terre meuble fraîchement labourée, un monticule orné de genêts, des prairies bordées de landes herbues, un sentier qui s’enfuit vers les broussailles » Et il ajoute : « Je me trouve dans des paysages qui me parlent ». Poursuivant, philosophe : « Faut-il penser que les seuls lieux qui méritent un détour sont ceux qui n’ont rien pour séduire ? »
Hors des sentiers battus
Ce n’est donc pas dans ce livre que l’on trouvera une scène emblématique comme le retour de pêche au Guilvinec ou encore la déferlante de surfeurs à la pointe de la Torche. « J’ai mille difficultés à écrire sur Penmarc’h, confie même Bernard Berrou, commune qui se trouve à ma porte et pour laquelle je n’ai pas une vision juste ». Ce qui l’attire (et dont il veut parler), ce sont plus les villages de poche qui parsèment le pays ou encore tous ces chemins vicinaux qui les relient entre eux… Sans parler de tous ces étangs demi-sel qui sommeillent entre terre et mer dans leurs roselières. Pour autant, il n’oublie jamais la grande bleue, de préférence celle heurtant le cordon de galets de la baie. Enfin il y a ces belvédères, dont on sait l’attirance qu’il a pour eux (Belvédères, Locus Solus, 2020). « Je suis maintenant à Kerguen, écrit-il, mon regard embrasse la baie d’Audierne et son ampleur ». Une autre fois le voici à Peumerit (82 mètres) ou encore à Menez Huella, « le point culminant de Tréogat ». C’est dire…
« Avoir un attachement viscéral pour son pays est un concept poétique, estime Bernard Berrou, un accord intime avec le paysage, se sentir en connivence avec une absence de formes rationnelles dans sa structure, un paysage qui touche en vous quelque chose de primordial, en relation avec le passé ». Haro donc sur tout ce qui pourrait porter atteinte à cet univers. « J’ai besoin d’étendues dunaires, d’étangs sauvages, de friches, pas d’aménagements artificiels, de bidonvilles flottants, ni de rivieras ». Et l’écrivain pointe ainsi Loctudy « une véritable marina entachée de bateaux en plastique » ou encore Lesconil « dont les terrasses ont été dénaturées par des esplanades marmoréennes ». Mais il y a bien d’autres sujets qui le fâchent et dont il parle dans ce livre.
Des compagnons de route
Il n’est pas seul à dire l’amour de ce pays. De nombreuses figures – souvent hautes en couleur – sont évoquées sous sa plume. Des compagnons de route en quelque sorte. Certains disparus, d’autres toujours présents sur le terrain. De l’archéologue Pierre Gouletquer au journaliste Noël Guiriec, en passant par les quêteurs de mémoire comme Jakez Cornou (à qui il consacre un vibrant portrait) ou Serge Duigou, sans oublier ces écrivains ou artistes qui vivent et travaillent ici (François Bourgeon, Melaine Favennec, Gérard Bensoussan, Alain-Gabriel Monot, Jean-Yves Boudéhen …). Au dessus d’eux, il y a la « haute figure passagère » du peintre Jean Bazaine, décédé en 2001, auprès duquel Bernard Berrou raconte avoir tant appris. Et c’est ainsi, de tout ce foisonnement d’êtres et de paysages aimés ou appréciés que se construit l’amour d’un pays. Bernard Berrou nous le dit avec cette limpidité et cette simplicité qui portent la marque de son écriture.
Pierre TANGUY.
Le pays Bigouden n’est pas en Bretagne, Bernard Berrou, illustrations de Nono, Locus Solus, 140 pages, 14 euros.











