Il est le couturier le plus célèbre au monde. Ses initiales s’exposent en lettres d’or sur les plus belles avenues. Deux majuscules surmontant le nom de la capitale qui aura fait et continue de faire sa gloire : Paris. Christian Dior est plus qu’un destin, il est le destin et Paris est son écrin.

Bien qu’il soit l’un des Français les plus célèbres au monde, il existe paradoxalement peu de livres sur Christian Dior. Citons-en quatre. Les deux premiers sont des autobiographies : Je suis couturier, paru en 1951 ; puis Christian Dior et moi, publié en 1956 et réimprimé chez Vuibert en 2011. Autre texte dédié au créateur du New Look, celui de François-Olivier Rousseau : Devenir Christian Dior (Allary 2016), merveilleuse biographie romancée narant le parcours hors du commun d’un génie de la mode. Enfin, dans Christian Dior, un destin,  Marie-France Pochna raconte l’histoire d’un créateur devenu indispensable à la culture française.

Son adolescence, électrisée par le Paris des Années folles

Rien ne prédestinait le jeune Christian à devenir ce qu’il fut. Né sous une bonne étoile au début du siècle dernier, l’ainé des enfants Dior bénéficie d’une enfance choyée durant les années heureuses de la Belle Époque (1871-1914). Son adolescence, électrisée par le Paris des Années folles (1918-1929), le voit réceptif à toutes les avant-gardes ; il mène une heureuse vie de bohème en compagnie d’un groupe d’amis qui aiguisent leur talent sous l’œil de glorieux ainés :  Jean Cocteau et Max Jacob. Puis arrive la crise mondiale de 1929. L’aisance de la famille Dior, une fortune établie sur plusieurs générations, s’effondre en un seul jour. Commencent les années difficiles, marquées par la faim, les privations et la maladie. Pour oublier cette misère, Christian se concentre sur l’élégance et la beauté transmises par l’éducation patricienne dont il eut la chance de bénéficier.

Le 12 février 1947, sa première collection rencontre un succès immédiat et éclatant

En 1946, il a alors 41 ans – âge mûr pour l’époque – naît la maison Dior. Le 12 février 1947, sa première collection rencontre un succès immédiat et éclatant. L’existence du couturier en sera irrémédiablement bouleversée. Véritable bâtisseur d’empire, l’homme se résumera très vite aux deux consonnes et deux voyelles de son patronyme devenu bien davantage qu’une marque : Dior claque comme un titre de noblesse, de ces particules qui avaient encore un sens après-guerre. Au-delà d’un couturier prodigieux, convaincant et convaincu d’une tradition de goût et d’élégance propre à la France méritant que l’on s’y adonne avec passion, la maison Dior permettra à toute une industrie d’engager des rapports de force entre la puissance de la mode américaine et la France alors sous perfusion du plan Marshall.

La guerre n’avait pas entaché l’art de vivre à la française

Outre sa mode et de son désormais célèbre New Look – nom donné en 1947 par la rédactrice en chef du mensuel Harper’s Bazaar, Carmel Snow, à la silhouette créée par le couturier pour sa collection « Corolle » ; outre sa mode, le succès de Christian Dior est en partie dû au fait d’avoir réussi à convaincre les femmes que la guerre n’avait pas entaché l’art de vivre à la française ; son génie, comme l’explique merveilleusement Marie-France Pochna, fut de permettre une résilience par le beau à un pays meurtri dans son besoin vital de bonheur et d’émerveillement. « Un style très personnel, enthousiaste et inventif, le prétexte à un éloge de la folie créatrice, de l’excellence française dans ce qu’elle a de plus admirable, de plus élégant, mais, avant toute chose, c’est une déclaration d’amour à celles sans qui Christian ne serait jamais devenu Dior et qui, sans Dior, ne seraient pas tout à fait les mêmes : les femmes. »

Elle raconte monsieur Dior de son enfance à sa mort prématurée en 1957

Après ses multiples biographies consacrées à des personnages flamboyants :  l’industriel du textile Marcel Boussac… le charismatique patron de Fiat, Gianni Agnelli… l’entrepreneur Paul Ricard… ou encore un autre grand nom de la mode, madame Nina Ricci… Marie-France Pochna (prononcer « pokna ») ravit une nouvelle fois le lecteur avec cette nouvelle version enrichie et augmentée de son livre publié en 1993 ; elle raconte monsieur Dior de son enfance à sa mort prématurée en 1957. Grâce à une indéfectible érudition au service d’archives privées et publiques s’appuyant sur des rencontres et témoignages inédits, l’auteur offre une biographie de référence – peut-être La biographie – du grand couturier. Ils ne sont que deux à avoir bénéficié d’un tel honneur qualitatif. Yves Saint-Laurent par Laurence Benaïm, et Christian Dior par Marie-France Pochna.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Janvier 2022 – J.E.-V. & Bretagne Actuelle
Crédit photo : Monsieur Dior et son mannequin – © UPPA/Photoshot/ABACA

Christian Dior, un destin ; un livre de Marie-France Pochna – Éditions Flammarion – 485 pages + index patronymique – 24,90€

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