Bernard-Pierre Vilboux : « Péninsule » HermineHermineHermine

Péninsule. « La contrée celte de mon cœur », écrit Bernard-Pierre Vilboux. Péninsule armoricaine. Et plus précisément, la Bretagne, « Pays vert et bleu ». Le poète, né à Rennes en 1961, nous raconte poétiquement ses pérégrinations au cœur d’un pays qui n’en finit pas de l’éblouir.

Bernard-Pierre Vilboux aborde son pays natal par la face lumineuse, « dans le secret des villages granitiques » et « sous le chapitre des légendes vives ». Il est à la fois d’Armor et d’Argoat. Car pour citer au passage Lennon, Scrignac ou Cléden-Poher, il faut avoir appris à prendre des chemins buissonniers. Ce qui l’attire avant tout  dans cette péninsule : une aurore, un couchant, les chapelles, les bistrots, un fest-noz, tous ces « chants fiévreux des contrées de la tourbe ». Il marche dans les pas de ceux qui ont dit et chanté ce pays (de Grall à Cadou en passant par Robin, Duval, Gwernig, Segalen, Kemener et tant d’autres). Comme eux, il chante ses « Bretagnes enfouies comme feu sous la cendre ». Evoquant un village familier il a ces mots simples : « Une fontaine au milieu où des anges se prélassent/Un chemin de ronde et bien des noisetiers ».De Brocéliande, il dit que « chaque matin/Les ruisseaux sont à la fête/Ils exhalent une brume évanescente ».

Car Bernard-Pierre Vilboux est aussi allé où tout le monde va : la baie des Trépassés, la presqu’île de Crozon, Bréhat, le Pays bigouden… Mais s’il parle de ces lieux emblématiques, il le fait en changeant de focale. A Crozon, il évoque ce « versant sur l’infini/Parsemé de bruyères roses ». A Loctudy, il entre dans un café « où d’heureux habitués aiment/A boire et à saluer la compagnie ». Sa traversée de la Bretagne le mène aussi bien sur le sentier des douaniers que le long du Canal de Nantes à Brest où il s’extasie sur « les volutes des chaumières d’écluse » ou sur « le mystère des eaux aimantées ».

Le poète n’hésite pas, par ailleurs, à clamer qu’au cœur de cette péninsule vit « une communauté insoupçonnée/Pour la plupart des Jacobins ». Ajoutant : « Tu es né en Bretagne et non en France ». Des accents qui nous ramènent à la fièvre poétique des années de braise post soixante-huitardes en Bretagne au moment où ont émergé les voix enflammées des Keginer, Piriou, Keineg, Moazan, Kalvez et de tant d’autres. « Peuple équinoxial, tu bâtiras/Ta péninsule à la source des vents », clamait Kristian Keginer (Terra incognita, éditions Bretagnes, 1979, réédition Les Hauts-Fonds, 2020). La péninsule de Bernard-Pierre Vilboux est aussi cette Terre promise que chantait Tugdual Kalvez (Sevel e vouez, Kendalc’h, 1977).

Sous sa plume elle demeure une « Armorique éternelle ». Il s’y abreuve inlassablement. Mais, comme ses prédécesseurs, il ne s’y enferme pas, scrutant d’autres horizons en étant à l’écoute de Rilke, Gibran, Keats, Pessoa, Séféris, Neruda, Césaire… « Voici une once de jours/Un poète a du passer par ici// Les arbres semblent plus feuillus/L’herbe plus tendre », note avec bonheur  Bernard-Pierre Vilboux.

Pierre TANGUY.

Péninsule suivi de Inclinaisons, Bernard-Pierre Vilboux, photos de Lucile Davy, éditions L’enfance des arbres, 2023, 130 pages, 15 euros.

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