Nous entrons dans une période neuve où l'Histoire s'accélère et les blocs géopolitiques du XXème siècle se dissolvent. À l’heure où l’Europe n’en finit pas de se (dé)faire, quel nouvel ordre se profile pour le Vieux continent ? Les principaux rapports civilisationnels à venir continueront-ils d’être nationaux ou vont-ils devenir régionaux ?
Qu’est-ce qu’une civilisation ?
L’Europe en est-elle une ?
Et pourquoi ?
Une civilisation est constituée d’un ensemble de caractères communs à une société ; caractères religieux, moraux, esthétiques, scientifiques… acquis au fil d’une longue histoire collective ; à noter que toute civilisation s’oppose à la barbarie et à la bestialité. Quant à savoir si l’Europe en est bel et bien une, trois lettres suffisent pour affirmer l’évidence : non. L’Europe n’est pas une civilisation. Pourquoi ? Précisément parce qu’elle est charpentée autour de multiples civilisations régionales et nationales, chacune régie par des normes et des conventions différentes ; raison pour laquelle, Bruxelles cherche à unir ces normes et conventions en une seule qui les aplanirait toutes. Le parlement de Bruxelles, et accessoirement celui de Strasbourg, sont donc la preuve que l’Europe n’est pas une civilisation puisqu’ils sont utilisés pour voter des lois servant à en construire une. CQFD.
Des frontières avant tout régionales
Les différentes civilisations du continent européen s’appellent la France, l’Allemagne, l’Espagne, L’Italie, etc. ; elles-mêmes construites sur un agrégat de civilisations régionales. Personne ne peut nier que la France est une mosaïque de cultures dont les frontières dessinent la région de Bretagne… celle de Catalogne… du Pays basque… etc. Idem pour l’Italie avec, entre autres, la Toscane, le royaume des Deux-Siciles et la Vénétie. Exemple encore plus frappant : l’Allemagne ; quel point commun entre la Prusse et la Bavière, si ce n’est une langue ? – et encore ! les accents et le vocabulaire varient entre les deux au point qu’un Berlinois ne comprend pas mieux un Bavarois qu’un Parisien n’entend un Québécois. Ultime aperçu, d’autant plus intéressant qu’il est le rapport inverse des précédents, puisque la Scandinavie agglomère les royaumes de Norvège, de Suède et du Danemark ; il s’agit d’une civilisation constituée de trois pays là où, nous venons de la voir, la France et l’Italie, englobent chacune divers espaces civilisationnels (leurs régions) pour n’en former qu’un seul. De fait, il n’existe pas seulement une esquisse de civilisation : certaines sont inclusives, comme la France, l’Espagne ou la Belgique ; lorsque d’autres sont accaparantes, telle la Scandinavie. La baguette magique bruxelloise ne résoudra jamais ces éclectismes géopolitiques. CQFD bis
Une Europe en carton-pâte
Il n’existe en Europe aucune Nation dont les valeurs peuvent coexister dans leur ensemble avec celles de tous les autres pays réunis. L’universalisme européen est un leurre. Véritable ineptie menant à croire qu’aucune différence ne s’impose entre le pluralisme des valeurs et le respect mutuel de ces mêmes valeurs. Deux notions pourtant faciles à comprendre lorsque l’on pense à l’Espagne et ses influences catholico-monarchiques, en opposition avec le calvinisme républicain du Schleswig-Holstein (nord-Allemagne). La religion, les rapports sociaux, moraux et esthétiques ne sont pas les mêmes à Madrid et à Hambourg, entendu qu’ils sont déjà fort nuancés entre Brest et Marseille. Ainsi, l’Europe fédérale que les commissaires bruxellois sont en train de construire malgré la détermination des peuples à préserver leur culture et leurs acquis régionaux, cette Europe en carton-pâte n’existe pas davantage que l’Europe des Nations. CQFD ter
Régionaux avant d’être Nationaux
L’Europe est-elle condamnée à n’être qu’un continent en lutte permanente contre lui-même ? A ne jamais devenir « la » civilisation qu’appellent les technocrates de leurs vœux face à des fractures nationales qui s’opposent les unes les autres ? Peut-être pas. Car si un Portugais a de rares points communs avec un Finlandais… Si un Italien n’ a guère d’affinités avec un Irlandais… Si un Hongrois pense rarement comme un Belge… En revanche, nonobstant la langue, un Breton est plus proche d’un Ecossais que ne le sera jamais un Anglais… Un Ecossais ressemblance davantage à un Galicien qu’un Andalou à un Basque… Un Galicien s’entendra mieux avec un Balte que les Bavarois n’ont de sympathie pour certains de leurs compatriotes Teutons… Quant aux Tyroliens d’Autriche, ils s’accoquinent mieux avec un Italien du Nord qu’avec un Bavarois du sud. Bref ! L’Europe civilisationnelle sera celle des régions ou ne sera pas. D’une part, parce que la création d’une Europe fédérale échoue en direct sous nos yeux, enterrant du même coup celle des Nations. D’autre part, les peuples du Vieux continent ne pourront « faire » l’Europe qu’en se réconciliant avec leur propre histoire. Il faut pour cela, n’en déplaise à beaucoup, se recentrer sur ce que nous sommes : des Régionaux avant d’être des Nationaux. Les premiers n’étant pas les ennemis des seconds, alors que les seconds ont toujours lutté contre les premiers. CQFD finis
Jérôme ENEZ-VRIAD
© Avril 2023 – Bretagne Actuelle & J.E.-V. Publishing











