A l’heure où ce papier sera mis en ligne, l’unique scène des charrues 2021 sera déjà un jeu de meccano rangé dans sa boite. Rien n’aura été ordinaire ou familier dans ces dix jours de concerts. Ni le décor, déplacé vers le château. Ni les heures ramassées en fin de journée et passant comme un souffle. Et pas même les festivaliers venus comme ils sont, pour une soirée ou deux. « Profitez bien de chaque instant de cet été » nous enjoignait Stephan Eicher. La plume et le petit bouquet de fleurs de la campagne suisse -forcément suisse- ornant son chapeau de paille n’incitaient pas à autre chose.
Le chanteur avait envie de bavarder, comme on le ferait avec son voisin après une journée de travail par-dessus la haie. On a bien ri, aussi souri et fredonné tous ces succès en se remémorant les épisodes de nos vies accompagnés des Déjeuners en paix, Manteau de gloire et Tu ne me dois rien. Et oui Stephan, à ton interrogation sur les marées, il ya bien un lien avec la lune.
Une heure avant, face au soleil et entouré de sa choriste et de ses musiciens, Brieg Guerveno « seul brittophone du festival » a plongé son monde dans l’atmosphère de ses compositions que l’on aurait du mal à enfermer dans un genre. Les locuteurs bretonnants auront eu la chance d’apprécier les textes. Pour les autres rien n’était perdu. Séduits par cette voix singulière, puissante et cristalline, les histoires de Brieg devenaient les nôtres, celles que nous imaginions.
La soirée était déjà bien avancée quand Catherine Ringer a tout envoyé valser. Les années pop Rita Mitsouko et autant de tubes emballés de funk, de new wave, de musette, ne se refusant rien de ce qui décoiffe. Catherine Ringer en compagnie de son groupe et de son fils guitariste Raoul, écrit la suite de cette histoire de famille depuis la disparition de Fred Chichin. Avant de lui laisser une place symbolique en saluant à la fin du concert ovationné par cinq mille festivaliers qui n’auraient échangé leur place pour rien d’autre.
Rien ne s’oppose aux nuits des Charrues
Au milieu de l’après-midi de ce dernier jour du Festival, les organisateurs donnaient leur conférence de presse. Il y avait la fierté d’une aventure réussie, la fatigue de cette édition au long cours et la nostalgie de ce qui s’achève. Evoquant les problèmes et les solutions, persistait en filigrane le désir, qui fait abstraction de ce qui pourrait ne pas aller, pour n’envisager le meilleur. L’envie, une idée qui marche avec la fortune, qui ne sourit qu’aux audacieux.
« Cette année on a eu le temps, de se rencontrer et de parler » disait Jean-Luc Martin le président. Une réalité partagée par toutes celles et ceux, festivaliers, artistes, techniciens et bénévoles qui pourront dire « J’y étais ».
Bernadette BOURVON
Photos Jacqueline Ledoux















