C’est dingue ! Comment peut-on aimer un groupe au point d’y consacrer un livre, tout en empruntant la voie de la violence verbale. En s’insinuant dans le crâne de Kurt Cobain, Christophe Paviot parvient à faire revivre le leader de Nirvana. Et ce n’est pas vraiment beau à entendre. Et peut-être en était-il ainsi.
Toute l’histoire est donc racontée du point de vue de Kurt Cobain, comme un long monologue, qui se place un peu avant l’enregistrement de l’album « Nevermind » et nous conduit vers une lente descente aux enfers menant à la date fatidique du 5 avril 1994. Entre des doutes et très peu d’espoir, une haine des labels pour leur manque de courage à signer un groupe forcément légendaire, la drogue et la vie de quasi SDF, on tient le rythme de cette débauche de pensées sombre car on connaît la fin : le succès puis la mort. Comment arpenter un livre aussi noir ? Une noirceur tellement célinienne. Le désespoir pour leçon de vie et le rock comme décor rédempteur. Qu’on soit de Seattle ou de Rennes, il est difficile de trouver sa place. Kurt Cobain en est la preuve. Philippe Pascal et Frank Darcel l’ont malheureusement aussi démontré. Paix à leur âme.
Né en 1967 à Rennes, Christophe Paviot avait donc 24 ans à la sortie du mythique et dévastateur « Nevermind ». Il a dû prendre de plein fouet le séisme sonique du trio. Et la mort de Kurt Cobain comme une injustice. Prenons ce roman comme un hommage à une dure réalité : celle d’un rockeur mal dans sa peau, décalé et névrosé. Un artiste en quelque sorte. Un de ceux qui ont du talent qui plus est. Alors, pourquoi ne pas raconter cette face sombre et cachée, comme un exutoire. L’auteur a les mots, un rythme triple croche de la phrase et réussit le plus souvent à se replacer, avec moult détails, dans le contexte d’une existence post succès. Les comètes vivent éternellement. Surtout dans le très machiavélique club des 27.
Hervé DEVALLAN
« C’est mon cœur qui bat dans cette ordure » de Christophe Paviot aux éditions Litos – 140 pages – 6.90€












