C’est un lieu mythique dans une forêt de légende : le centre de l’imaginaire arthurien s’est installé au Château de Comper au cœur de la forêt de Brocéliande, haut-lieu des aventures des chevaliers de la Table ronde, en 1990.

Depuis il n’a cessé d’étoffer son programme culturel, d’élargir le spectre des sujets qu’il aborde et d’accueillir de plus en plus de visiteurs avec 46 000 personnes l’année dernière, record d’affluence. Avec les Fêtes médiévales de Brocéliande début août, cœur battant de la saison estivale du château de Comper, la Fête de la sorcière à la Toussaint, le campement médiéval fantastique, les balades contées dans la forêt, le centre de l’imaginaire arthurien abrite un parcours scénographique qui vulgarise la légende du Roi Arthur, avec plusieurs expositions temporaires et la Grande librairie des légendes. Entre conférences pointues et animations pour la jeunesse, le centre arthurien touche tous les publics en continuant à faire rêver ses visiteurs. Grande nouveauté 2024 : l’étage du château est consacré à la découverte du nouveau chevalier de la table ronde, Ségurant, par Emmanuel Arioli, paléographe, diplômé de l’école nationale des chartes, qui a trouvé sa mention en 2010 dans un manuscrit. Après une quête de 10 ans à travers l’Europe, durant lesquels il a fouillé plus de 6000 manuscrits, il a recomposé le roman des aventures de Ségurant, personnage de la Table ronde tombé dans l’oubli.

Entretien avec Bruno Sotty, directeur du Centre de l’imaginaire arthurien.

Comment est né le Centre de l’imaginaire arthurien ?
C’était d’abord un cercle de passionnés, de spécialistes, d’artistes qui travaillaient sur le thème arthurien de manière informelle, sans lieu, jusqu’en 1990. La présidente Claudine Glot a alors rencontré la propriétaire du château de Comper, Hélène Ferrand, aujourd’hui décédée. Le projet est alors né d’installer dans ce château la Maison du Roi Arthur, avec des expositions et une saison culturelle.

Le centre s’est étoffé ensuite au fil des années ?
On peut découper l’histoire du centre arthurien en 4 grands chapitres : le premier est la fondation et les débuts à Comper jusqu’aux débuts des années 2000. Le deuxième chapitre commence ensuite jusqu’à la fin des années 2010 avec l’explosion de la popularité des mondes médiéval-fantastiques et l’avènement de la pop culture fantasy, notamment avec l’arrivée du Seigneur des anneaux (adaptation par Peter Jackson au cinéma et en trilogie des romans cultes de J.R.R. Tolkien) qui a beaucoup changé la donne. Brocéliande gagne alors en popularité et le centre arthurien suit et grandit. Il se professionnalise et propose une saison beaucoup plus large. Le troisième grand chapitre, ce sont les difficultés pendant la crise Covid même si nous avons bien résisté grâce à notre ancienneté et notre capacité. Puis le quatrième chapitre que nous avons entamé depuis la reprise post-covid avec une augmentation exponentielle de notre fréquentation sur les gros événements, une densification de partenariats avec des expositions plus importantes et une saison culturelle plus étoffée.

Cette augmentation exponentielle est issue d’une volonté entrepreneuriale ?
Ça a permis d’ancrer ce qui avait démarré avant la crise Covid en le reprenant de plus belle : la professionnalisation de la structure parce qu’on est toujours une association mais aussi une entreprise avec 6 salariés à temps plein à l’année, complétés par des contrats saisonniers avec 10 salariés en totalité. On a toujours un pied dans le monde associatif avec de grands événements et des bénévoles mais la gestion de la structure est réalisée par l’équipe salariale, toujours avec le message de départ : valoriser la légende arthurienne avec l’exactitude de fond qu’on nous connait tout en travaillant sur différents types de formes. Aujourd’hui, on travaille sur le tourisme expérientiel avec des événements immersifs dans lesquels les visiteurs ne sont plus seulement spectateurs de leurs visites mais acteurs.

C’est au Château de Comper que le centre arthurien est installé. Il y organise spectacles, animations, marché médiéval… (Centre de l’imaginaire arthurien)

Dès les débuts du centre, l’idée était de s’ouvrir au public, de lui faire découvrir la légende arthurienne ?
Absolument. On a vraiment depuis le départ l’objectif de couvrir tous les types de médiations culturelles avec pour sujet principal la légende arthurienne mais pas que : on traite aussi plus généralement du monde du Moyen-âge, du patrimoine celtique et de tout ce qui touche à la pop culture de l’heroïc-fantasy. On a la volonté, par le biais du sujet arthurien, d’ouvrir sur différents thèmes plus contemporains. Le thème arthurien est par essence un thème de création artistique qui permet d’avoir des formes de médiations culturelles variées qui vont du spectacle vivant au festival, concert, contes… jusqu’à des rendez-vous plus pointus et des conférences avec des universitaires. On a la vocation de traiter tout le prisme et le spectre possibles des actions culturelles autour de la légende.

Combien de visiteurs ont été accueillis par le centre l’année dernière ?
La fréquentation au Château de Comper a battu des records l’année dernière avec 46 000 visiteurs entre début avril et fin octobre. Dans cette saison, on a fait monter en puissance deux grands événements : la fête des médiévales de Brocéliande début août, qui accueillait 3000 visiteurs sur le week-end avant le Covid et qui est passé à plus de 7000 en 2023. On a créé aussi un nouveau rendez-vous : la Fête de la sorcière au moment d’Halloween, de la fête celtique de Samain fin octobre qui accueille 4000 visiteurs.
On propose par ailleurs des balades contées pour les groupes principalement, quelque unes pour les individuels pour faire découvrir le reste de Brocéliande. C’est une partie de notre chiffre d’affaires. Le Centre arthurien a la particularité, rare, d’être un centre culturel autonome financièrement avec un budget, entre 500 et 600 000 euros, autofinancé à hauteur de 97%. Nous sommes locataires gestionnaires du domaine de Comper, toujours dans la famille Ferrand.

Que découvre le visiteur qui arrive au Château de Comper ?
Le support principal est un parcours scénographique dans le château qui vulgarise la légende du Roi Arthur, accompagné d’expositions temporaires qui sont des mises en avant d’artistes contemporains, comme des galeries d’art à l’intérieur du château. La nouveauté 2024 est que l’étage du château est consacré à la découverte du nouveau chevalier de la Table ronde : Ségurant. On fait découvrir au public cette nouvelle légende arthurienne.
Emmanuele Arioli, paléographe, diplômé de l’école nationale des chartes, qui a décidé de contacter à la fin de ses recherches, est tombé en 2010 sur la mention dans un manuscrit d’un chevalier de la Table ronde dont il n’a jamais entendu parler. Il est alors parti dans une quête à travers l’Europe en fouillant plus de 6000 manuscrits pour retrouver la trace de ce chevalier. Au bout de 10 ans de recherche, il a rassemblé ces manuscrits pour recomposer le roman des aventures de Ségurant. Il s’agit donc d’un travail exceptionnel de recherche universitaire qui a permis au grand public de découvrir un personnage de la Table ronde tombé dans l’oubli.
On a aussi la Grande librairie des légendes dans laquelle on va trouver tout ce qu’on cherche sur la légende du Roi Arthur, des contes, de l’univers celtique. Et il y en a pour tous les goûts : des essais, des romans classiques du Moyen-âge, de la bande dessinée, des livres jeunesse et des formes plus contemporaines comme le comics, le manga.

Le personnage oublié du chevalier Ségurant a été retrouvé par le paléogrpahe Emmanuele Arioli qui en a recomposé le roman à partir de plus de 6000 manuscrits. (Centre de l’imaginaire arthurien)

Quelles sont les animations spécifiques à la période estivale ?
Tous les jours, on trouve un campement médiéval fantastique dans la cour du château, qui s’appelle les héritiers de la Table ronde. On a inventé un univers scénarisé, dans lequel les artistes et les salariés du Centre arthurien ont créé leurs propres personnages pour raconter la légende et faire vivre des aventures aux visiteurs au sein d’un campement immersif : des mini escape games, des jeux de piste, des ateliers, des épreuves à passer pour vivre un instant légendaire au château. On peut découvrir aussi le parc forestier de Comper.
Mais le rendez-vous incontournable, ce sont les médiévales de Brocéliande, le cœur battant de la saison, avec un marché artisanal sur le thème du haut Moyen âge fantastique. On a thématisé ces Médiévales 2024 sur le thème des Vikings et des Scandinaves avec des concerts et un drakkar sur le lac du château ! La petite folie de 2024.

On peut accéder à la forêt de Brocéliande depuis le château ?
Il est en plein milieu. Le parc du château est la porte nord de la forêt de Brocéliande, qui est privée. Pour les balades contées, il y a des départs de tous les villages de la forêt de Brocéliande.

La légende arthurienne est-elle bien basée sur des éléments historiques ?
A l’époque où elle commence à être écrite, on est à un moment où on aime écrire une histoire légendaire pour son royaume et on aime mélanger Histoire et légendes. Mais le Roi Arthur n’est pas une figure historique. C’est un personnage créé en littérature qui a des échos probablement avec des personnages historiques qui ont existé. La légende du Roi Arthur est un empilement de textes littéraires écrits par des centaines d’auteurs différents, avec des versions différentes, qui prend sa racine sur l’île de Bretagne -la Grande-Bretagne- et particulièrement au Pays de Galles où on a une littérature de poésie celtique pendant le haut Moyen-âge où il est d’abord fait mention d’Arthur. Mais c’est bien en France que la légende va se populariser notamment sous la plume de Chrétien de Troyes au XIIème siècle.

Et Brocéliande et la Bretagne actuelle sont bien évoquées dans ces textes ?
On commence à entendre de parler de Brocéliande dans un poème d’un Normand, Robert Wace, qui évoque « Brécelien », ancien nom de Brocéliande (dans Le roman de Rou vers 1160). Il en dit que les « Bretons vont souvent fablant » c’est-à-dire qu’ils racontent beaucoup d’histoires sur cette forêt. On a juste cette mention à l’origine. Puis Chrétien de Troyes va écrire sur Brocéliande dans Yvain, chevalier au lion, dans laquelle il va lui faire vivre ses aventures. Il va parler de la fontaine de Barenton, proche du château de Comper, qui a une particularité : « son eau est froide comme le marbre mais fait des centaines de petites bulles » ; c’est une fontaine miraculeuse. Quelques siècles plus tard, on va retrouver de manière historique un texte rédigé au Château de Comper en 1467 par Guy XIV de Laval, seigneur de l’époque, qui s’appelle « la charte de sus et coutumes des gens du pays de Brécilien, autre orthographe de Brocéliance. Elle est donc dans la littérature une forêt imaginaire, dans laquelle on rencontre des créatures, des fées, des enchanteurs, mais il est établi que s’il a fallu lui trouver une inspiration réelle, c’est la forêt de Brécilien qui prendra le nom plus tard de la forêt de Paimpont qui est la nôtre en petite- bretagne.
De toute façon, ces récits ont eu une porosité entre la Grande et la Petite Bretagne notamment lorsque les Bretons insulaires font leur grande migration au VIIIème et au IXème siècle. Pour beaucoup, ils arrivent en Armorique, en Bretagne continentale. C’est là qu’il y a le grand passage de ces récits.

Chaque jour, en été, dans la cour du château, un campement médiéval fantastique immerge les visiteurs dans l’imaginaire arthurien. (Centre de l’imaginaire arthurien)

Finalement, la légende arthurienne se déroule pendant le Haut Moyen-âge, une époque différente que celle que nous montre la plupart des déclinaisons artistiques de cette légende ?
C’est toujours le paradoxe : quand on essaie de représenter la légende du Roi Arthur, on se retrouve face à une énigme : on l’imagine dans un Moyen-âge flamboyant, c’est-à-dire le XIIème siècle, les armures… une image d’Epinal de la chevalerie. Mais dans le texte, cette légende arthurienne se passerait entre le VIème et le VIIIème siècles, dans ce que les Anglais appellent les Dark Ages, cette préhistoire du Moyen-âge, où on n’a pas encore les codes visuels de la chevalerie. Mais il faut remettre l’écriture dans son contexte : quand les auteurs du XIIème siècle écrivent sur la légende arthurienne, ils le font avec les codes de leur époque, les tournois en armures, la grande époque de la chevalerie, tout en la transposant, en la faisant voyager dans le temps sans aucun problème 6 siècles plus tôt. Parce qu’on n’a pas le même rapport à l’imaginaire à cette époque.

Propos recueillis par Grégoire LAVILLE.

 

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