Poubelles jaunes… Poubelles vertes… Containers pour le verre… Le tri sélectif est devenu une habitude aux vertus soi-disant respectueuses de l’environnement. Mais le recyclage à l’infini n’est-il pas davantage proche du mythe écologique que d’une vérité objective ?
La Terre est en fin de vie… Elle se décompose… Nous allons tous mourir de chaud, ou de froid, peut-être même de faim, de maladie… Bref ! On vous le dit, le monde est foutu, nous sommes fichus. Heureusement, pas de panique, l’O.M.S., l’O.N.U.., la C.E.E., Bruxelles, Davos et tous les partis politiques ont une solution. Les bonnes idées ne manquent pas. Ils nous ont déjà convaincus de trier nos ordures et mis en action tous les moyens afin d’y parvenir : spots publicitaires, distributions de prospectus, propagande répétitive destinée aux enfants dans les l’école… Trente ans que ça dure ! La loi Royal oblige depuis 1992 les communes françaises à valoriser et recycler leurs déchets, désormais considérés comme de véritables gisements d’énergie et de matières premières. Le recyclage serait même l’éco-geste préféré des Bretons. Rien que ça !
Un alibi industriel pour produire toujours plus

Le recyclage de nos ordures entretient la surconsommation.Les acheteurs imaginent que leurs déchets seront recyclés et consomment toujours davantage. Ainsi, les emballages 100% recyclables sont devenus un argument de vente au détriment d’une véritable politique écologique qui, pour être efficace, reviendrait à moins et mieux consommer. Peut-être l’avons-nous oublié, mais les emballages et objets à usage unique sont récents. Le premier briquet jetable remonte à 1973… Le rasoir à usage unique – type Bic – fut créé en 1975… Mais l’exemple le plus flagrant est celui de la célèbre petite bouteille Coca-Cola. Sa version plastique date du début des années 90, période où le recyclage fut mis en place. Nos élus ont procédé ainsi afin de permettre aux industriels de fabriquer moins cher en polluant davantage. De fait, le recyclage est devenu l’alibi pour produire toujours plus et accentuer leur marge bénéficiaire.
Les vieux chiffons du recyclage
Le recyclage est souvent présenté comme une solution écologique moderne alors que les premiers chiffonniers sillonnent nos rues dès le XVIème siècle ; leur but étant la récupération des vieux chiffons pour les transformer en papier. Au milieu du XIXème, les chiffonniers d’hier deviennent des acteurs incontournables de la révolution industrielle. On commence à recycler, non par souci écologique, mais afin de pallier au manque de matières premières. C’est la naissance du concept de « circularité » : ce qui est circulaire et fonctionne en circuit fermé. Jusque dans les années 50, les emballages en plastique sont systématiquement réutilisés car le matériau est de qualité. A partir des années 60, la consommation de masse incite les industriels à réduire les coûts de production, y compris ceux des emballages, minimisant la qualité du plastique. L’industrie planétaire produisait un million de tonnes de plastique annuel au milieu de siècle dernier. En 2021, nous dépassions les 370 millions de tonnes. Chacun d’entre nous utilise et jette l’équivalent de son poids corporel en plastique chaque année.
Un peu de verre dans l’histoire

Le verre est l’unique matériau recyclable à 100% et à l’infini sans aucune déperdition. Chaque Français en recycle une quarantaine de kilos par an. Après collecte, les bouteilles parcourent en moyenne 260 kilomètres avant d’être recyclées dans un centre de traitement. La région Rhône-Alpes, par exemple, possède une usine près de Saint-Étienne qui traite, non seulement le verre local, mais aussi celui de la Bretagne et de la Normandie. Le matériau trié puis broyé devient du calcin. Cette poudre est ensuite acheminée dans une verrerie pour redevenir bouteille. Certes, une autre solution existe pour éviter ce lourd processus consommateur d’énergie : la consigne. L’idée est de rapporter les bouteilles qui seront réutilisées telles quelles, comme cela se faisait en France jusqu’au milieu des années 70. Hélas ! Les industriels sont peu enclins à cette alternative, car le packaging fait partie intégrante de leur stratégie marketing et, bien entendu, nos politiciens les écoutent.
Quelques papiers pour mémoire
Afin de propager efficacement les théories bienfaitrices du recyclage, il faut un discours continu, sorte de mantra perpétuel qui, dès le plus jeune âge, martèle esprits et consciences jusqu’à l’abrutissement. Les Nostradamus du Big Crunch écologique oublient toutefois certaines vérités afin de ne pas décrédibiliser leur prêche. Ainsi, la commercialisation et la distribution des sacs plastique sont interdites en Europe depuis 2010. Qu’à cela ne tienne ! Sur les conseils de Bruxelles, nous avons adopté les « merveilleuses » poches biodégradables fabriquées en amidon de maïs, une céréale gourmande en eau et nécessitant des pesticides pour sa culture. Les sacs papier, ne sont pas plus respectueux de l’environnement. Tant s’en faut ! La majeure partie est fabriquée avec un matériau non recyclable et participe à la destruction des forêts. Quant au papier recyclé, celui de tous les jours sur lequel nous écrivons et imprimons, il n’est en rien écologique, tout au moins pas autant qu’on l’imagine, car pour éliminer l’encre on utilise du chlore, un blanchissant catastrophique pour les rivières. En réalité, 50% du papier que nous jetons dans les poubelles de la bonne conscience n’est jamais recyclé.
Trois alternatives à la surconsommation

Voici trois alternatives à la surconsommation permettant d’éviter le recyclage. En premier lieu : le RECONDICTIONNEMENT. Il consiste à donner une seconde vie aux appareils électriques et électroniques ; envoyés dans des ateliers, ils sont testés, réparés puis nettoyés afin d’être revendus moins chers que les produits neufs. Seconde possibilité : la RÉUTILISATION. L’utilisation du produit en fin de vie est détournée. Exemples. Une ancienne porte aménagée en table… Des pneus de voiture servant à protéger le bastingage d’un bateaux… Des palettes de bois reconstituées sous forme de salon de jardin… Etc. Enfin : le RÉEMPLOI, communément appelé seconde main, très en vogue chez les bobos-citadins clients des friperies chics ; manière de prolonger l’existence d’un vêtement sans nouvelle ressource pour le remettre en état.
Les déchets les moins polluants sont ceux que l’on ne produit pas
Pour éviter les emballages inutiles, favorisons les produits en vrac, les contenants consignés, les matériaux de longue vie – comme le métal, le verre ou le carton – et achetons directement chez les producteurs en circuit court et régional. Là est la véritable écologie ! En d’autres termes, au lieu de faire de nos déchets des ressources, il faut inverser le processus et ne plus faire de nos ressources des déchets. Pourquoi diable ! serait-ce aux consommateurs de gérer gratuitement les matériaux polluants qu’industriels et manufacturiers devraient ne plus produire depuis longtemps ? En outre, pour atteindre les enjeux d’une économie circulaire probante, il est essentiel d’allonger la durée de vie de nos possessions. Les fabricants doivent améliorer la conception de leurs produits dont ils prolongeront la garantie, et nous devons impérativement les choisir de meilleure qualité et réparables. Au-delà de l’aspect écologique, c’est aussi toute une économie locale qui peut être préservée, façon d’améliorer notre résilience en cas de difficulté économique. Le recyclage déresponsabilise le consommateur. Il lui donne le sentiment de participer à un cycle vertueux hélas ! souvent inutile, voire mafieux. Les déchets les moins polluants sont ceux que l’on ne produit pas.
Jérôme ENEZ-VRIAD
© Juillet 2022 – J.E.-V. & Bretagne Actuelle
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