Houellebecq avait annoncé la disneylandisation de la France. Il n’a pas vu sa fin virale arriver !

De Disneyland-Paris à Carnoët – un minuscule avatar, en passant par Vallauris, le Mont-Saint-Michel Carcassonne, Rochefort-en-terre (Premier village de la télé !) ou Rocamadour ! Tout était emballé, pesé, le tourisme était devenu mieux que la métallurgie ou les Houillères – elles se visitent ! : une industrie lourde ! Le tourisme, du process industriel, dont la mort précipitée par un virus n’est peut-être pas qu’un malheur !

Adieu Flaubert et son voyage en Bretagne. Adieu Stevenson venant en Cévennes calmer un chagrin d’amour ! Adieu Nicolas Bouvier, réduit à être lu !

La Place-du-Tertre ou l’Intra-muros malouin avaient déjà saturé plusieurs fois ou les pyro-spectacles du Pou de Fui-Villiers ! Tout ça marchait très fort, y compris les fac-similés ou les petites reproductions sympatoches devant l’abbaye de Bon-Repos ou les gabegies de lasers aux méga-festivals. On n’arrêtait plus la course quantitative ! Plus gros, tu vis ! Plus gros encore, tu écrases ! Plus gros, plus fort, plus néo-capitalistique et bénéficiaire, tu fais vivre un bled, un canton, une région, et donc, le tourisme cuculturel -historique, reproductif et unanimiste, devenait un prétexte ! Un sacré prétexte pour agiter le tiroir-caisse ! Lisieux et Lourdes étaient plein aux as, il y en avait pour tous les goûts, toutes les saveurs. Brest avait ses quais bondés jusque-là pour apercevoir le haut de ses trois mâts et Nîmes, qui a des quais aussi, pour des taureaux bien saignants ! L’expression Carte-bleue qui flambe, un souvenir ? il n’y en avait que pour les échanges de devises, celles provenant de Chine directement avenue Foch ou dans les beaux quartiers étaient préférées ! Peu rechignaient !

On était prêt à tout. Le tourisme cheap et le tourisme hype. Ça déboursait de toute façon. Au sortir des ferrys à Roscoff ou Saint-Malo, Gare-du-Nord au bout du tunnel, ou aux portes avec voituriers des boutiques ultrachics de Sodome ! Tous avec Cartier au poignet et, dès vingt ans, si t’es moscovite ! Le peuple français, basque ou breton, alsacien ou parisien, tout un peuple -tant pis pour les Berrichons, était mis à contribution. À chacun ça rapportait un brin ou un bras !

Élargir les hubs (NDDL), fournir en quatre voies, en parkings d’autocars et casino tout confort ! Le monde en machination de machine à sous ! L’industrie automobile, avionneuse, goudronneuse ou les consortiums public-surtout privés étaient bénéficiaires, créatifs, touristophiles ! La France, première destination mondiale, montrait son savoir-faire. Hospitalité standardisée, accueil illimité, sans demi-mesure ! Astérix avait son parc. En Bretagne on n’en manquait point, avec girafes ou sans, toits de chaumes ou vieux métiers. L’âme du pays, un fonds de commerce !

Patatrac.

Covidatrac ! Plus ou pas d’avions. Moins. Plus de dumping autocariste ! Aqua-Land à sec, mangeoires vides, low-costs cul par-dessus tête. Restent des jets privés et quelques cheiks qui signent des chèques, peanuts !

Les stades désertés, donc le commerce sportif en berne. Business-model mort ! Mass-model fini ! Les produits dérivés (Gare de Rennes) sont sans clients, les trains à moitié plein ! Les courts et les pistes ont l’herbe qui repousse. Bref, le loisir de masse ou le sport de compétition, tout ça se conjugue à l’imparfait.

C’était loin d’être parfait !

Comment donc se réjouir d’une crise ! Comment finalement applaudir aux matches sans hooligans ni bagarres, au fric économisé et au Mont-Saint-Michel tranquillement voué aux mouettes et à l’archange !

On n’assiste pas à la fin des temps mais à la fin d’un temps : l’écroulement du fric-frac ! Pas l’effondrement collapsologique annoncé, craint ou morbidement espéré, mais sûrement la fin d’un cycle ! Le cycle des masses commercialisées et des grandes surfaces de tourisme ou de culture. Fin du cycle Delsey et Dysney !

Le Covid n’aura pas fait le vide mais le tri ! Fini le futile ! Fini le tourisme qui fout Venise à sac, dégrade la lagune avec ses rafiots déments ! Fini tout ça, les simagrées de Blanche-Neige et des sept nains avec des millions de parents infantiles qui tapent dans leurs mains ! Fini les pistes noires et les stations obscènes qui défigurent la montagne.

Ouf. Respirons !

Le commerçant et l’industriel vont se reprendre, imaginer d’autres comptoirs avec des offres nouvelles, réadapter le produit, décliner du nouveau. Période sévère mais juste. L’état amortit le choc de ce premier effondrement même si, sans aucun doute, la souffrance est le salaire principal et de rester au bord est désespérant. Les soutiers du tourisme n’ont plus de soute mais reconnaissons que la foule était trop compacte sur les plages et sur les pontons. Les ferrys allaient couler !

Ne regrettons pas trop ces intermittents américanisés, avec des grandes oreilles, et des pompes moches ! Ne regrettons pas l’indigence culturelle ni la fin des operatours. D’autres emplois viendront. D’autres manières de penser l’économie. D’autres façons locales d’aborder la question. Nous salirons moins ! Nous souvenons-nous des trekkeurs d’Annapurna vidant leurs déchets le long du sentier des cimes ? Fini ! Ouf !

Nous sommes à égalité avec les ours polaires. Eux n’ont plus de banquises et nous perdons nos assises. L’Europe et les Etats pallient. Vient l’heureux moment des collectifs, des micros-groupes, des AMAP, des communs…

Ouvrons-nous à l’ouvert !

Vive les petits matches de foot de collégiens et le plongeoir de la piscine municipale ! Vive les parties de foot dans la rue ou au bas des tours.

On dit ouf car le monde l’était devenu.

Il ne le sera pas moins, mais non sans qu’on ne s’en réempare, peut-être moins en prédateurs ! Allez, encore un effort ! Laissons faire l’imagination.

Réjouissons-nous que le futile redevienne inutile et que tout un pan s’écroule. Nous laissant grande ouverte la littérature, entrouverts les cinoches et le spectacle vivant en cours d’inventaire et de réinvention.

Gilles CERVERA

 

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