101 poèmes écrits dans la nuit entre le 28 octobre 2017 et le 6 février 2018, tous introduits par les mêmes mots « Tu ne sais pas où tu vas » : Marc Baron est un familier de l’anaphore et, comme il le dit lui-même, de cette « poésie ininterrompue pour ne pas rompre le fil ».

En 2011 le poète breton avait introduit chacun de ses poèmes par les mots « ma page blanche » dans son recueil Ma page blanche, mon amour (éditions La Part Commune). En 2018 il avait récidivé avec O ma vie (éditions Vagamundo) Trois mots pour inaugurer chacun de ses poèmes. Marc Baron, en effet, est un poète au long cours, genre marathonien des mots, mais sans démesure, plutôt adepte de l’art de gérer son souffle dans un monde qui a tendance à vous asphyxier. « Courir une heure nous rapproche déjà de la ligne blanche/où tout bascule de l’autre côté ».

Voici donc « 101 poèmes dans la nuit » comme pour mieux souligner l’état de veille assigné au poète, « entre la mort à marée basse et la vie qui déborde ». En inaugurant chacun de ses poèmes  par les mots « tu ne sais pas où tu vas »,  Marc Baron nous signifie bien l’interrogation qui le taraude : C’est quoi vivre ? C’est quoi aimer ? « L’incertitude te désoriente/tu ne sais pas où tu vas ».

Mais il y a des balises sur le chemin. Ce qu’il appelle des « points culminants ». Cela peut être tout simplement le silence, la méditation, l’amour (« une respiration de haute montagne »), « la lueur d’une rose » ou la solitude fertile. « Cherche ta route dans la solitude/où personne ne viendra t’éparpiller ». Plus encore, il y a les territoires d’enfance, ce que le poète appelle la « valise de naissance ». Devant le Rhône au bord duquel il est né, avant de venir vivre en Bretagne à Fougères, il écrit : « que jamais ne soit tari le fleuve de ton enfance ». Lui revient en mémoire « l’esprit des moissons » qui l’ont élevé et il s’adresse à lui-même cette injonction. « N’abandonne jamais le champ qui t’a vu naître ».

Il faut des mots pour le dire et l’écriture demeure son viatique. « C’est ton devoir intime/pour comprendre comment échapper au péril » car « le monde est sombre pour tant de raisons ». Place donc à la poésie, cette poésie « ininterrompue » qu’il pratique et qualifie de « long psaume de supplication ». Car le poète sait aussi se tourner vers son Dieu quand le doute s’installe. « Où me conduis-tu Seigneur ?/ton chemin n’est pas toujours le mien/et pour un rien je tombe dans les pièges de l’obscurité ».

Pierre TANGUY
Tu ne sais pas où tu vas (101 poèmes dans la nuit), Marc Baron, Le Taillis Pré, 2021, 115 pages.

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