Etrange coïncidence : Daniel Paboeuf et Marquis sortent leurs albums le même jour. La rencontre avec le sax historique de Marquis de Sade était une évidence. D’autant que son album solo « Ashes ? » s’impose d’entrée comme une œuvre à la fois classique et irrésistiblement moderne. Rencontre au téléphone. Covid oblige.
Étonnamment, « Ashes ? » est votre premier album solo. Pourquoi pas un quatrième album de votre quatuor DPU ?
Dire qu’« Ashes ? » est un album solo est peut-être exagéré par rapport à DPU qui est aussi un projet très personnel. La différence fondamentale, c’est qu’avec ce disque, il n’y a aucun filtre entre mes démos studio et l’enregistrement. Alors qu’avec DPU, je compose, mais on répète les morceaux ensemble avant d’entrer en studio.
Il y a eu un moment d’hésitation pour savoir si ça serait un nouvel album de DPU ?
Non, j’étais sûr de faire ce disque sous mon nom. Déjà parce que les musiciens avec qui je travaille d’habitude sont tellement bons qu’ils sont très sollicités. Et puis, l’envie de me retrouver seul avec moi-même était là. Avec quelques précautions quand même : Thomas Poli a coréalisé l’album. C’est le troisième disque que l’on fait ensemble. Il avait fait les deux derniers DPU. Il a aussi été musicien sur le disque puisqu’il a enregistré de nombreux claviers. Il y a eu aussi une intervention fortuite de Nicolas Courret. Il était en répétition avec Laetitia Shériff, dans les mêmes locaux que nous. Résultat : pourquoi pas l’inviter pour faire les parties cymbales et charleston sur 3 morceaux. La boîte à rythme a ses limites…
Qu’avez-vous osé sur ce disque que vous n’auriez pas tenté avec DPU ?
Peut-être que je n’aurai pas osé la reprise de « Lonely woman » d’Ornette Coleman. Alors que c’est un morceau que je joue depuis une quarantaine d’année et que je n’avais jamais enregistré. J’ai essayé d’en faire une version assez simple, pas trop expressive pour souligner la force de cette magnifique mélodie. C’est une vraie respiration au milieu de l’album.
Il y a aussi dans ce disque, une certaine dispersion artistique qu’on retrouve souvent sur un premier album (rire). Par exemple, avec le recul, le premier DPU de 2007 souffre sûrement d’une certaine hétérogénéité. Pourquoi ? Parce qu’on s’autorise à mettre des choses qu’on transporte dans sa besace depuis 15 ans ! Pour mon album solo, j’en avais conscience et je l’assume.
« Ashes ? » est à la fois new wave et électro. Le côté new wave est un clin d’œil au passé ?
Oui, je pense que j’ai aussi cette légitimité punk, after punk et new wave. Pendant toute l’élaboration du disque, avec Thomas, on a beaucoup échangé sur des groupes comme Kraftwerk ou Suicide.
Que signifie le point d’interrogation dans le titre de l’album « Ashes ? » ?
La pochette du disque est signée de mon ami Sébastien Thomazo. C’est un ciel tourmenté, sombre… Mais au loin, on aperçoit des lueurs de ciel bleu. Le point d’interrogation met l’accent sur cette lumière. Je suis un incurable optimiste. Si le constat sur notre planète est désolant à tous les niveaux, politique, climatique, religieux…Je conserve un peu d’espoir.
Vous habitez Rennes. Paris ne vous a jamais tenté ?
Jusqu’en 1985, je suis resté à Rennes. J’ai ensuite gagné Paris pour rejoindre celle qui allait devenir ma femme. Comme à l’époque j’étais souvent sur la route, il y avait une vraie logique. Mais je l’ai amèrement regretté. J’étais déjà assez reconnu et j’ai mal vécu Paris. A Rennes, la scène était vraiment dynamique. Il y avait une énergie incroyable. On montait un groupe en une semaine ; on trouvait deux concerts la semaine d’après. A Paris, même si j’étais près des maisons de disque, la vie sociale et artistique était plus compliquée. Je suis devenu papa et là, ça a été l’horreur. Je me suis littéralement enfui de Paris en 1994.
Il existe un vrai renouveau de la scène rennaise ?
Oui, j’ai l’impression que le vivier ne s’est jamais tari. Quelles que soient les scènes, électro, rock indé, folk, rap, hip hop… Avec mon grand âge, je suis peut-être un peu moins curieux, je vais moins dans les concerts. Mais je sens qu’il existe une grosse dynamique.
Il y a un fossé générationnel ?
Je pense que les gamins de 20 ans sont curieux de ce qui s’est passé avant. Ils ont une culture importante. Personnellement, je travaille avec des gens qui ont la trentaine. Je pense à Thomas Poli par exemple.
Votre album sort le 5 février en même temps que celui de Marquis, les ex Marquis de Sade. C’est un hasard ?
C’est complétement le hasard. Pour définir une date de sortie d’album, on se coordonne avec le distributeur et on choisit une date presque 1 an à l’avance. Et que ce soit un label indépendant comme moi – Il Monstro – ou Universal en licence pour Marquis, le hasard a été total.
En revanche, vous avez aussi joué sur « Aurora » de Marquis.
Oui, au sax sur 3 morceaux et les chœurs sur 1 ou 2 titres.
Là aussi, c’est un vrai clin d’œil au passé.
Oui, j’étais présent sur le premier 45t de Marquis de Sade. Ensuite, je suis parti sur mes projets. Et il y avait un conflit entre le manager Hervé Bordier et le groupe. Et j’étais du côté d’Hervé. En revanche, ne me demandez pas quel était l’objet du litige, je ne m’en souviens absolument pas ! Je m’étais donc éloigné… Mais quand ils ont signé avec un label, les producteurs ont suggéré que je vienne jouer sur l’album. Et de fil en aiguille, je suis resté une sorte d’invité permanent.
La fin de Marquis de Sade est marquée par une scission entre Philippe Pascal et Frank Darcel. Vous avez dû choisir un camp ?
Non. J’avais déjà un pas de côté. Je suis resté en dehors de ça. A l’époque de Rue de Siam, je m’entendais bien avec Philippe, notamment sur les tournées. Ce qui ne veut pas dire que je ne m’entendais pas avec les autres ! Après le split du groupe, je suis devenu assez ami avec Frank. Je suis allé le voir au Portugal, etc.
Jusqu’à faire la première partie de Marquis aujourd’hui ?
Oui, j’aurais dû. Le 13 mars à La Maroquinerie, au Stéréolux à Nantes en avril… C’est pour l’instant repoussé en mai.
Et la collaboration avec Dominic A est toujours d’actualité ?
Pour l’instant, non. C’est en sommeil. Un peu comme tous les projets ceci dit. Mais Dominic A, est un cas particulier. En ce sens où j’ai plus de 60 ans, j’ai mon label (Il Monstro, ndlr) où je m’investis beaucoup, je suis également comédien, je commence à devenir paysan …Bref, j’aurais du mal à repartir en tournée avec un « gros » artiste. Dominic A serait le seul cas de conscience. S’il me le proposait, j’hésiterais pour deux raisons : d’abord, c’est un copain que j’apprécie énormément et ensuite parce que j’aime beaucoup ce qu’il fait et qu’il est vraiment facile de travailler avec lui. Il aime bien que ça aille vite. Si vous lui faites une proposition et qu’il ne la retient pas, il va le dire tout de suite. On n’est pas parti pour des heures à ergoter sur le pourquoi et le comment.
Le collectif Trunks est toujours en vie ?
Non. On peut le dire, c’est fini, même si on n’a pas communiqué là-dessus. Il faut se rendre à l’évidence, on n’a pas sorti d’album depuis 8 ou 9 ans. On avait des bases pour un « Last album », mais on a tous maintenant des projets différents que ce soit Laetitia Shériff ou son époux Thomas Poli.
Propos recueillis par Hervé DEVALLAN
« Ashes ? » / Il Monstro – Sortie le 5 février 2021.
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