Mardi 25 janvier 2022 - Voir, revoir et réécouter les trois bardologues ! Dès qu’on peut. Dès qu’une date tombe du dattier, la saisir, sucrée, âcre aussi, longue en bouche : un concert de Rodolphe Burger, Erik Marchand et Mehdi Haddab s’attrape au vol, se vole à la tire et se tire d’aile.

Un concert de fou l’autre soir sur l’excellente scène de L’Aire Libre de Saint Jacques de la Lande.

Salle pleine, de tous âges et pas si sage !

Lorsqu’il rentre après ses deux compères, Erik Marchand est applaudi davantage. La Bretagne est son fief. Capitale : Poullaouen ! Mais l’Alsacien Burger qu’on suit depuis ses trouvailles Kat-Onomatiques est tellement là, si puissant, si universel aussi que le Rock lyrique peut être dit son pays capital. Mehdi Haddab à l’oud vient des orients immémoriaux où tout commence, qui s’écroulent et recommencent, il complète en aigu et prouve, s’il en est besoin que les cultures confluent et se subliment.

Quand ce trio est là, il faut en profiter. Ne pas ajourner la commande, écouter, regarder, regarder encore : s’éblouir.

On dirait le conte du Géant et du Lutin.

On dirait le Bûcheron magnifique et la fourmi qui danse, chante, et dont le chapeau large cache la Celtie entière.

On dirait Vulcain et les demi dieux pas fous qui refusent les flammes où ils pourraient mourir. Erik attend, son heure vient, sa minute, la voix claire monte aux aigus et Burger descend si bas, ramasse tout. Pas une miette de perdue, au point, tenez-vous bien que le chant s’avère doux même si, et surtout parce que, à la hache !!

J’ai tant brulé tant de vaisseaux
Tant fait courir tant de chevaux
J’ai tant rêvé partir

On part ! Départ garanti ! Mais où ?

Brouilleurs de pistes rejoints. Réunis. C’est à une fusion acide qu’on aspire et à laquelle on assiste. On attend le kan et le diskan est électrique. Fou mais lumineux. Brut mais subtil.

L’oud vole haut, entraîne le déchant, ça vibre, c’est fourni, c’est masculin à cent pour cent sur scène mais pour une fois ça ne dérange pas. Les femmes sont là, plein dans la salle, dansent au siège ou avec les mains au-dessus des masques ou des téléphones portables à la noix. Les fauteuils de l’Aire Libre avaient l’air foutraque d’un Fest arrêté en plein milieu de la Noz !

On sort de la centrifugeuse heureux pour la vie, celle qui dure l’instant !

Instant de Glomel, de Poullaouen, d’Alsace et de Jérusalem ! Le tout bien mixés par un mixeur burgerien et céleste dans la voix du Bas Breton, ouvert à cœur dans l’éternel du monde. Musical, le monde ! Musical en diable. C’est que l’oud électrisé d’Haddab a donné des airs à Bashung, il fut un temps ! Amitiés d’Est et la Bretagne est son chignon !

Voir l’immense corps de Burger qui ondule, plie, penche, se déploie et ne rompt point sauf aux pédales ou lorsque Rodolphe a perdu ses lunettes ! Voir Mehdi Haddab dont les doigts et le sourire captent le Maghreb et voir enfin, on n’a d’yeux égoïstes que pour le Pays, le raide breton aux cheveux d’enluminures, minuscule, insolemment immense, mains en jean ou lorsqu’elles s’en extraient, hasardent trois claps, s’ouvrent et se ferment, claquent la cuisse : Erik Marchand par les mots de Kemener inspirés du Hongrois, je crois, a un corps si grand !

S’embarquer et rembarquer dans l’embardée bardalogique ! Guettez la prochaine date !

Gilles CERVERA

A lire aussi :
– La chronique de leur album « Gluck auf »
– Une interview croisée de Rodolphe Burger et Erik Marchand

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