Dire que Blindspot est un des meilleurs disquaires de Rennes n’est pas usurpé. On pourrait même le recommander dans le top 10 des disquaires en France. Les touristes du vinyle le savent. A quoi reconnaît-on une telle performance ? A la sélection des disques proposés bien sûr. Aux prix pratiqués également, sans massacre éhonté. Et enfin à l’ambiance qui règne dans la boutique. On s’y sent bien. C’est un vrai plaisir de multiplier les heures perdues à chercher la pépite ou la nouveauté.

Les diggers sont des solitaires

L’adresse est quelque peu éloignée du centre historique. Même si à deux pas, les bonnes adresses ne manquent pas pour boire un verre où se restaurer. La devanture est à l’unisson : on devine la richesse du contenu loin de toute ostentation. On est rassuré :  le budget décoration de la vitrine passe dans l’achat des disques et pas autre chose. En revanche, l’intérieur est non seulement organisé avec goût mais aussi judicieusement classé. Pas besoin d’appeler le patron toutes les 5 minutes ! Les diggers sont des solitaires qui aiment se débrouiller seul. Dans un premier temps. Car Fred et Steven sauront vous aiguiller si nécessaire.

C’est Fred qui a créé le magasin en novembre 2008, Blindspot fête donc ses 16 ans cette année. Et depuis 2012, un label : Poussière d’époque. C’est la vocation d’un disquaire. « C’est un travail à part entière. Donc on sort un disque tous les 2 ou 3 ans. On n’a même pas 10 albums au catalogue Et étrangement, très chanson française avec toujours un fond électronique. » reconnaît Fred. Et beaucoup de rennais !

« Sans la fermeture de Rennes Music en mai 2008, je n’aurais jamais ouvert le magasin »

Pourtant, 16 ans plus tard, le pari Blindspot reste osé. « Sans la fermeture de Rennes Music en mai 2008, je n’aurais jamais ouvert le magasin. L’adresse était unique. Avec mon pote, mon premier associé, on se baladait en août dans Rennes et on a constaté qu’il n’y avait plus rien !  En septembre on trouvait le lieu, en novembre, on ouvrait. » Une affaire rondement menée ! « La place était à prendre, dans le créneau un peu généraliste, électronique, bizarre et pointu, il n’y avait plus rien. »

Avec le temps, cette ligne éditoriale reste vraie. « Tout le monde nous dit qu’on est pointu, mais c’est réducteur. C’est vrai qu’on n’a pas peur d’aller dans des niches musicales qui peuvent faire peur à d’autres. » reconnaît Fred. C’est comme ça qu’on retrouve des bacs « Expérimental », « Industriel », « collage », etc. « C’est sûr que les best-sellers se vendront toujours, mais notre rôle, c’est aussi de faire découvrir des choses. » Le conseil est important, sinon, les gens vont dans des grandes enseignes. Ceux qui veulent le dernier Rolling Stones ne viennent pas ici. Même si on nous les demande parfois. Et puis, on fait de l’occasion. Ça représente un tiers de notre stock. C’est indispensable. » Mais fort est de constater que les occasions se font de plus en plus rares. Et pas que chez Blindspot. « C’est normal, c’est de plus en plus dur à trouver. Car maintenant, tout le monde sait que ça vaut de l’argent. Tout le monde connaît Discogs et les cotes. La moindre collection est dépouillée par la famille avant qu’elle arrive jusqu’à nous. Alors quand on en trouve, il faut mettre le prix. Les gens ont besoin d’une histoire. On le voit. En ce moment, c’est la foire aux rééditions, même sur des disques obscurs à 500€. Et bien, ce n’est pas parce que les disques sont réédités qu’ils se vendent. Ça fausse le marché. Les gens achètent davantage qu’un disque, mais un morceau d’histoire. Le neuf concerne les nouveautés et les gens qui n’ont pas les moyens de s’acheter un collector. Dans un premier temps, on ne s’intéresse qu’à la musique, qu’importe l’origine du pressage. Ça c’est plus tard, quand on a basculé du côté obscur de la collection. » Fred sait de quoi, il parle, lui-même étant collectionneur. « J’essaye que ça n’en devienne pas une maladie. Quand on est disquaire, on voit passer de belles pièces. Du coup, je laisse les pièces rares dans le magasin. Je veux que Blindspot vive encore longtemps ! »

Jean-Louis Brossard aime bien notre magasin

La clientèle est jeune et se renouvelle. Rennes est une ville étudiante et ça se ressent. « De notre côté, on ne s’est jamais endormi. Il s’est passé plein de choses après 2000. Ça c’est la force de la musique électronique. » Il y a aussi pas mal d’étrangers. C’est la force de Rennes qui est presque un passage obligé pour se rendre ensuite sur la côte ou descendre dans le sud. « Les touristes du vinyle passent par chez nous. On est identifié sur Discogs comme étant une boutique fiable et sérieuse avec pignon sur rue. Moi quand je voyage, je fais ça en tout cas. »

Pendant les Transmusicales, c’est notre plus gros « week-end » de l’année. Jean-Louis Brossard (programmateur des Trans, ndlr) aime bien notre magasin. Il est là au moins une fois par mois. C’est vrai qu’il met souvent en avant la boutique. Du coup, les journalistes, les labels, les managers et les groupes poussent la porte de Blindspot. Ce sont des gens qui voyagent et ils ont l’habitude de comparer et ils aiment l’ambiance et le choix du magasin. Le fait que le bac Nouveaux arrivages et le mur d’occasions soient changés une ou deux fois par semaine n’est pas étranger à ce foisonnement. « Certains de nos clients passent tous les jours » souligne Fred. Sans compter l’actualité qui alimente nos réseaux sociaux. »

Hervé DEVALLAN

Blindspot
36 Rue Poullain Duparc, 35000 Rennes
Tél. :
02 99 78 51 90 – www.blindspot.fr
Ouvert du mardi au samedi de 10h30 à 19h

La Bretagne des disquaires
 Cin&Music à Sant-Malo
– LP Records à Sant Brieg
– Disques à GoGo à Gwingamp
La Boutique à Plounéour-Ménez 
Le Chant de l’Ankou à Pempoull

0 Commentaires

Laisser un commentaire

Articles similaires

Autres articles de la catégorie Ar Mag