Philippe d’Anière – ex batteur du mythique groupe Starshooter – quitte Los Angeles après trente-cinq ans de vie californienne. Direction le Tennessee en voiture. Trois semaines d’Ouest en Est au cœur de l’Amérique durant lesquelles Jérôme Enez-Vriad a chaque jour conversé avec lui, jusqu’à ce que le road trip s’achève… en drame.  

Jérôme Enez-Vriad : La dernière fois que nous avons parlé ensemble, c’était en 2015, le 02 juin 2015 précisément ; comment résumerais-tu les six dernières années ?
Philippe d’Anière : Trump, Trump & Trump. Mon livre Mon ami Trump commence exactement le 16 juin 2016. La révolution Trump… Le punk absolu Trump… Le dieu Trump… Bref, le rêve politique de ma vie.

Tu n’en fais pas un peu trop, là ?
P.d’A. : Au contraire. J’ai passé l’âge des pâmoisons naïves. Trump est « Le » révolutionnaire de la première moitié de ce siècle. Quand tu as l’ONU, le Pape, les gouvernements occidentaux, les ONG, tous les médias, les GAFAM, l’UNESCO, Coca-Cola, Nike, Adidas… contre toi, et que, malgré les entreprises de démolition qui t’assaillent, tu réussis en quatre ans à réduire drastiquement le chômage… à faire exploser la croissance… à générer une augmentation massive du salaire des Noirs et des Sud-Américains…  s’y ajoute un parfait contrôle de l’immigration, pas de guerre déclarée, aucun d’attentat musulman sur le sol américain… Bref ! A part Dieu, qui fait mieux ?

 Comme nous nous connaissons depuis ce 02 juin 2015 (raison du tutoiement car je n’arrive plus à te vouvoyer), il faut expliquer que cet entretien sera celui d’une complicité franche, de la droiture et du franc-parler…
P.d’A. : Évidemment ! Nous sommes toujours étonnamment d’accord toi et moi, sur presque tout… En peinture… En politique… Et même en cul ! Sauf que toi tu aimes les hommes et moi les femmes.

Il parait. Mais ne joue pas trop avec moi sinon je vais me sentir obligé de « faire du Ardisson » en te demandant si tu ne t’es jamais « tapé » un mec, faisant de toi un hétéro moins « mâle » que tu ne le prétends.
P.d’A. : Depuis le temps qu’on se connaît, je croyais t’avoir dit que j’avais couché avec…

Stop ! Ça ne m’intéresse pas davantage que de savoir si Mick Jagger a bel et bien couché avec David Bowie comme le sous-entend la première épouse de ce dernier dans ses mémoires. Tout le monde s’en moque.
P.d’A. : Oui, mais tu m’as posé une question à laquelle j’ai répondu franchement, j’aimerais en conséquence ne pas être censuré. Je garde d’Alain Maneval (puisqu’il s’agit de lui) l’excellent souvenir d’un garçon charmant, gentil, attentif et généreux. C’était une époque où on ne cherchait pas à enfermer les gens dans une sexualité définie. Tu pouvais coucher avec un mec sans être qualifié d’homosexuel le lendemain, ni être rebaptisé « pansexuel » ou « bispiriutuel » ou je ne sais quelle phénoménale connerie façon LGBTIQ+ ! Alain Maneval fut et restera le seul.

Ta réponse est presque un hommage…
P.d’A. : On a oublié que Maneval a révolutionné la manière de présenter les émissions de radio et de télévision. Il y a eu avant et après lui. Nombre de gamins ont souhaité faire de la radio en imitant son phrasé et sa voix reconnaissable entre mille. C’était nouveau pour l’époque. Provocateur mais constructif.

C’est à dire ?
P.d’A. : La provocation doit être une manière de remettre la réalité sur ses pieds. C’est un art. N’importe qui ne s’y prête pas sans s’y brûler. Aujourd’hui, les provocateurs sont des petits joueurs sans talent qui ramassent une fausse crotte de chien sur la scène des César. Maneval, lui, présentait son émission Mégahertz avec des cheveux bleus impeccablement coiffés (sorte de dandy futuriste) et un maquillage kabuki. Putain ! Ça avait de l’allure. C’était élégant. Innovant. Et n’oublions pas que cela remonte à 1982.

Quarante ans plus tard la provocation a changé, elle est désormais du côté de ceux qui affirment leur « trumpisme ».
P.d’A. : Vous avez le même en France. Zemmour est la version Française de Trump. 70 % des Français sont d’accord avec lui à propos de l’islam devant être combattue et boutée hors du pays.  Les crachas des antis Trump/Zemmour sont les insultes d’une bourgeoisie citadine qui va bientôt s’effondrer sur elle-même, comme l’aristocratie au XVIIIéme siècle ; avant, bien entendu de tous tourner casaque en urgence…

En six ans, tu as publié trois livres. La première partie de ton autobiographie : Pressing, tes Chroniques d’un confiné, et une bombe politico-sociale : Mon ami Trump…
P.d’A. : Pas en six ans ! En un an et demi.  Pressing est sorti en Novembre 2019, succès inespéré sans que je n’aie pu mettre un pied en France pour la promo à cause de ce fichu virus.
Chroniques d’un confiné est un opuscule à propos duquel je voulais voir s’il était possible de faire de l’autoédition réactive face à la pandémie. Quant à Mon ami Trump, c’est un rêve de gamin devenu riche qui s’offre – grâce au pognon des premiers livres vendus – une autoédition pleine d’images « de comme quand on est gamin », avec des photos et des dessins de mon super héros. Ça me prendra quelques mois pour l’amortir… But who care !

Et Pressing ?
P.d’A. : Pressing caracole toujours en tête des meilleures ventes Amazon-rock, et mes Chroniques étaient n°2 des livres Amazon le lendemain de leur sortie ; ce qui veut dire, rentables après 24 heures pour Pressing Edition.

Après avoir été bijoutier, rocker, proxénète, businessman dans la sape puis dans la rénovation de bateaux, tu te lances dans l’édition…
P.d’A. : First, je change de vie, je quitte la woke California pour le Tennessee Trump, ensuite je verrai. Concernant la suite de Pressing, je vais devoir monter une petite structure temporaire en France : attaché de presse et commercial pour la distribution en librairie, Fnac etc. Après… Va savoir ! Si je vends le double du premier, ça fera pas mal de pognon. Ensuite, si je trouve un auteur que j’aime, why not ? Tu sais , c’est facile d’être éditeur, n’importe quel crétin comme moi peut le faire avec Amazon.

Certains te reprochent de (je cite) « critiquer salement la France alors qu’il doit tout à son pays qu’il a délaissé pour des histoires sordides ! Il donne des leçons de moral mais fuit face à ses responsabilités. En fait, les jeunes punks des années 70 sont pour la plupart devenus les vieux cons aujourd’hui ! Les « vieux » qu’il critiquait hier, c’est lui maintenant ! »
P.d’A. : J’ai la chance de vivre à douze mille kilomètres de la France. Pas trop de risques que ce type de personnage vienne faire pisser son chien sur mon paillasson.  J’ai effectivement quitté la France pour des histoires sordides, je l’ai d’ailleurs raconté en détail dans Pressing et, si d’autres veulent écrire leur histoire considérant qu’elle en vaut la peine : Welcome. J’ai toujours dit ne pas supporter les vieux rockers, alors les punks [rire] imagine ! Un hippie a la chance de vieillir cool, mais un punk bedonnant et chauve qui chante Anarchy in the UK, je me marre.  L’immense majorité des créateurs de la période punk n’ont plus rien fait après la trentaine ; et les rares chanceux qui ont eu du succès ont fini leur carrière à la Elvis, les autres au RSA ou intermittents du spectacle.

Tu termines Pressing par ces mots : « J’ai soixante et un ans, c’est la fin du livre mais pas de l’aventure. J’ai choisi de vivre vieux… »
P.d’A. : Ce n’est pas moi qui ai décidé de vivre vieux, c’est ma vie ; je vais bientôt avoir soixante-cinq ans, je suis vieux, même sil il y’a pleins de bobos qui prétendent ne pas l’être alors que de toute façon ils le sont depuis longtemps.

C‘est quoi être vieux ?
P.d’A. : Être vieux, pour moi, c’est venir en France, accepter une invitation pour signer mes livres, j’y aborde une belle femme, pas une jeune, une sexy de quarante-cinq ans qui aime ce que j’écris et comment je l’écris, je lui fais des propositions qu’elle refuse… Oh putain !  C’est ça être vieux.

Tu m’as dit qu’en trente-cinq ans de vie angeline tu n’avais jamais acheté ni porté un pull-over. Es-tu prêt à dévaliser les magasins ?
P.d’A. : Je suis né à Lyon, rue de la Guillotiere, nous avions des maisons de famille dont la principale (dans mes souvenirs) était en Charollais, pas loin du Beaujolais où nous passions nos vacances d’été. Il y avait des vacances d’été et d’hiver. L’été, il faisait chaud mais l’hiver nous n’avions jamais froid car ma grand-mère nous mettait des bouillottes dans le lit, avec des draps épais qui craquaient lorsqu’on s’y glissait, en plus ça sentait bon ; bref, des odeurs de Tennessee… Tu me suis ?

Parfaitement. Tu penses vraiment que la Californie est finie ? Qu’elle ne se remettra pas du wokisme hollywoodien ? Jamais ?
P.d’A. : La Californie est un des plus beaux endroits du monde, elle ne sera jamais finie, le woke n’est rien d’autre qu’un délire fasciste qui durera, comme le maccartisme, entre quatre et six ans, mais d’ici-là ils vont faire du dégât et, vu mon âge, je n’ai plus le temps d’attendre.

Charlie Watts est décédé il y a quelques semaines… Un commentaire…
P.d’A : J’ai posté sur Facebook : Je m’en fous total des vieux comme moi qui meurent, mais Charlie Watts, c’est dur. 

Tout le monde ne lit par ton mur Facebook et, si nous conversons ensemble, c’est afin d’étayer un peu ce que tu publies sur les réseaux sociaux. Alors, Charlie Watts…
P.d’A. : Tu connais mon désintérêt total pour tout ce qui touche à la musique. J’ai croisé les Stones pendant deux mois aux studio Pathé à Boulogne Billancourt, ils enregistraient Some Girls (je crois)*, et Starshooter notre premier album, 35 Tonnes ; j’ai rencontré Charlie Watts à ce moment-là, je l’ai vu travailler, il est depuis mon batteur favori.
(*Vérification faite, il s’agit bien de Some Girls, enregistré du 10 octobre au 21 décembre 1977 et du 5 janvier au 2 mars 1978)

On ne peut pas dire que tu t’en sois inspiré…
P.d’A. : Que veux-tu dire ?

Paul Cook, le batteur des Pistols, a dit que si leur album avait ce son si particulier (le « son Pistols ») c’est parce que les musiciens du groupe, lui y compris, ne savaient pas jouer. Ils faisaient du bruit davantage que de la musique, et Malcom McLaren gérait l’ensemble en post-prod… Si les Starshooter s’étaient inspirés de Stones, vous auriez dû mieux jouer.
P.d’A. : Les Starshooter…  Je ne sais pas. En revanche, moi, pour sûr, je n’ai jamais su jouer. Sur la fin, comme je suis un bon artisan, j’avais appris à faire semblant. En cela, l’observation du travail de Charlie Watts fut essentielle.

Les Stones sans Charlie Watts sont encore les Stones ?
P.d’A. : Bonne question !  Les Stones sans Charlie Watts ni Brown Sugar*, ce ne sont hélas ! plus les Stones. Pour autant, ça ne m’empêche pas de penser que les Rolling Stones et la Californie sont respectivement le plus grand groupe de rock au monde et le plus bel État des USA.
(*Le 13 octobre 2021, Mick Jagger & Keith Richard rendaient public leur décision de ne plus jouer leur chanson Brown Sugar – lors de leur tournée américaine – après qu’elle fut accusée de contenir des propos racistes par divers associations américaines.)

Tu as proposé à Kent de co-écrire les « mémoires » de Starshooter avec toi. Il y a quelques semaines tu attendais encore sa réponse… Où en êtes-vous ?
P.d’A. : Kent a refusé pour des raisons qui lui appartiennent et dont je ne suis pas juge. C’est son droit. Une réponse positive m’aurait satisfait, mais un refus m’autorise à écrire PRESSING #2 comme je le souhaite.

Pressing #2 est la seconde partie de ta vie consacrée, cette fois, aux années Starshooter…
P.d’A. : Pas seulement. En fait, comme pour le premier, j’ai une idée du travail à accomplir sans savoir par quels chemins j’y parviendrai. Ce sera un Pressing plus gros que le précédent [rire], le Pressing d’un mec de soixante-cinq ans alors que le premier était celui d’un homme d’à peine quarante. J’envisage un format road trip, un peu comme celui que je roule en ce moment entre west coast et east coast, c’est à dire un road trip traditionnellement à l’envers.

C’est effectivement la première fois de ta vie que tu passes d’Ouest en Est…
P.d’A. : L’aventure à l’Ouest est finie. Après cinq siècles et l’apothéose économique des XIXème et XXème, l’occident arrive désormais au bout. Créateurs et businessmen quittent l’ancien eldorado devenu woke. Tous partent pour les états du sud, trumpistes et dynamiques…

Toujours dans l’exagération…
P.d’A. : Tu veux un exemple ? Tiens ! nous sommes le 14 septembre 2021, je suis à la frontière entre la Californie et l’Arizona, l’essence est à $5.31 en Californie et, trois cents mètres plus loin, en Arizona, elle plafonne à $2.49. Tout est dit. Je n’ai plus l’âge de réinventer une nouvelle aventure mais j’ai encore assez d’énergie pour me casser à temps des endroits qui sentent la décadence woke. J’écris mon prochain livre de la même façon que le premier.

C’est à dire ?
P.d’A. : Facebook est mon canevas, ma grille software, mes lecteurs y sont, me lisent en temps réel, ils aiment ou pas, me le disent, je relis, corrige et garde l’essentiel de ce qu’ils valident ; ensuite je compile comme un mosaïqueur construit son œuvre.

Tu n’as pas répondu à ma question. Il y aura du Starshooter ou pas ?
P.d’A. : Oui. Il y aura du Starshooter. Des histoires que je ne pouvais ou ne voulais pas raconter avant parce que les gens étaient encore vivants, mais, maintenant que certains ne le sont plus, les choses seront plus faciles à évoquer. Il y aura, en outre, des tranches de vie de mes vingt dernières années à Los Angeles, je reprendrai précisément là ou s’arrête le premier Pressing…  Ça sera mieux écrit aussi. Davantage construit.

Avais-tu déjà les mêmes opinions tranchées (pour ne pas dire réac) à l’époque de Starshooter ?
P.d’A. : Je ne suis pas réac ! Je suis anar. Un anarchiste aventurier, libertarien et révolutionnaire ; beaucoup plus que tous ces braves petits bobos pantouflards et assistés qui m’insultent quotidiennement. « L’état… Encore l’état… Toujours l’état… » Alors que ce sont eux les fascistes, les Mussolini…

Qui ça eux ?
P.d’A. : Europe-Ecologie-Les-Verts, Mélenchon, les socialo-bobos… Moi, c’est tout le contraire, moins y il a d’État et mieux je me porte.

Ça ne t’empêche pas d’avoir des idées on ne peut plus définies sur certaines décisions à prendre…
P.d’A. : Oui. Pour être libre, il faut un État régalien fort, violent si nécessaire afin que soient appliquées les lois votées par un parlement élu à la majorité du peuple, sans la dictature d’aucune minorité.  Ronald Reagan l’exprimait en ces termes : « L’état est là pour protéger ses citoyens, pas pour diriger leur vie. »

C’est aussi ce que disait Pompidou : « Il faut arrêter d’emmerder les Français. »
P.d’A. : Absolument.

Es-tu aujourd’hui davantage Américain que Français ?
P.d’A. : Ça va t’étonner mais je suis mondialiste. L’endroit où je vis m’importe peu. Aujourd’hui, une partie de la vie sociale est sur les réseaux sociaux ; alors Californie, Tennessee ou wathever, cela m’est égal tant que ce n’est pas l’Afrique, un pays musulman ou un endroit trop froid. Je veux juste de l’espace et de la liberté pour avoir des chiens, des chevaux et des poules.

Philippe d’Anière en gentleman farmer ! Ça va en surprendre plus d’un. Est-ce de ça dont rêvait Phil Pressing lorsqu’il était rockeur ?
P.d’A. : Ah non, s’il te plait ! Pas du tout gentlemen farmer. Bien plutôt cow-boy ravageur, armé, content de l’être – un peu survivaliste, libre et fier de l’être, aussi.

Si tu es à la frontière entre Californie et Arizona, il te reste environ 2.500 kilomètres à parcourir jusqu’au Tennessee…
P.d’A. : J’ai envoyé par camion mon Hummer et je fais le voyage dans ma vieille Jeep avec un bateau accroché derrière. L’inverse était possible, mais je me suis dit que ce road trip était une expérience pour le prochain Pressing. Je t’avais d’ailleurs proposé de le faire avec moi. Je t’ai dit : « Tu viens à L.A., on fait la route ensemble et je prends tous les frais en charge. » Mais comme tu refuses le vaccin, tu n’as évidemment pas pu venir et tu as eu tort. Putain de bordel de Dieu ! Tu n’imagines pas ce que c’est d’être en plein far west. J’ai vraiment failli mourir, hier, quand le bateau s’est décroché alors que je filais droit devant. Il s’est retrouvé au milieu des camions qui me suivaient et de ceux qui arrivaient en face. Dingue !

Tu n’as pas passé l’âge pour tout ça ?
P.d’A. : Peut-être. Ou pas. C’est épuisant mais j’aime ça.

Comment penses-tu que cette migration Ouest-Est va se traduire en Europe, puisque, c’est bien connu, ce qui se passe aux USA arrive toujours ensuite sur le vieux continent ?
P.d’A. : Longue story à venir, c’est certain, car il est évident que, petit à petit, l’Occident continuera de s’enfoncer dans la décadence, le ridicule, la paresse, l’assistanat, la soumission à l’islam, l’ignorance, etc. Les forces vives (comme en Californie) vont toutes se casser à l’Est. Idem pour l’Europe. Mais en pire.          

On est du pays de la langue de ses rêves. En quelle langue rêves-tu ?
P.d’A. : Je rêve en mexicain, anglais et français… C’est un truc qui m’a obsédé jusqu’à ce que je sois parfaitement trilingue. Quand je lis, je suis maintenant incapable de dire si c’est en anglais ou en français ; les rêves, c’est encore plus confus car tout se mélange. Un sentiment étrange mais on s’y fait.

Les lecteurs doivent savoir que l’interview est construite au long cours, d’après une conversation quotidienne entre toi en road trip au cœur de l’Amérique, et moi qui vit à Madrid. Hier, il s’est passé quelque chose… Souhaites-tu en parler ?
P.d’A. : Je suis à Friendship, une petite ville du Tennessee entre Memphis et Nashville. Nous sommes le mercredi 22 septembre 2021, premier jour d’un automne qui s’annonce sombre, car je viens de donner mon accord à l’hôpital pour appliquer une procédure de fin de vie à ma femme, Pamela ; vingt ans de mariage parfait, tout cela détruit en cinq jours de covid… [long silence]… Elle était encore en excellent santé il y a cinq jours, on avait une super nouvelle maison de rêve, elle en aura profité quarante-huit heures, elle va mourir aujourd’hui ou demain. Pam, c’était pas l’amour fou que j’ai vécu avec Kiki, mais elle était ma sécurité et j’étais son aventure, nous avions trouvé un équilibre satisfaisant qui fait les belles histoires. Tout a disparu en moins d’une semaine. C’est dur. Très dur.

On arrête là ?
P.d’A. : J’ai quitté Los Angeles à la recherche d’aventure. Je la souhaitais dangereuse mais pas tragique comme elle vient de finir. Avant, la mort de ceux qu’on aimait c’était un coup de téléphone en pleine nuit, on se disait naïvement (comme si cela eut pu changer quelques chose) qu’on aurait mieux fait de ne pas décrocher. La mort, aujourd’hui, c’est un mail d’hôpital qui t’annonce que ta femme s’est éteinte à 6 : 49 PM.
[… très long silence…]
P.d’A. : Tu sais, je ne suis pas le premier ni le dernier à pleurer la disparition d’un être cher, mais, lorsque je regarde ma somptueuse nouvelle maison construite sur un grand terrain arboré, lorsqu’au loin j’admire le rougeoiement du soleil qui s’effondre derrière les nuages, lorsque j’observe l’immense parking couvert accueillant le bateau, le Hummer, la Jeep et la voiture de Pamela, je me demande à quoi tout ça va désormais servir.

Si tu avais le dernier mot…
P.d’A. : L’intérêt de mourir jeune quand tu es la femme d’un mec jeune, c’est que du fond de ton urne tu peux te raconter des histoires, te dire que c’est la vie et que celui qui reste va se la refaire avec une autre en pensant malgré tout à toi toute sa vie, ce qui est vrai. A 65 ans, ça ne marche pas vraiment pareil. Quand on meurt, on ne meurt pas à moitié mais pour de vrai et en entier vu qu’il n’y a plus vraiment de chance d’en sortir par le haut. Je me branle toujours pendant que ma prostate le peut encore sur les souvenirs porno des belles femmes que j’ai aimées et baisées. Pathétique ! Je serai peut-être bientôt de ces vieillards qui hurlent au désespoir sur les sites de rencontres, ils disent qu’ils ont une retraite convenable et implorent une vielle moins jeune qu’eux de les accompagner sur la fin. Tu sais ! J’ai eu plein de bateaux, des coups un peu dur dans des tempêtes ou du simple brouillard ; la vieillesse n’est pas un naufrage, un naufrage en 2021, on a des GPS, des bornes-satellites, les secours arrivent en moins d’une heure. Non. La vieillesse c’est surtout dégueulasse d’une solitude banale. La mort, je l’ai connue pour deux femmes que j’aimais, c’est juste l’épouvante. Vivre juste pour soi sans un ou une autre pour t’accompagner, ce n’est pas une vie. Survivre, va une fois…  et encore ! Mais deux c’est dur, très dur. Dur, ça veut pas dire se coucher et pleurer sa mère… Dur, c’est vivre et lutter pour rire parce-que comment faire autrement ? … Voilà mon dernier mot. Hasta la vista babeeeeeeee.

Propos recueillis par Jérôme ENEZ-VRIAD du 04 septembre au 23 septembre 2021
Relecture les 18 & 19 novembre 2021 entre Tennessee en Madrid
Ultimes corrections le 22 novembre 2021

© Novembre 2021 – J.E.-V. / Philippe d’Anière / Phil Pressing & Bretagne Actuelle

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