Le Chant du temps inversé, une bande dessinée de Galaad HermineHermineHermine

Avec Le Chant du temps inversé, Galaad signe une histoire poétique accentuée d’un lyrisme contemporain : l’idylle entre un adolescent timide et une jeune fille extravertie. Rien de vraiment nouveau. Mais la véritable nouveauté nait toujours du retour aux sources.

Un peu de romantisme… Quelques élans d’érotisme sage… De la nostalgie, du rêve et de l’espoir… On se croirait dans un scénario de Jim dessiné par Bastien Vives. Autant dire que ces deux références posent un minimum de respect, et que si Galaad projette une histoire d’amour d’adultes raisonnables sur des adolescents aventureux et fantasques, il ne se nourrit pas moins de moult références à la culture contemporaine. Derrière l’apparence d’un sympathique roman graphique pour la jeunesse, Le Chant du temps inversé est en fait une plongée captivante à l’intérieur de personnages dont le désir rappelle le brouillon des amours de chacun.

Ici prend forme l’histoire

Pandora est une jeune fille extravertie qui travaille au Chant du temps inversé, petite boutique geek où elle rencontre Paul, un garçon timide et plus jeune. L’une et l’autre partagent les mêmes références et plaisirs des jeux vidéo, mangas et dessins animés japonais… puis, très vite, la même envie de se découvrir… C’est ici que prend forme l’histoire… D’amour ou d’amitié… Qui sait ?… Peut-être même les deux… Une troublante relation s’installe… Elle devient vite touchante au fil d’une mise à nu des âmes et de leurs sombres secrets, mais aussi des corps et de leur sublime vérité. Le lecteur s’attache à ces deux ados paumés. Page après page, la couleur s’installe au cœur d’une romance en noir et blanc ; Pandora gagne en blondeur et Paul devient auburn là où d’autres l’envisageront châtain

Efficacité à son maximum

Bien que certains auteurs – citons parmi les plus grands : Hugo Pratt, Tardi, Jason Lutes… – en ont fait leur marque de fabrique, le noir et blanc en bande dessinée est une technique difficile. Le graphisme de Galaad rappelle celui de Bastien Vives : un trait noir légèrement relâché, plein de finesse, expressif ; les contours sont ronds et fluides, ils supportent peu d’angularités dans cet ensemble souligné d’ombrages gris-clair uni. Le choix du noir et blanc ombragé renforce la présence des dialogues inspirés de culture geek. A ce titre, Galaad réinvente l’écriture de certaines expressions tout en conservant leur architecture grammaticale. Le fameux Chuis (pour Je suis) dont il maintient l’accord en « uis » est un exemple parmi d’autres. Sa créativité réforme la langue sans la renier, ce qui est rarissime dans la bande dessinée. En outre, le noir et blanc condense le récit vers un essentiel narratif. L’efficacité est à son maximum. Comme dans les meilleurs mangas.

Histoire universelle et intime

Le Chant du temps inversé est un éloge à nos amours de jeunesse qui, bien souvent, ne laissent aucune place à la raison ; l’histoire de Pandora et Paul témoigne des épreuves quotidiennes que les premiers véritables sentiments nous réservent, ce sont autant de chagrins et tortures qui nous testent comme pour mieux insister sur la seule évidence dont chacun déchiffrera le message bien plus tard :  il faut vivre sans perdre une miette de l’existence. Mais ce qui marque le plus dans la travail de Galaad,  c’est l’apparente simplicité de sa narration. Tout est en fait dans l’image mise au service de personnages faisant du lecteur le témoin privilégié de leur intimité. Un joli roman graphique. Une histoire universelle et délicate. Bravo !

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Décembre 2022 – Bretagne Actuelle & J.E.-V.

Le Chant du temps inversé, une bande dessinée en N&B signée Galaad aux éditions Dupuis dans la collection « Grand Public » – Couverture cartonnée 157×218 mm – 216 page – 20,95€

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