Installé près de Rennes depuis plus de 20 ans, Jimme O’Neil n’en demeure pas moins attaché à sa Glasgow natale. Son groupe, The Silencers jetant un pont entre les deux villes. Leur 10ème album dans les bacs, le rockeur s’attaque à la promo et à une nouvelle tournée. Arrêt sur image avant de prendre la route.

Né en Écosse de parents irlandais : pour vous la Bretagne est une terre d’accueil naturelle ?
Jimme O’Neil
: Mes racines sont effectivement irlandaises. On est écossais depuis 5 générations. Longtemps, l’immigration irlandaise a été importante à Glasgow. L’Écosse est un pays protestant. Les cathos se sont regroupés jusqu’à former leurs propres quartiers pour protéger leurs foi et leurs traditions. Moi-même j’ai été à l’école catholique. J’ai connu les tensions entre les deux communautés.

Comme à Belfast ?
Jimme O’Neil : Exactement. La différence c’est qu’en Irlande du Nord, le pays est occupé par les britanniques. La principale raison du soulèvement dans les années 70, c’est que les catholiques ne trouvaient pas de boulot. Tout allait aux protestants. La police était 100% protestante.

A Glasgow, les deux communautés ont mieux cohabité.
Jimme O’Neil : J’ai toujours prié pour que ça n’arrive pas à Glasgow, car tu as la même séparation. Ce qu’illustrent très bien les deux équipes de foot : les Celtics plutôt catholiques irlandais et les Rangers davantage orangistes et pour une Irlande du Nord qui reste au sein de la Grande Bretagne. Moi je suis supporter des Celtics. On est pour l’Irlande unie et on chante des chansons rebelles. Chez les Rangers, une frange des supporters sont réellement d’extrême droite : nationalistes, suprémascistes, sectaires… Un de leur chant, c’est « les Billy Boys ». Tu connais sûrement, on les voit dans la série Peaky Blinders. C’est un gang « de rasoir » de Glasgow des années 30. Un groupe fasciste. Ils le revendiquaient et beaucoup avaient leur carte du Ku Klux Klan. Un mouvement d’ailleurs fondé par un protestant écossais ! Bref, ce n’est pas ma culture.

Mais, ce qui est étrange, c’est l’acceptation des immigrés des anciennes colonies. D’ailleurs le premier ministre écossais est d’origine pakistanaise. Moi-même j’ai grandi avec le curry indien. Tout le monde connaît ça en Écosse. On a les meilleurs restaurants indiens à Glasgow. On est tous devenus accros aux épices.

Maintenant, vous habitez en Bretagne. C’est une terre d’accueil naturelle pour un celte ?
Jimme O’Neil : Bien sûr ! Mais je ne suis pas venu en Bretagne par hasard. C’est pour une histoire d’amour. Elle était bretonne. J’ai d’abord passé 6 ans paumé en pleine campagne au sud de Rennes. C’est là que j’ai appris le français. Essentiellement à l’apéro ! Quand je rentre dans un bar, je dis que je viens de Glasgow, et là j’entends un ouf de soulagement : « C’est bon, j’ai cru que t’étais anglais ». (rire). On est de culture celte : on est passionné, on a le sens de l’honneur, on aime la fête… On ne se prend pas la tête. On prend une bière, on discute et on adore ça. Même à Rennes où je me suis installé en 2005, et bien à la fin, avant de partir, je me suis aperçu que je connaissais tout le monde. Rennes, c’est un village avec la place Saint Anne pour le petit café du matin. Maintenant je suis à Ploërmel.

Votre parcours de musicien vous a conduit à Londres pour réussir. Est-ce que, comme les groupes bretons qui finissent à Paris, les groupes écossais sont condamnés à passer par Londres ?
Jimme O’Neil : C’est une bonne question. Dans les années 70, si tu voulais percer dans la musique, il n’y avait pas photo, tu allais à Londres. Moi, au départ, j’ai gagné la capitale anglaise pour continuer mes études, même si la musique était en ligne de mire. J’avais un petit espoir de réussir. C’est pour ça que j’ai chanté dans le métro avec ma femme. De toute façon, il aurait été impossible de signer avec un label en restant à Glasgow. C’était dommage. A cette époque, un copain musicien anglais m’a avoué que les groupes écossais étaient les meilleurs. Et pourquoi ? Parce que nous les celtes, on joue de la musique à la moindre occasion dès le plus jeune âge. C’est familial. Mais les groupes ne dépassaient pas la limite de l’Ecosse.

Pourquoi ?
Jimme O’Neil : Il n’y avait aucune maison de disque d’envergure internationale. Encore aujourd’hui, c’est le cas. Quelque part, ça force les gens à construire leur propre système.

Comment tout a commencé ?
Jimme O’Neil : Mon premier vrai groupe, c’était une formation funk. En dehors de moi, ce n’était que des écoliers. On a joué presqu’un an et demi ensemble. On a failli signer. C’est là que j’ai appris beaucoup de chose que j’ai ensuite utilisées avec les Silencers. Une très bonne expérience. Et puis le punk est arrivé. On splitt. Charlie, le bassiste monte la formation punk UK Subs, moi, Fingerprintz. Si en Europe, Fingerprintz n’a pas trop marché, aux Etats Unis ça a bien fonctionné. Nos 3 albums sont sortis là-bas, on a tourné, nos morceaux passaient en radio, etc. Ce qui est marrant c’est qu’à cette époque, dans le même quartier, il y avait un autre groupe de filles. C’était Girlschool. Nos trois groupes jouaient le mercredi soir dans un club qu’on pouvait privatiser. Quelques mois plus tard, Virgin signe les Silencers.

En quoi le dernier album de Silencers qui vient de sortir a été influencé par la Bretagne ?
Jimme O’Neil : En fait, avec ce nouveau disque, j’ai voulu recréer le premier album des Silencers. Au moins au niveau de l’esprit. Tout a démarré à Rennes lorsqu’à la sortie des classes de mon fils, un jeune gars avait sous le bras ce fameux premier disque pour une dédicace. Il me dit alors qu’il est un fan de rock et que le son de « A letter from St Paul » est très actuel. J’étais aussi conscient que ces années 80 étaient en plein revival.  J’ai donc voulu retrouver ce son avec l’énergie des années 2020.

Lorsque tu t’es installé en Bretagne, est-ce que les Silencers ont été mis en danger ?
Jimme O’Neil : Non. Car au début, j’étais entre Glasgow et la Bretagne. J’étais une sorte de voyageur. Les Silencers ont continué de tourner et à sortir des albums, notamment « Come » chez Keltia.

Aujourd’hui, The Silencers sort « Silent highway », le 10ème album.
Jimme O’Neil
 : La motivation de ce nouvel album est de montrer ce que je peux faire. Mais je résistais car la barre reste haute pour The Silencers. J’avais la vision et l’envie de retrouver l’énergie et le son des premiers albums. Et puis certains groupes m’ont aussi redonné envie comme les Black Keys. Au final, c’était le bon moment.

Le Covid a retardé la sortie ?
Jimme O’Neil : Oui ! Et pas simplement pour les raisons qu’on imagine. Je vais vous raconter une histoire celte, je suppose. J’étais à Rennes dans un pub et j’avais un avion pour Glasgow via Paris le lendemain afin d’ajouter la voix de ma fille et les harmonies de mon fils. Le studio était booké. Tout était planifié. Quand le barman me dit : « Ce soir on ferme définitivement. » Je dis : « Donne-moi une autre pint de Guiness ! ». Les bières se sont enchaînées… Le lendemain, j’avais vraiment la gueule de bois. Je n’ai pas pu prendre l’avion : Pourtant, avant cette soirée, ma femme m’avait appelé pour me rappeler que j’avais un vol le lendemain… Mais le pire c’est que je n’avais pas prévu que la frontière allait être bloquée quelques heures plus tard ! A toute chose malheur est bon : si j’étais parti je serais resté bloqué dans l’appartement de mon frère à tourner en rond. Conclusion : on a fini l’album par échanges de fichiers.

Mais la grande partie de l’album a été enregistrée en Bretagne
Jimme O’Neil : Oui, à Nantes. Baptiste Brondy (batteur de Delgrès et Jean-Louis Aubert, ndlr) habite la ville. On a commencé sur son ordinateur puis on a bougé en studio pour enregistrer la batterie, la basse et les guitares en analogique. Bref, toute la musique a été enregistrée en Bretagne. Je joue toutes les guitares et la basse. A Glasgow ont été ajoutées quelques guitares additionnelles, la voix de mes enfants, le mix et le mastering.

La pochette de l’album représente une de tes peintures ?
Jimme O’Neil : Oui. Avant de devenir musicien, j’ai fait une école d’art. Ce sont des œuvres réalisées pendant le Covid. Ma femme avait acheté trois tableaux noirs pour mon fils. J’ai alors pris les craies et j’ai commencé à dessiner des tas d’œuvres éphémères, un peu comme Banksy, simplement parce qu’il fallait effacer un dessin avant d’en commencer un autre. Chaque dessin qui illustre la pochette du disque a été pris en photo avec mon portable avant de disparaître. Il a fallu des mois, d’autant que Shane, mon fils, passait parfois ses doigts et commençait le travail d’effacement alors que ce n’était pas terminé.

Vous vous intéressez à la scène rennaise ou bretonne ?
Jimme O’Neil : Oui, j’ai toujours suivi la scène locale. Je reste fan du festival de Binic et de tout le garage rock. J’ai rencontré Seb de Beast Records, mais on n’a jamais joué. Les Silencers n’entrent pas vraiment dans leur ligne de programmation. Ce qui ne m’empêche pas de souvent acheter des disques chez Rock’n’Bones (disquaire à Rennes, ndlr). Je vais aussi aux Transmusicales. Je connais bien Jean-Louis Brossard (programmateur des Transmusicales de Rennes). On a beaucoup donné de concerts à l’UBU. Je lui fais écouter tous mes projets. Je suis peut-être la seule personne dans le monde qui connaît davantage l’histoire du rock’n’roll que Jean-Louis ! Il ne sera pas d’accord… (rire).

Vous collectionnez les disques ?
Jimme O’Neil : J’ai une grande collection de CD.  Quand j’étais jeune, j’avais une belle collection de vinyles blues acoustiques. Mais aussi de Frank Zappa et Captain Beefheart. Un artiste très avant-gardiste. Les fans de Captain Beefheart forment un petit club unique ! Mes albums sont restés en Écosse…

Hervé DEVALLAN

The Silencers « Silent highway » (Music Box Publishing – Wagram) 

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