Le 18 novembre 1990, Florence Arthaud remportait La Route du Rhum. Dans son nouveau livre, La Mer et au-delà, Yann Queffélec se remémore l’idée qu’il avait de cette « sœur de l’Ouest » et se plonge avec elle dans ses souvenirs d’enfance… de mer… de famille… de Bretagne…
Florence Arthaud vivait avec ses fantômes, beaucoup de fantômes, mais celui qui l’aura le plus marqué fut l’ombre de son frère, mort en mer ; il lui donna ce goût des océans après l’avoir initiée à la navigation, lui ayant entre autres appris ce qu’est la « risée », ce vent qui n’en est pas vraiment un mais permet de faire avancer le bateau malgré tout. « Antigone indomptée », précise très justement Yann Queffélec à propos de la navigatrice préférée des Français, prise entre ces fameuses risées et autres rafales d’une existence tourmentée d’alcool, cigarettes et nuits blanches à la recherche de l’amour ultime qu’elle ne trouvera jamais.
Courageuse et optimiste (au moins par défaut d’oublier son pessimisme), Florence Arthaud n’a jamais cessé de vouloir réaliser ses rêves, dont le principal fut de trouver l’amour avec un homme qu’elle aurait gardé… le plus longtemps possible. Pour oublier ses déboires sentimentaux, elle navigua avec la détermination et l’ingéniosité qu’on lui connait… vers l’Afrique, les Antilles, l’Asie, merveilleuses aventures où la mer, le soleil, les fêtes et l’amitié rythmèrent une vie de passion racontée, comme toujours chez Yann Queffélec, dans un style brut écrit avec une plume de granit. Ce sont des jets d’encre minéraux, peu de sobriété, à peine davantage de fluidité, l’auteur semble écrire comme ça lui vient, au format d’ébauches qui savent être, tantôt délicieuses, ou parfois trempées dans le vitriole.
L’histoire est concentrée sur un ensemble de focus. Par exemple, ce jour où Florence Arthaud tombe à l’eau en pleine nuit, au large du Cap Corse, dans une mer à 18 degrés, elle doit se débarrasser de ses vêtements et surtout des bottes auxquelles elle tient tant et, fort heureusement, grâce à son téléphone étanche acheté avant de partir, elle appelle sa mère qui demande à son frère de contacter les secours… « Et je vous jure, que j’ai pensé à ça… Au destin qui ne plaisante jamais.« , conclut Yann Queffélec. C’est précisément ce destin-là qui remonte au lecteur par le biais de certaines évidences, dont celle du signe astrologique de la défunte : scorpion, et de son ascendant : gémeau ; c’est à dire l’élément directeur de son existence : l’Eau (scorpion), avant qu’elle ne disparaisse trop tôt en plein Air (gémeau) dans l’explosion d’un hélicoptère sur le fond bleu du ciel argentin.
Jérôme ENEZ-VRIAD
La Mer et au-delà – Un récit de Yann Queffélec, aux editions Calmann-Lévy – 243 pages – 18,50€











