Ne pas croire ce qui est dit. Ne pas croire non plus ce qu’on se dit. Ni ce que je me dis qui ne m’est que peu ou pas crédible.
Subjectivité, zéro ! Objectivité, zéro.
L’Ukraine est une source d’emmerdements absolus pour les Ukrainiens. Et pour le monde entier plus que jamais traversé par le binaire. Le méchant est bien identifié, les gentils nous ressemblent, aspirent à l’Europe, à la Liberté. Bon. Dernière pierre de gué : l’Europe est un credo. Ne pas y croire non plus ?
L’Europe semble plus crédible ces temps-ci que n’importe quel vent de Volga ou pire, flux d’Amour ! L’Amour, le fleuve fait moins rigoler dans les cours de récré, non ?
Ne pas non plus croire ce qui nous arrive sous moins trois semaines. Ici, dans la Répu de la République. Il est dit que ça va s’abstenir à fond dans notre petit bout d’occident tout libre et tout suffragé d’universel. Beaucoup nous envient, pas nous. Certains même disent que le suffrage universel est si éreinté qu’il ferait la preuve même du contraire de la démocratie ! Cul par-dessus tête, je vous dis ! Alors, quoi ? On dirait qu’on confierait les rênes à un collectif genre qui vous veut du bien et on irait l’amble derrière cet attelage ! Youpi… le cauchemar ! Donc, en perspective et à court terme, isoloir vide, urne vidangée, citoyens blasés à la recherche de quel rond-point, quelle place, quelle colère, quel plan collectif à mettre en route, quelle zad, dans quelle station-service faire le plein d’idées, bref besoins impérieux côté salon, le commun passant après, c’est-à-dire les trains, l’hosto, les routes, les stations d’épuration et l’éducation.
Grande leçon de vocabulaire pour tous ! Certain exclut le mot guerre. Ce qui rappelle notre usage euphémique et censural entre 54 et 62. Balayons devant notre porte !
Quant au lexique démocratique, ces temps-ci, il perd le nord, met la gauche à droite, la droite à gauche et le milieu aux extrêmes. N’appelons plus un chat un chat mais la démocratie dictature et la dictature du prolétariat. Tralala, le tour est joué !
De qui le dictateur est le nom ?
De quoi la dictature est l’exagération ? Qui va voter ? Qui peut se refuser cet acte d’y aller en son nom propre et sans autre filet que ses convictions rabattues à des compromis ?
Ah oui, le compromis ! L’école devrait être publique et aurait quinze élèves maxi par classe, les profs agrégés seraient super bien payés, les hospitaliers super bien protégés, les blocs opératoires super bien équipés, les ouvriers moins à la chaîne dans les abattoirs, les vendeuses et les serveuses super bien heureuses, les voitures super bien écologiques, les retraités super bien pensionnés (et, si possible éternels), les commentateurs super bien au chaud. Compromis super bien impossible, donc !
Comme ça se voit en lisant ces mots désabusés, ça se voit que les ressorts de mon fauteuil ont pété, que le kapok de mes coussins pique et que le ciel bleu du ciel est jaune !
À l’instar de Tennessee, on a sans doute tous quelque chose de Corse en nous !
On ferait des haies d’honneur aux assassins de préfet. On rêverait d’un chaos sans prises électriques, d’une Bretagne sans dépendance au gaz ni aux aliments de bétail, genre soja latino-américain. On aurait le vent pour nos pales, nos marées motrices, nos énergies solaires, nos pluies pour les rivières, nos toits photovoltaïques, nos éthanols avec soif de modération et nos parapluies quand les débordements débordent et des barrages pour les saumons et les turbines en fond d’abysses.
On voudrait moins, pas, aucun.
On voudrait plus, mieux, nous !
On se réveille ?
Chiche ! Votons !
Gilles CERVERA











