C’est une vraie Callac dans la gueule humaniste qu’on se prend en lisant le papier récent de BA intitulé Callac, grand remplacement ou petite soumission !
Lire le collaborateur de Bretagne Actuelle, le relire fait peur.
Oui, peur.
Il n’y a d’identité menacée que d’identité fragile. Si la Bretagne craint un pseudo-remplacement, c’est pure nostalgie d’intolérants voire pulsion poussive d’ex-collabos. La République n’est pas plus en danger à Callac, la démocratie pas plus violentée à Callac !
Je crains que ceux qui fantasment aujourd’hui l’imposition du voile à toutes les femmes soient les mêmes qui avaient trouvé opportun l’occupant allemand et son goût prononcé pour les coiffes et les chapeaux ronds !
Jerôme Enez-Vriad dont le nom chante le varech et sent l’iode serait soudain inspiré par les relents de Mordrel, Debauvais ou du Parti National Breton. Par Bezenn Perrot, Fouéré ou toutes puanteurs que décrit Françoise Morvan dans Le monde comme si, toujours à garder sur sa table de nuit ! Je lui donne raison, à Morvan, la Bretagne peut encore sentir le vert de gris ! La Bretagne est une identité d’âme, on est d’accord ! Pas un isolat dans le monde mondialisé, c’est vrai ! Le beau nom de Bréhat est ici porté par qui se contredit en parlant de municipalités de gauche dans une Bretagne droitière ! Faudrait savoir !
Les lignes de partage sont plus complexes !
Entre les effrayés et les confiants ! Entre les calmes et les excités ! Entre les zemmouriens et les humanistes ! Entre les démocrates chrétiens et les violents. Entre les urbains, petite, moyenne, grande ville et les franges effectivement les plus éloignées des services publics.
Il faut se rappeler qu’il n’y a pas un deus-ex-macrona qui déciderait des exodes mondiaux ou décrèterait les guerres en Syrie et autres poutinofoldingueries. Les Sri lankais fuient leur mangrove inondée pour le pays d’à côté. D’abord. Idem dans le Maroni, c’est la misère qui pousse les pères et les mères de famille à quitter ce qu’ils n’ont plus pour avoir ce qu’ils n’ont pas. Les Afghans ou les Iraniennes (à tout hasard) ne quittent pas leur salon ni leur quartier, leur culture ni leurs livres, pour le seul plaisir de se déclasser et venir à Callac enfiler des perles.
Quelle est cette idée tellement enracinée qui prive de comprendre ce que le déracinement veut dire ?
Ils ou elles étaient infirmières ou instits, employées de banque, aides-soignants avant de venir chez nous remplir des dossiers infâmes, douloureux et humiliants ! Ils fuient parce qu’ils n’ont pas le choix. Ils viennent ici parce que le monde est une continuité, la planète une seule ! Et la Bretagne, en haut à gauche sur la carte de France, un confetti sur le planisphère !
Monsieur Enez-Vriad a-t-il juste réfléchi cinq minutes, le temps d’écrire un papier, à l’arrachement d’une famille qui fait partir un enfant ? Il roule, roulé en boule ou écrasé de ballots, du Moyen-Orient à Callac sous des châssis de camions. Il se terre derrière des buissons. Il se fait piller par des passeurs, reste en Grèce, dans des camps insalubres, des jours et des nuits, des fois y meurt. Hep ! Jérôme, t’as vécu quoi avant de vivre ?
S’il atteint Callac ou Rennes ou Brest, béni soit le ciel d’une vie, non ?
Toute la main d’œuvre des abattoirs de Loudéac, faut-il le rappeler, un : fait le boulot que M Bréhat refuserait (le froid et le sang décrits par Joseph Pontus) et : deux, le fait pour gagner son pain, d’abord.
Raisonner à partir de notre droit d’hospitalité (AME, CSA, CMU, CAF etc) est raisonner en droit et nous constituons un Etat de droits. Contestation ? On préférerait que la CAF soit attribuée seulement aux blanc-blanc ? C’est nul, non ?
Je suis très choqué comme d’autres lecteurs humanistes par cette polémique que Bretagne Actuelle, de culture et de liberté, devrait ne pas exciter. Mais s’il est un parti pris rédactionnel de donner voix à toutes les voies, fussent-elles des voies d’eaux usées, alors, je le dis et je l’écris fort : il reste une gauche qui pense. Une démocratie qui ne craint ni de l’autre ni de rien. Qui lutte contre les minorités extérieures qui veulent nous terroriser et contre les colporteurs intérieurs d’une terreur injustifiée. À Callac, au pied de Naous, le cheval glorieux, il fait bon vivre et bon accueillir.
Et ce n’est pas gnan-gnan de le dire !
Je me rappelle dans les fermes de mon enfance, du Poher. Les portes restaient ouvertes ! Grandes ouvertes ! Toute la journée pendant que les gens de la ferme étaient aux champs et les femmes au lavoir, au poulailler ou s’occupaient de donner aux lapins ! La sécurité régnait puisque la grand-mère avait le trousseau de clés des armoires sombres sous ses quatre jupes ! Alors Jérôme, du calme !
Qu’est-ce qui donc te rend si insécure ?
Bah, la Bretagne a une belle âme.
D’hospitalité portuaire. De convivialité de bistrot. De grande table avec les bancs dessous ! De tradition de jumelages ! Boire un coup avec des copains syriens, même si c’est du thé, porte aux rêves et à la belle chanson de Nougaro ! Encore un effort pour se dézemmourizer et se délepenniser. Tempérons l’intempérance des temps ! De grâce, plaidons pour la culture partagée, pour le livre et que tous les Salman Rushdie soient aussi bretons que toi et moi, et autant chez eux chez nous, Jérôme !
J’écris mon coup de gueule depuis l’Australie. Pays de conquérants s’il en est et de colonisation aurifère et scélérate. Les Aborigènes viennent d’obtenir que le Ministère qui traite de leurs affaires soit l’un des leurs. Leur drapeau flotte depuis peu, un peu en-dessous du fédéral, un peu partout. En berme les temps derniers ! Ils ne souhaitent pour être désignés ne plus l’être par ce terme d’Aborigènes issu de la langue de l’éradicateur. Ne se nomme que celui qui se nomme comme il veut être nommé ! Jusqu’aux années soixante, 1960 !, ils étaient considérés au niveau de la faune et de la flore. Oui, la faune et la flore ! Et, au siècle précédent, les colons anglais ont importé ici des animaux dits supérieurs : supérieur, le renard ! Supérieur, le lapin !
La langue bretonne a été écrasée, mais l’identité résiste. Il y a de plus en plus de Bretons en Bretagne ! Bientôt quatre millions, majoritairement issus d’anciens cousinages ! Ils ont leurs morts dans les cimetières et ceux qui ne les ont pas sont venus vivre, si possible en douceur ! Entre Cercles cultuels et culturels musulmans et bonne vieille messe du samedi soir, vois l’évolution et note, comme les universitaires le font, la décléricalisation tendancielle au lieu d’exciter haine et rejet ! Elle est belle, la Bretagne, et il n’y a pas à craindre ni d’une soumission petite ni d’un remplacement fantasmatique ! Ça se soigne !!
Au fait, il m’a juste semblé, aux dernières élections françaises, que le peu de peuple qui a voté a rejeté Zemmour d’une grande claque. S’en inspirer encore sent le remugle revanchard ou ressort de la respiration artificielle !
Gilles CERVERA











