Velvet Underground… Groupe mythique de l’histoire du Rock… L’un des plus influents… Mais il n’y en a pas toujours été ainsi… Koren Shadmi raconte son parcours à travers les relations houleuses entre Lou Reed, John Cale et Andy Warhol.

Après s’être intéressé au scénariste Rod Serling (L’homme de la quatrième dimension) et à l’acteur transylvanien Bela Lugosi (Lugosi), Koren Shadmi explore l’histoire complexe et passionnante des relations entre le Velvet Underground et Andy Warhol lorsque, un jour d’hiver 1965, une amie traîne le peintre dans un bar à touristes de New York afin qu’il écoute un groupe de musique dont les deux figures de proue sont Lou Reed et John Cale. Emballé par leur prestation, Warhol les prend sous son aile et les invite à séjourner à La Factory, un loft sur la 47ème rue où il héberge sa clique de « loosers magnifiques ».

Lou Reed et John Cale travaillent des mélodies déconstruites

La musique du Velvet Underground est à contre-courant de celle d’un époque « mélodieuse » ; en évocation des années 1960, l’on pense avant tout aux Beach Boys, aux Beatles et aux Rolling Stones, respectivement originaires de Californie et d’Angleterre. Plusieurs milliers de kilomètres les séparent de la cacophonie new-yorkaise où Lou Reed et John Cale travaillent des mélodies déconstruites, quasi atoniques, alimentées de larsens parasitaires afin de mettre en musique des textes illustrant la prise de drogues et une sexualité débridée. Le Velvet Underground devient ainsi le premier groupe de rock à chanter les prostituées… le sadomasochisme… les travestis… et la marge dans ce qu’elle a de plus caricaturale. Nous sommes en 1964.

Lou Reed et John cale sont nés en 1942 à une semaine d’écart.  Chacun aura vécu une jeunesse traumatique égrappée de moult colères ardentes contre leur famille. Dès leur adolescence, en lutte contre la norme, les deux jeunes gens se sentent mieux hors de la société ; marginaux dans l’âme, ils ne sont guère à l’aise avec les autres, pas davantage avec eux-mêmes ; une nature contradictoire pouvant se résumer par un élan provocateur, rebelle et hostile ; et, à contresens, un vital besoin d’être désiré… accepté… aimé… Lou Reed ne pardonnera en outre jamais à ses parents de lui avoir fait subir des électrochocs contre une supposée schizophrénie dans un hôpital psychiatrique. Car il était différent…

Lewis Alan Reed n’est pas du même monde que ses « collègues » musiciens rock

… Oui ! Bel et bien différent. Adolescent mais aussi adulte. Lewis Alan Reed (son véritable nom) n’est pas du même monde que ses « collègues » musiciens rock. Il est un univers à lui seul et appartient peu à celui de la musique, dans le sens où la sienne ne se contente pas de combiner les notes entres elles d’après des règles académiques (certes variables selon les lieux et les époques) ni d’orchestrer des éléments sonores classiques. Lou Reed vole trop haut pour cela, à moins que ce ne soit les autres dont l’altitude lui est inférieur – hormis Bowie dont il deviendra très proche et ne critiquera jamais ni l’homme ni son œuvre – ; quoi qu’il en soit, les autres ne lui ressemblent pas : ce sont les autres, il est Lou Reed.

Koren Shadmi raconte une histoire turbulente, rocambolesque et triste – le jeune Lewis avait du mal à se faire des amis et à les garder – somme toute indispensable à la création d’un groupe qui aura, en quatre petites années et autant d’albums, non seulement révolutionné l’histoire du rock’n’roll, mais aussi et surtout marqué par son empreinte le monde de la musique. Les fans se sont depuis divisés en deux clans : les pros Reed face aux aficionados de Cale, entendu que les deux musiciens se fâchèrent à la fin des années 1960 pour ne jamais se réconcilier vraiment. Leurs obsessions de jeunesse, leur ego et la consommation de drogues sont en partie responsables de cet éloignement délétère.

Andy Warhol’s Factory

La rencontre entre Lou Reed et Andy Warhol a donc lieu à New-York en 1965. L’artiste-peintre fait participer le groupe à ses Exploding Plastic Inevitable, une série d’événements multimédias organisés entre 1966 et 1967 ; ce sont des performances où s’unissent les expérimentations pop’art et la musique du Velvet. Mais, comme toujours avec Warhol, les relations sont ambiguës jusqu’à la malséance : rien n’est jamais gratuit… tout est calculé…  il joue un billard sociale, économique et artistique à plusieurs bandes. C’est oublié que Lou Reed possède un QI largement supérieur à la moyenne. On ne le manipule pas impunément. La relation va bon an mal an jusqu’à la sortie du première album,  The Velvet Underground and Nico, celui à la désormais célébrissime pochette « banane ». Nous sommes en 1967. Le temps passe…

John Cale a aujourd’hui 81 ans. Lou Reed est décédé en 2013

… John Cale a aujourd’hui 81 ans. Lou Reed est décédé en 2013 des complications d’une greffe hépatique. Quel dommage ! Quel dommage que ces deux-là se soient idiotement laissés prendre au triste jeu de l’inimitié. Quel dommage que chacune de leurs (rares) tentatives de rapprochement fut éconduite par les mêmes rancunes et aversions. Quel dommage pour nous, et peut être aussi pour eux, puisqu’en dehors de la carrière solo de chacun, nous aurions aujourd’hui dans nos discothèques bien d’autres chefs-d’œuvre ; à l’époque, les groupes sortaient un album par an, parfois deux, c’est dire la quantité perdue. Alors ! Faut-il lire The Velvet Underground de Koren Shadmi ? Bien entendu. Ce roman graphique donne envie de découvrir le groupe ou de réécouter sa musique. Preuve qu’il est indispensable.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© février 2024 – Bretagne Actuelle & J.E.-V. Publishing

The velvet Underground – Dans l’effervescence de la Warhol Factory, une bande dessinée de Koren Shadmi aux éditions La Boîte à Bulles, 182 pages couleur + cahier postface // Reliure cartonnée 190 x 265 mm – 26,00€

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