Jusqu’au 5 novembre 2023, le Musée de Pont-Aven expose une trentaine d’artistes et de photographes de la « Belle Époque » à la Seconde Guerre mondiale. Leur point commun ? Avoir emprunté les routes de l’ailleurs, du continent africain à l’Orient lointain. Mais pas seulement : ici ne sont présentées que les œuvres réalisées par des femmes.
Rosa Bonheur avait sûrement donné l’exemple. La fin du XIXème siècle a été marqué par les premiers mouvements féministes : les femmes sortent enfin de l’espace domestique et deviennent actrice de son destin. Autodidactes, élèves d’académies privées ou formées à l’École des Beaux-Arts, ces femmes vont jusqu’à acquérir un statut professionnel. Oui, elles peuvent gagner de l’argent ! Résultat : elles exposent, vendent à des collectionneurs, obtiennent des bourses de voyage…
Le XXe siècle est marqué quant à lui par un renouveau de l’orientalisme, stimulé par le tourisme d’hivernage, notamment à Biskra, et encouragé par les expositions de la Société des peintres orientalistes français auxquelles participent Marie Caire Tonoir, Marie Lucas-Robiquet et Andrée Karpelès.
À partir des années vingt, les femmes se rendent dans les territoires de « La Plus Grande France » : l’Afrique équatoriale, Madagascar, la péninsule indochinoise… C’est le cas de Marcelle Ackein, Alix Aymé, Monique Cras, Marthe Flandrin, Anna Quinquaud, Jane Tercafs, Jeanne Thil. D’autres voyagent jusqu’au Tibet et en Chine, comme Alexandra David-Neel, Léa Lafugie et Simone Gouzet. Pour Denise Colomb et Thérèse Le Prat, le voyage devient le moteur d’une carrière de photographe.
La notion de voyage permet à l’exposition de s’intéresser aux rares artistes faisant le chemin inverse : les chinoises Fan Tchunpi et Pan Yuliang viennent étudier aux Beaux-Arts de Paris et séjournent en Europe.
Le regard des artistes femmes est sans conteste différent de leurs homologues masculins. La présence de nombreux portraits indique une proximité avec les populations rencontrées, notamment celle des femmes dans leurs vies quotidiennes, auxquelles elles ont plus facilement accès. Une vision exempte de racisme qui ne s’accompagne pas pour autant d’une remise en question de la « mission civilisatrice » de la France. Lucie Cousturier est la seule, parmi les artistes, à critiquer le système colonial.
Toutes ces œuvres proviennent des collections publiques et privées françaises, regroupées pour la première fois dans un musée.
Exposition « Artistes Voyageuses, l’appel des lointains » jusqu’au 5 novembre 2023
Musée de Pont-Aven, Place.Julia, 29930 Pont-Aven
Tél. : 02 98 06 14 43 – Site internet
Ouvert tous les jours de 10h à 18h
Entrée plein tarif : 8€











