Le bon air de la montagne HermineHermineHermine

Les éditions du Coin de la Rue nous habituent à de jolis ouvrages décalés et pourtant si près de chez nous. L’Himalaya breton de Nicolas Legendre nous fait marcher ! Et monter au plus haut de nos crêtes et cimes dans de si beaux paysages qu’illustrent les belles aquarelles de Joëlle Bocel. Comme si on y était. Ici, tout près, sans se tirer la bourre aux tire-fesses arrêtés ni risquer des avalanches mortifères ou des promiscuités covidesques !

Point de foule agglutinée ni de queue aux guichets puisque pas de guichet ! Lisez le livre avant de partir dans les montagnes. Mieux, prenez le livre et, en marchant, lisez ! Sur une planète peuplée par 7, 7 milliards d’homo sapiens, une telle situation relève du luxe. Ici est le point critique de mon commentaire : ceci n’aurait pas dû être révélé par l’auteur !

Donc un livre doux à lire, doux à imaginer, comme si nous gravissions les cols, ode Toul-al-Laeron, et dévalions les pentes, comme si nous remontions les sentes, aux bords des gouffres, au-dessus du ciel d’ajoncs et du Yeun impressionnant.

Nicolas Legendre nous guide avec humour entre esprit encyclopédique et guide touristique. Pour un tourisme lent, un pas après l’autre, dont l’éloge fut jadis écrit par le regretté Pierre Sansot dans son Eloge de la lenteur. « Il y a une corrélation très nette entre l’altitude et le vote communiste », dixit un savant de Rennes 2 ici cité, Ronan Le Coadic. Où l’on voit qu’ici l’instruction est connexe!

Un livre en quinze étapes, de bosse en bosse ! Un voyage en quinze haltes dont on ne voit l’Armor que de haut et de loin. Un livre de Bretagne, la vraie, celle qui se soustrait aux hordes touristiques, aux tartes postales et autres krampouezh-frites ou kig-ha-farz de steak haché. Loin du GR 34, le  marcheur-liseur suit plutôt les talus de têtards, les emblaves à blé dur ou les sortes de fondrières d’où sortent, en nuées, ou en escadrilles, les songes ! Les fées ! L’Ankou, forcément lui, forcément elle, faux de faucheur à l’épaule, la mort est transgenre ! Legendre la croise et plutôt l’évite à plusieurs reprises. Ses embuscades sont à des points culminants, il fallait s’y attendre et au poteau d’angle, qui trouve-t-on comme témoin ? Anatole le Braz, pas étonnant !

C’est de cime en cime que ça se passe. De sommet en sommet et sans se payer de mots ! La montagne est la montagne, le roc est déchiqueté, on ne rigole pas avec les vieux massifs, on les croit dur comme fer, et du fer, sûr que la pierre en recèle. Au XVIIIème siècle, il fallait entre vingt et trente heures pour rejoindre la mer à partir de Carhaix ! Trente-cinq à partir de Paimpont, beaucoup de Montagnards mourraient sans jamais avoir aperçu, ne fut ce que de loin, la Manche ou l’Iroise.

L’anti-guide Legendre moque les néo-païens, experts es légendes arthuriennes, bobos des villes et bobos des champs, naturalistes amateurs, cueilleurs du dimanche, métaphysiciens illuminés, photographes, oracles autoproclanés, disciples de quelques cercles elfiques, chamanes en herbe, membres de communautés à tendance sectaire, urbains désabusés, ça c’est pour Paimpont qui agit en véritable aimant !

Beaucoup de portraits dans le livre, de bretons attachés, attachants, on reviendrait bien les retrouver, partager une bolée ou une assiettée de poème entre Roudouallec et Laz! Quoique le frichti de par là a l’air de rester sur l’estomac !

Par moment le marcheur-liseur, mi-journaliste, mi-diariste de lui-même croit atteindre le but : Ici, à 225 mètres d’altitude, aux confins du pays Fanch, naît l’Oust.

L’impossibilité d’aller plus loin signifiait que j’avais atteint mon but.

Le livre nous promène. Il n’évite évidemment pas le mur de Mûr, Menez Helez, l’Alpe d’Huez bretonne où le Tour de France a ses habitudes. L’Himalaya de Legendre est multiple, quinze sommets donc et tout fait cime y compris l’église la plus haute de Bretagne ! L’Himalaya breton se découvre au fil de la lecture, et de la marche, chacun le sien ou d’une virée en voiture, ce qui permet d’aller plus vite d’un point à un autre. Le livre vole toujours haut comme un breton qui plane du Mont-Dol à Braspart, via les Gorges du Poulancre, Karreg-an-Tan jusqu’au Menez-Hom.

Il ne s’est pas arrêté à Liscuis, tant pis pour lui. Mon Everest perso reste le mien comme chaque breton a le sien, non plus qu’à la chapelle Saint-Gildas –Veunteun ch’i, veunteun ch’as, veunteun Zant Weltas, où les schistes sont tellement acérés que mon âme un jour s’y est déchiquetée ! Top secret !

Gilles CERVERA

Nicolas Legendre, L’himalaya breton, illustré par Joëlle Bocel, éd du coin de la rue, 223 pp 17€

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